La route vers Opération Tonnerre #3 : Longitude 78 West

CJB espère que vous aimez Opération Tonnerre car les prochaines semaines seront consacrées à l’évolution du script de ce film. Depuis la première tentative d’en faire le tout premier film de 007 en 1959-60, à un roman en 1961, jusqu’au gigantesque hit de Noël 1965, le chemin fut long pour Thunderball ! Venez l’explorer avec nous et nos amis de Mr. Kiss Kiss Bang Bang, The Spy Command, Agent007.nu

Épisode 1 : James Bond of the Secret Service
Épisode 2 : Les idées de Fleming pour le cinéma

Ian et Jack au travail : un script apparaît

Le 23 octobre 1959, Fleming semble toujours confiant dans le projet comme le révèle ses échanges épistolaires avec Ivar Bryce : « Je pense que nous avons moyen de gagner beaucoup d’argent (a financial winner) avec ce film […] peu importe s’il est fait en noir et blanc ou en couleurs ». À la surprise de Whittingham qui pensait qu’il allait travaillé avec lui, Fleming est plus tard parti le même mois pour une escapade de cinq semaines autour du monde qui a donné une série d’articles pour le Sunday Times avant de devenir l’excellent livre Des villes pour James Bond (Thrilling Cities).

Thunderball script 1

Jack Whittingham, livré à lui-même, a retravaillé le scénario de Fleming et l’a fait envoyer le 10 novembre 1959 ; il était toujours (provisoirement) intitulé James Bond of the Secret Service (le titre The Right to Kill fut évoqué mais il ne plaisait pas à Fleming).

L’ouverture du scénario repend la mort de l’informateur et le vol des bombes (cette fois la Mafia vole deux bombes au lieu d’une). Pour la première fois par rapport aux précédents scénarios, la Mafia se débarrasse de Petachi en sectionnant son tuyau d’arrivée d’air (au lieu de lui tirer dessus). S’en suit la réunion entre les dirigeants de l’organisation criminelle en Sicile (Whittingham précise que le visage du Capo Mafiosi, qui s’appelle Cuneo dans ce scénario, ne devrait pas être montré au spectateur dans cette scène ; une chose similaire avec Blofeld aura lieu dans le film de 1965).

Nous retrouvons Bond sur le stand de tir avant qu’il ne soit envoyé aux Bahamas par M. Un scientifique engagé par la Mafia, le Dr Grundish, arrive par le même vol que Bond (c’est la première fois qu’un tel personnage apparaît dans l’intrigue). Aux Bahamas les membres de la Mafia se font passer pour des businessmen (dans le domaine des ordures) qui tiennent une convention ; Bond rencontre la maîtresse de Largo, Domino, au bar.

Le premier gadget est également introduit dans ce scénario : il s’agit d’un petit appareil photo en forme de badge, « a lapel camera ». Le porteur l’utilise pour photographier chaque passager qui débarque à Nassau. À qui appartient cette pièce de technologie ? Le service secret de Sa Majesté ? La CIA ? SMERSH ? Non, c’est à la police locale de Nassau ! Bond et Leiter sont impressionnés.

Leiter, qui ici est un vieil ami de Bond, reconnaît Largo comme un membre du crime organisé de New York. Bond décide de se rapprocher de Domino puis trouve le bombardier coulé lors d’une reconnaissance aérienne avec Leiter. Une fouille est faite au compteur Geiger sur le yacht de Largo mais elle ne donne rien de probant.

En regardant des photos aériennes, Bond émet l’hypothèse que les bombes pourraient se trouver dans la propriété de Largo, Xanadu (la maison du même nom de Ivar Bryce devait servir de lieu de tournage). Bond révèle à Domino que son frère Petachi est mort par la faute de Largo en lui présentant un objet récupéré sur son corps ; elle accepte de l’aider. Plus tard Leiter et Domino vont enquêter à Xanadu. Ils sont capturés par des hommes de Largo et Leiter est jeté dans un marais où il coule avant de se noyer.

