James Bond 007 : la critique du remake de Goldfinger en comics

Spoiler : Goldfinger est dans cette aventure.

Après presque un an, le comics James Bond 007 s’est enfin terminé après 12 numéros ! Derrière ce titre « James Bond 007 » très peu inspiré et fâcheux (et encore le prochain comics sera simplement nommé « James Bond » !), se cache en réalité un remake du roman/film Goldfinger. Le but de l’auteur, Greg Pak, était en effet de revisiter le personnage d’Oddjob. Pari réussit ou non ?

Scénario, écriture et personnages

Précisons-le d’emblée, que basiquement ce comics est divisé en deux moitiés : la première qui est une sorte de long prologue, et une seconde partie qui débute une fois que le personnage de Goldfinger est introduit et qui est une sorte de remake modernisé du roman/film.

Oddjob (appelons ce comics ainsi pour la suite) s’ouvre avec notre « prologue » dans lequel l’agent 007 traque un contrebandier à Singapour pour sécuriser une valise au contenu mystérieux. Mais il n’est pas le seul à vouloir cette valise qui a un lien avec une organisation terroriste nommée ORU : un mystérieux coréen la veut aussi, pour des raisons très différentes.

Il se trouve que ce coréen est notre « Oddjob ». En réalité il n’est pas vraiment Oddjob, comme l’explique assez tôt le comics il s’agit de quelqu’un qui semble imiter le vrai Oddjob. Notre homme se nomme John Lee (le comics ne l’appelle d’ailleurs pas « Oddjob »).
Après Bond, Lee est le personnage principal de cette BD. Contrairement au Oddjob que l’ont connaît tous, Lee est loin d’avoir les mêmes traits que Harold Sakata : sa carrure est notamment moins imposante. De même la personnalité de ce nouveau Oddjob est complètement différente : outre le fait qu’il ne soit pas muet, Lee est un homme qui a confiance en lui, qui agit à la cool, a un sens de l’humour et un coté charmeur. Le comics le présente comme quelqu’un d’égal à notre Bond, voir un peu supérieur selon les dires des protagonistes (en ce qui me concerne : ils semblent plutôt égaux).

Art : Marc Laming et Triona Farrel

Ce côté d’équivalence va jouer un rôle important, une bonne partie du comics joue sur le fait que Bond et Lee sont des rivaux. Parfois leur relation va relever de la compétition amicale, parfois ils vont faire équipe ensemble, d’autres fois ils vont essayer de s’entre-tuer. Des sortes de trêves momentanées entre les deux personnages qui vont se briser et se reformer (parfois en l’espace de quelques minutes) sont monnaie courante du comics.

La chamaillerie d’égo entre les deux personnages bien que plaisante devient à un moment un peu lourde et répétitive et ne semble pas toujours justifiée comme le fait que le MI6 se borne à vouloir tuer quelqu’un au lieu de le capturer vivant (et par exemple l’interroger) comme un des sujets de discordance. Mais là où le comics surprend, c’est que l’une de ses trames rouges est qu’il donne une motivation à ce nouveau Oddjob qui vient expliquer ses actions et qui fait de lui non pas un vraiment un méchant, mais plutôt un allié ! Bond et lui ont tous les deux ont la même cible, mais des objectifs différents.

Là où le lecteur ne sera en revanche pas dépaysé est que l’ambiance fait très film : on retrouve notamment une scène dans le Q-lab (avec des laborantins en arrière-plan en train de tester des inventions), une Aston Martin, quelques gadgets, du globe-trotting (7 pays), une scène dans un casino et un peu d’humour.

Si la première partie « prologue » du comics a tendance a contenir beaucoup d’action, trop, et devenir répétitive (Bond retrouve sa cible – on ne sait pas toujours comment – la poursuit tout en se tirant dans les pattes avec Lee, elle réussit à s’échapper et ce cycle recommence sur quelques numéros) ; il faut reconnaître que l’histoire est intéressante et donne envie de continuer, il est difficile de prévoir ce qu’il va arriver après, et il y a des retournements de situation.