Par la suite Bond va plonger près du yacht de la Mafia mais est repéré, un combat contre un autre plongeur s’engage, puis des grenades atterrissent près de lui. Bond parvient à regagner le rivage mais est capturé par des hommes de Largo. 007 est jeté dans le marécage, près du corps de Leiter, mais réussit à sortir.

Pensant que Bond est hors de course, Largo se rend vers la zone cible pour poser la première bombe.

Thunderball original work Boat bw Après son voyage de repérages aux Bahamas, Whittingham inclura une épave de bateau dans le décor de la bataille sous-marine finale – Sylvan Whittingham Mason © 2016 http://thunderball-artworks.com

À la fin il y a toujours la bataille sous-marine, mais Largo reste sur son yacht avec Domino et le Capo Mofosi. Lorsque Bond et les hommes-grenouilles alliés se parachutent (au lieu de sortir d’un sous-marin) et attaquent les hommes Largo qui essayent de mettre en place la première bombe, Largo décide de se diriger son bateau vers New York. Il ne va pas bien loin. Domino règle la minuterie de la bombe atomique restante, puis elle va jusqu’à la timonerie et dit à Largo qu’elle sait pour le meurtre de son frère, « J’espère que tu va pourrir en enfer ». Largo sort un pistolet et Domino rit, puis ils disparaissent tous les deux dans un gros nuage en forme de champignon !

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Après l’écriture de ce scénario, toutes les parties concernées se sont réunies à New York alors que Fleming approchait de la fin de son voyage autour du monde. À un moment Fleming prend Whittingham à part et lui dit qu’il est effrayé par tout le projet qui paraissait pourtant simple au début. L’idée d’avoir des stars couteuses et une production sous l’eau lui faisait peur et il était inquiet que Bryce puisse perdre beaucoup d’argent par sa faute. Whittingham a haussé les épaules et lui a dit qu’il n’était qu’un scénariste et non un producteur. Quand Fleming et Bryce sont retournés avec les autres, il fut décidé que le film allait continuer.

Après New York, un voyage aux Bahamas pour faire des repérages a été effectué par Whittingham, Kevin McClory et Ernest Cuneo. Un contrat entre McClory et Whittingham est signé au nom de Xanadu le 7 décembre 1959, engageant officiellement le scénariste britannique pour 5000 £ (un montant inférieur à celui qu’il prenait habituellement, mais dans la mesure où on lui avait laisser entendre qu’il pourrait y avoir d’autres films de James Bond après celui-ci, et donc de nouveaux scripts à écrire, il accepte et sera finalement payé). Le contrat précise que McClory détiendra les droits sur tous les scénarios que Whittingham rédigera. Suite à cela, Whittingham écrit à nouveau, cette fois un véritable script.

Celui-ci est très probablement le premier vrai script complet de James Bond jamais écrit (avant ce n’était que des scénarios). Malheureusement, il souffre du syndrome de deux pas en arrière pour chaque pas en avant. De nombreuses améliorations du scénario de Fleming sont écartées.

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Thunderball script 3Le script est de Jack Whittingham est intitulé Longitude 78 West ou Bond in the Bahamas (le titre Latitude 25 sera aussi envisagé à un moment ; puis Fleming écrira Thunderball sur la couverture) pour le producteur Kevin McClory. Celui-ci a été terminé le 15 février 1960 (apparemment commencé le 21 décembre 1959) et la page de titre précise qu’il s’agit du « premier script de tournage », « basé sur une histoire de Ian Fleming ».

Les méchants appartiennent toujours à la Mafia et sont dirigés par un certain Giovanni “Joe” Largo. Cependant on nous dit dans la seconde moitié du script que son nom n’est qu’un pseudonyme. Néanmoins il est identifié comme Largo tout au long du script, à la fois dans les dialogues et dans les indications scéniques.

Le script commence par une courte séquence de pré-générique dans laquelle l’ancien président américain Harry S. Truman fait un discours à la Maison-Blanche où il dit qu’un jour, la civilisation pourrait être détruite par des armes atomiques :

Le 25 avril 1945, il n’y a pas si longtemps de cela, lorsque j’étais Président des États-Unis d’Amérique, Mr. Stimpson, le Secrétaire à la Guerre accompagné du Général Grove, est venu me voir pour répondre à des questions relatives à la bombe atomique. Voici ce que le Secrétaire à la Guerre a dit : « le futur pourrait voir un jour où une telle arme pourrait être soudainement utilisée avec une puissance dévastatrice par une nation ou par un groupe contre une nation sans méfiance. Avec son aide, même une nation sans méfiance très puissante pourrait être vaincue au bout de très peu de jours par une [nation] beaucoup plus petite. Le monde serait finalement à la merci d’une telle arme, la Civilisation pourrait être complètement détruite ».

[Texte basé sur un mémo secret du 25 avril 1945 de Henry Stimson destiné à Truman avant que la première bombe atomique ne soit terminée ; voir le mémo complet ici].

« Il est à espérer que nous pourrons être en mesure de persuader M. Truman d’enregistrer cette scène », peut-on lire dans les indications scéniques (sic!). « Si ce n’est pas le cas, l’intention et le contenu peuvent être exprimés assez facilement d’une autre manière ».

Thunderball script 2

Après un générique (avec des cartes des Caraïbes et des vagues brisant le rivage sous une musique calypso) on enchaîne sur les scènes déjà bien rodées des précédents scénarios dans lesquels un informateur vient informer Largo à Xanadu que le pilote de l’OTAN Antonio Petachi leur obéira (sa famille a été menacée), la mort de l’informateur, Largo avec sa maîtresse, le vol des bombes avec la mort de Petachi, et la réunion de la Mafia à son QG à Palerme.

James Bond n’apparait pas avant la page 26. Selon la règle générale dans l’industrie du cinéma, une page équivaut à environ une minute à l’écran. Ainsi, il se serait passé près d’une demi-heure avant que le héros n’apparaisse. Bond est sur le stand de tir du QG des services secrets, il s’agit là d’une scène similaire avec les débuts des romans Moonraker et Dr No.

007 est finalement et convoqué au bureau de M et passe devant la secrétaire du chef du MI6 qui est tout simplement nommé Penny (et non Moneypenny). La Mafia a déclaré au gouvernement britannique qu’elle était en possession de plusieurs bombes atomiques, et qu’elle réclamait la somme de 100 millions de livres.

Thunderball original work Prop BlueLe Sorrento a une trappe qui peut s’avérer bien pratique pour transporter des bombes
Sylvan Whittingham Mason © 2016 http://thunderball-artworks.com

Bond s’envole pour les Bahamas (situé sur le 78e méridien ouest et le 25e parallèle nord, d’où les titres envisagés). La maîtresse de Largo s’appelle Gaby. Il est clair qu’elle n’est pas particulièrement enthousiaste au sujet de leur arrangement. En fait, Largo la veut pour servir de “décoration” lors d’une prochaine rencontre de délégués lors d’une supposée réunion syndicale (bien sûr, il s’agit en réalité d’une réunion entre membres de la Mafia, ou de la “fraternité”). « Je reçois beaucoup, et je te veux dans le coin », dit-il à Gaby. Pourquoi Whittingham a-t-il renommé la fille en Gaby au lieu de Domino ? Cela reste un mystère. Gaby est pourtant le même personnage que Domino/Sophia, en beaucoup moins bon toutefois : elle aime les billets verts, elle allume sa cigarette avec des billets enflammés, elle est incapable de supporter les enfants, et elle ferait n’importe quoi pour quelques dollars.