Arrivé à la partie Goldfinger le comics contient un peu moins d’action et réussi à faire écho à des passages familiers (ex : la triche de Goldfinger aux jeux) sans jamais toutefois tomber dans une copie du roman/film. Le remake n’est en aucun cas une copie conforme de l’intrigue de Goldfinger mais plutôt une réinvention dans laquelle seuls quelques points clés sont repris (de manières différentes), ce qui accentue l’effet de surprise.

Goldfinger est ici un individu qui peut s’avérer sinistre, notamment dans sa façon de tourner son personnel en esclavage. En effet ce comics introduit un dispositif implanté sur les hommes de main de Goldfinger qui les récompensent par une injection de drogue en cas de bonne action, ou capable de les punir sévèrement en cas de mauvaise. Une idée pas inédite puisqu’on la trouvait déjà dans le comic-strip Bond The Paradise Plot (mais puisque j’ai mis longtemps à retrouver où je l’avais déjà vue, je suppose que c’est valide). Celui-ci va apporter sont lot de choses (et visuels) intéressants à l’intrigue.

Art : Stephen Mooney et Triona Farrel

Pas de Pussy Galore en revanche, la Bond girl du comic, Agent K, est mystérieuse durant la première partie de l’histoire. Elle gagne de l’importance dans la seconde dans laquelle elle complète le duo Bond/Lee. Vers la fin, nous avons 3 protagonistes principaux, ce qui fait que Bond en ressort un peu moins intéressant. Les autres personnages principaux, qui pour autant ne lui volent pas vraiment la vedette, ont même le droit à un numéro dans lequel 007 est presque totalement absent.

Il est aussi à noter que Moneypenny joue un rôle important dans ce comics, en temps qu’agent de liaison entre Bond et le MI6 ou sur le terrain sur lequel elle retourne un peu. Si on la trouvera peut-être un peu trop présente, il est à noter que sa relation avec Bond marche très bien dans ce comics : un mélange d’humour et de confiance en lui (même quand on ignore si celui-ci a basculé lorsqu’il travail « sous-couverture » à un moment du comics). M est également très plaisant ici.

Quelques problèmes viennent toutefois entacher le tableau, à commencer par le fait que le comics ne nous livre à aucun moment la relation qui unit John Lee et le vrai Oddjob. D’ailleurs Lee n’utilise son chapeau que très rarement (alors que c’est pourtant ce qui démarque Oddjob d’un personnage quelconque). La fin du comics n’est peut-être assez explicite tandis que celle du prologue est décevante (« tout ça pour ça ? » se dit-on ?). Quelques petits passages en langue étrangère au tout début du comics viennent ennuyer le lecteur (sans Google Traduire vous n’avez aucune idée de ce que les personnages se disent). Enfin le dernier numéro du comics part un peu trop dans tous les sens.

Artistiquement parlant

Dans Oddjob ce n’est pas un mais quatre dessinateurs qui se succèdent dans un comics dont la qualité artistique ne monte pas crescendo. Dans l’ensemble les illustrations du comics sont de très bonne facture et même parfois très jolies. Malgré ces changements d’illustrateurs, le look des personnages reste constant. La garde-robe est un des points forts du comics : tout le monde est habillé comme on se l’attend qu’ils le soient. Mention spéciale à Goldfinger, qui certes de visage n’arrive jamais trop à s’approcher de Gert Fröbe, mais qui porte quasiment les mêmes vêtements que dans le film, ce qui est vachement cool (notamment ce joli petit gilet doré qui brille de mille feux).

Art : Eric Gapstur et Roshan Kurichiyanil.