Bond rencontre Gaby au bar d’un hôtel à la page 38. Il s’avère que la réunion de Largo se passe également dans ce bâtiment. 007 demande un planter’s punch à un barman et paye une vodka martini à Gaby. Ils parlent jusqu’à la page 41 où Bond voit Largo pour la première fois avant de le rencontrer à la page suivante.

Peu de temps après, Bond rencontre Felix Leiter de la CIA et lui fait part de ses soupons : n’est-ce pas étrange que 20 Italiens se réunissent soudainement ici ? Après une réunion avec le gouverneur des Bahamas, les deux agents déjeunent. Bond parle beaucoup de la nourriture et lorsqu’il demande au serveur une liste des vins, Leiter répond : « Pas pour moi, merci. Apportez-moi un verre d’eau ». Ce que à quoi Bond réplique : « Bien sûr, j’avais oublié ! ». Qu’est-ce qu’il avait oublié ? Ce ne sera jamais expliqué.

Quoi qu’il en soit, la suite de l’histoire oscille entre la romance de Bond et Gaby (ils vont notamment sur la plage), et Leiter qui garde un œil sur les partenaires de Largo. Il y a aussi une scène où Gaby parle d’un certain Johnni, un jeune garçon qui est un des membres de l’équipage du yacht de Largo. 007 se demande pourquoi Gaby est tellement intéressée par les enfants, elle répond que c’est parce qu’elle ne peut pas en avoir elle-même.

L’action décolle dans la seconde moitié (jusque là, il n’y en avait pas vraiment eu hormis le détournement de deux bombes atomiques). Largo est furieux du fait que Bond fricote avec Gaby, et on essaye de d’écraser Bond en voiture. Finalement, Bond et Leiter trouvent le bombardier coulé après une recherche aérienne et fouillent l’épave.

Bond joue ensuite contre Largo au baccara. Vraisemblablement, cela est un hommage à Casino Royale de Fleming, la scène est plus importante que celle d’Opération Tonnerre ; ils jouent là où ils se sont rencontrés la première fois. Bond essaye d’avoir Gaby à ses côtés et lui indique comment désactiver, ou activer, les bombes. Le fait que Bond et Gaby échangent des regards pousse Largo à faire une grosse mise (50 000 $). Bond gagne.

Bond et Gaby quittent ensemble le casino en voiture mais ils ignorent qu’ils sont suivis par un des hommes de main de Largo, Janni (personnage qui apparaît pour la première fois dans ce script). Alors qu’ils sont sur une plage, Janni tire sur Bond avec un fusil de sniper mais le rate. Bond et Gaby vont se réfugier dans un grotte, Janni et Largo commence à s’y rendre pour tuer Bond mais sont interrompus par deux policiers qui leurs demande de bouger leur voiture mal garée. Au calme, Bond tente de convaincre Gaby que Largo est prêt à tuer des millions de personnes. Elle ne semble pas comprendre, malgré ce qu’il vient de se passer.

Même après qu’elle ait rejoint Largo, elle semble peu enthousiaste à l’idée de travailler avec Bond. Elle révèle même à Largo que Bond est un agent secret et qu’il le soupçonne.

Plus tard Gaby téléphone à Bond pour dire que Largo se prépare à déplacer quelque-chose. Bond envoie Leiter la rencontrer près des marais de Xanadu. Mais Leiter n’est pas vraiment l’égal de Bond dans ce script : il se fait capturer dans la propriété et est amené sur le yacht de Largo, nommé The Sorrento.

Bond est inquiet car Leiter ne revient pas et il décide d’aller enquêter près du yacht. Il découvre la trappe dans la coque mais est repéré une sentinelle, un combat contre celle-ci s’engage, puis des grenades atterrissent près de lui. Bond parvient à regagner le rivage mais est capturé par des hommes de Largo. 007 est jeté dans le marécage mais réussit à sortir, échappant ainsi au regard prédateur de centaines de crabes qui l’encercle.

Pendant ce temps, Largo va récupérer les deux bombes qu’il avait caché dans une grotte sous l’eau. Lorsqu’il dit à Gaby combien il est payé, et qu’il a l’intention d’être à ses côtés et de lui faire ainsi profiter des 100 millions de dollars, Gaby semble assez prête à revenir dans le camp de Largo.

À son retour, Bond demande qu’un bateau armé coule le Sorrento. Un bateau allié ouvre alors le feu sur le yacht de Largo mais celui-ci se retrouve vite détruit par une mine.

Thunderball original work Speeding boat onlineSylvan Whittingham Mason © 2016 http://thunderball-artworks.com

Dans le grand final, Bond se lance dans un combat sous-marin contre la Mafia (mais il n’est pas aussi vaste que celui d’Opération Tonnerre) avec des troupes parachutées. Le moment phare est le combat entre Bond et Janni. Bond désamorce la bombe récupérée et sur son yacht Largo tire sur Leiter qui a réussit à se libérer. Largo amène Gaby, ainsi que l’autre bombe (avec l’intention de la faire exploser à New York), dans un avion qui est catapulté du yacht.

Bond s’occupe de Felix et regarde l’avion qui s’éloigne… Soudain d’avion se désintègre dans une explosion atomique ! « Elle l’a fait… Elle avait les tripes… Elle l’a fait ! » dit Bond alors que l’histoire se termine…

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Mais qu’y avait-il d’autre dans ce script ?

Mis à part le changement de nom et la personnalité répugnante de Gaby, il y a d’autres omissions dans ce script. Le plus notable est qu’il n’y a pas du tout de relation Gaby/Petachi. En outre, la scène du compteur Geiger disparait, Bond ne lui donne jamais cet appareil. Au lieu de cela, les douanes de Sa Majesté cherchent le navire avec un compteur et ne trouvent rien de probant.

Le scientifique est renommé en Carlo Volpe (surnommé Galante), la Capo Mafiosi est renommé de Cuneo à Bastico, et lorsque Bond se présente à Gaby au bar près de la piscine, il le fait ainsi :

Gaby : Et vous êtes, Mr… ?
Bond : Bond.
Gaby : Mr. Bond.

Il ne semble pas manquer un petit quelque chose ici ?

Largo a aussi son propre lot de bizarreries. Pendant la plupart du script il essaie de forcer ses complices à agir comme s’ils participent à une convention plutôt que de se préoccuper à faire sauter Miami (la nouvelle cible). Dans le reste du script, Largo est pris d’une rage jalouse à propos de la liaison entre Bond et Gaby.

Un certain nombre de nouveaux ajouts qui finiront dans le roman et les films apparaissent ici pour la première fois. Par exemple Antonio Petachi utilise une cartouche de gaz (au lieu d’une arme à feu) pour tuer l’équipage du bombardier.

La couverture de Bond en « homme d’affaires riche » que l’on retrouve dans le roman est déjà là, tout comme une scène où Bond et Gaby apprennent à se connaitre l’un l’autre sur une plage ; elle lui enseigne l’italien. Bond demande : « Comment dis-tu, je t’aime, Gaby ? ».

Thunderball original work Beach flameSylvan Whittingham Mason © 2016 http://thunderball-artworks.com

La seconde frappe de Whittingham

En 1960, Jack Whittingham travaille sur un second script pour le film de Xanadu, ignorant probablement que Fleming travaille de son côté sur un roman inspiré des scénarios qui ont été précédemment développés et que Xanadu connait des problèmes pour trouver des fonds pour financer le film (McClory voulait faire le film pour la colossale somme de 3 millions de dollars pour un tournage devant démarrer en aout 1960, ce qui représente tout de même trois fois le budget de Dr No qui sortira deux ans plus tard !). De plus certains deviennent nerveux à l’idée que McClory soit à la production, notamment suite au flop de The Boy and the Bridge (dont les bénéfices devaient aider à financer ce Bond). Des tensions juridiques sont aussi présentes pour savoir qui a les droits sur quoi.