C’est d’abord Marc Laming qui commence le comics en fournissant de très jolis dessins très détaillés (les foules sont particulièrement réussites) et avec de grands panels. Niveau illustrations celles-ci font parties des plus belles que Dynamite ait eu dans ses BD 007. Sa vision de l’armurier rappelle John Cleese tandis que la brève apparition du vrai Oddjob est un Harold Sakata qui fait plaisir. Forcément lorsque Stephen Mooney prend sa succession lors du numéro 4 c’est un choc, d’autant dans son premier numéro les illustrations sont parfois horribles de sorte qu’au début j’ai eu l’impression que les images étaient enregistrées dans un mauvais format numérique. Pourquoi avoir changé d’artiste alors que le premier était pourtant parfait ? Toutefois à partir de son second numéro les illustrations de Mooney s’améliorent grandement et deviennent très agréables à regarder. Lui aussi à un certain sens du détail et fournit de jolies cases.

À partir du numéro 7, un changement radical s’opère avec Eric Gapstur qui livre un style d’illustration jamais encore vue dans un comics Bond. Faisant penser aux dessins animés modernes, ce style est caractérisé par des reflets et des couleurs qui brillent. Passé la première impression d’appréhension, on est forcé de constater que ce style plus « enfantin » marche en réalité très bien avec Bond. Il livre un Goldfinger qui fait plus jeune que Gert Fröbe. Ses illustrations sont très jolies de sorte que quand le quatrième artiste arrive on les regrettent.

C’est donc Robert Carey qui s’occupe de la dernière partie et qui fournie malheureusement peut-être les moins bonnes illustrations du comics. Pour commencer les personnages semblent un peu différents de d’habitude. Bond notamment qui est moins bien qu’avant (et me fait à Thierry Lhermitte sur certaines cases) tandis que Goldfinger affiche trop fréquemment un sourire de dément (bien qu’il ne soit pas le Joker). En revanche il n’est pas mauvais pour faire des scènes dans l’obscurité.

Les couleurs du comics sont assurées tantôt par Triona Farrel, tanto par Roshan Kurichiyanil. Les deux ont un style similaire : les couleurs rendent bien et sont assorties d’une texture de style « grain » qui est loin d’être désagréable. Enfin le comics possède d’excellentes couvertures, d’autres plus horribles, mais malheureusement pour certaines un peu mensongères (montrant des scènes qui n’existent pas dans l’aventure).

Là où le bât blesse le plus dans les illustrations en général de ce comics ce sont les scènes d’actions. Souvent il apparaît cette dérangeante impression que les hommes de main de l’ennemi louperaient un éléphant dans un couloir ou qu’ils ont un temps de réaction des plus long. Le problème s’accentue par le fait que nos héros semblent être au courant de cela car plus d’une fois on les voit se jeter gratuitement au corps à corps sur ces hommes de main pourtant armés… Les scènes d’actions des comics Dynamite de Bond qui sont généralement réussis sont ici une des faiblesses du comics à mon sens.

Art : Robert Carey et Roshan Kurichiyanil.

Au final que vaut James Bond 007 ? Le verdict est que le comics est vraiment sympa à parcourir et on prend un plaisir malicieux à redécouvrir Goldfinger dans cette nouvelle réimmagination.

Date de sortie :

  • James Bond 007 est déjà sortie en VO sous la forme de douze volumes (publiés du 7 novembre 2018 au 31 octobre 2019).
  • Ces douze volumes seront regroupés en deux volumes (VO) pour le 17 décembre 2019 (volume 1) et 21 janvier 2020 (volume 2).
  • Aucune traduction française n’a été annoncée.

Nos précédentes critiques de comics :

Pour aller plus loin :
Les différents comics et strips James Bond.

Clément Feutry

Clément Feutry

Fan passionné de l'univers littéraire, cinématographique et vidéoludique de notre agent secret préféré, Clément a traduit intégralement en français le roman The Killing Zone et vous amène vers d'autres aventures méconnues de James Bond...

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