John Pearson rapporte notamment que McClory est venu rendre visite à Fleming en janvier et que ce dernier lui a dit qu’il voulait faire parvenir le scénario à MCA avec une recommandation de Bryce pour que McClory soit le producteur du film. Mais si MCA refusait qu’il soit producteur, McClory devrait alors se vendre au studio, revenir en arrière, ou aller en justice. Toutefois selon The Battle for Bond, McClory aurait appris l’intention de Fleming (et Bryce) de vendre le script à MCA un peu plus tard.

Dans ce nouveau script de Whittingham, Petachi est maintenant remplacé par un double de la Mafia, Antonio, qui a subi de nombreuses opérations plastiques. Dans une tournure intéressante nous suivons Antonio jusqu’à sa confrontation avec Petachi. Dans le film, c’est dans l’autre sens : nous suivons Derval jusqu’à sa rencontre avec Angelo.

Il y a eu des ajouts majeurs pour le personnage de Gaby (oui, Whittingham continu d’écrire Gaby) et le scientifique nommé Galante est maintenant une sorte de fou religieux qui croit que faire exploser une bombe atomique va changer le destin de l’humanité et sauver ainsi le monde de la destruction nucléaire totale. Son caractère change : parfois il est quelque peu maladroit, parfois il est assez glaçant, notamment lorsqu’il décrit comment la vie de la planète s’éteindrait après une guerre nucléaire.

Gaby est mieux écrite et est moins attirée par l’argent. Quand elle confronte Largo sur la moralité de détruire Miami, Largo essaye de la convaincre par la perspective financière. Cette fois elle rechigne l’argent.

Bien qu’il y ait eu des améliorations, vers la fin le script faiblit. Dans les projets précédents, Gaby se suicidait. Dans celui-ci, c’est Galante qui prend la décision suicidaire de faire exploser la bombe atomique de Largo dans un « lieu sûr ». Il y a un problème majeur avec cette tournure des événements : notre personnage principal, Bond, ne rencontre jamais Galante ! Bond est donc écarté, encore plus qu’il ne l’était déjà, de la résolution finale des événements.

Dans l’ensemble, ces différents projets ne montraient apparentement pas l’excitation, le style, la profondeur du personnage, ou le sens de l’intrigue que les romans et les films capteront si bien. Ce second script de Whittingham marque la fin des efforts Xanadu, même si McClory n’abandonne pas le projet…

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Restez connectés pour la suite de la chronique !

Épisode 4 : Quand Thunderball devient un roman
Épisode 5 : EON s’empare de Thunderball (1961)
Épisode 6 : Un scénario de blockbuster
Épisode 7 : La fin de la route

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Sources et articles de référence sur le sujet : Mr. Kiss Kiss Bang Bang (Inside Thunderball par John Cork), The James Bond Bedside Companion de Raymond Benson, The James Bond Archives de Paul Duncan, The Battle for Bond de Robert Sellers, James Bond : Le dossier secret de 007 de Kevin Collette, The Spy Command (hmss weblog), Agent007.nu, The Spy Who Thrills Us, mi6-hq (1), abj007, James Bond Radio (1), Thunderball-Artworks, Sylvan Mason, James Bond Radio (2), mi6-hq (2), 007 Magazine, Sabotage Times, Thunderball Obsessional, KevinMcClory.com, Ciné Magazine hors série N° 1, Bonhams, Dailymail.

Clément Feutry

Clément Feutry

Fan passionné de l'univers littéraire, cinématographique et vidéoludique de notre agent secret préféré, Clément a traduit intégralement en français le roman The Killing Zone et vous amène vers d'autres aventures méconnues de James Bond...