L’Homme au Pistolet d’or : les 50 ans du dernier livre de Fleming

C’est aujourd’hui le 50e anniversaire de la sortie de L’Homme au Pistolet d’Or, le dernier roman publié par Ian Fleming. Pour l’occasion nous avons traduit pour vous cette formidable chronique de Tom Cull, rédacteur en chef du site Artistic Licence Renewed (un blog collectif et passionnant en anglais sur le James Bond littéraire). Cet article est paru le 1er avril 2015 sur le site Ian Fleming Publications. Les auteurs de Commander James Bond France ne sont pas les auteurs de cet article que nous avons traduit et qui reste la propriété de son auteur et de Ian Fleming Publications

Il y a 50 ans aujourd’hui, et huit mois après la mort de Ian Fleming, L’Homme au pistolet d’or paraissait de façon posthume. La naissance du dernier des romans de James Bond a été difficile, et sa place au milieu des autres romans de Fleming est toujours vivement débattue parmi les fans.

Bien que Fleming ait, à plusieurs occasion, déclaré qu’il en avait fini avec l’écriture des aventures de Bond, il avait terminé le premier jet de L’homme au pistolet d’or en mars 1964. Après avoir s’être de nouveau lancé dans l’écriture d’un James Bond, malgré sa santé déclinante, un mot à son éditeur, William Plomer (des éditions Jonathan Cape) laissait deviner la fin tragique à venir du père de 007 :

Il s’agit hélas du dernier Bond et, une nouvelle fois hélas, j’en suis cette fois convaincu, puisque je n’ai pu réussir à y insérer ni souffle, ni saveur.

En plus des réservations de Fleming, le travail artistique pour la couverture de l’Homme au pistolet d’or s’est aussi avéré compliqué. Une nouvelle fois, c’est Richard Chopping qui a collaboré avec Fleming pour l’illustration de la jaquette de cette première édition. Mais le pistolet d’or de Francisco Scaramanga, le Colt .45, était trop long pour tenir sur une seule page, et l’illustration a donc été étendue à l’arrière de la jaquette. Apparemment, les libraires n’ont pas été convaincus par cette expérience qui leur demandait d’ouvrir et aplatir le livre pour le disposer proprement sur les étals. Maintenant, bien sûr, le livre est reconnu comme un chef d’œuvre de couverture, ainsi qu’une des seules premières éditions encore abordable niveau prix.

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Le Gambit de Fleming

Malgré le manque de “souffle et de saveur”, l’introduction de l’Homme au Pistolet d’or est aussi bonne que ce que Ian Fleming écrivait d’habitude. Dans l’ensemble, l’ouverture est à la fois fantastique, surprenante, improbable et très tendue. Du pur Fleming.

Le service y apprend que, un an après la destruction du château de Blofeld au Japon, Bond a souffert d’un choc à la tête et a développé une amnésie. Après avoir vécu pendant plusieurs mois comme un pêcheur japonais, Bond a voyagé en Union Soviétique pour découvrir sa vraie identité. Il y a subit un lavage de cerveau et on lui a ordonné de tuer M à son retour d’Angleterre, et durant son debriefing avec M, Bond tente effectivement de le tuer avec un pistolet au cyanure. Fort heureusement, l’attentat échoue.

La tension psychologique entre Bond et M est palpable dans ce dernier roman de Fleming. Nous savons que quelque chose n’est pas normal, mais on ne sait pas quoi exactement jusqu’à ce que la rencontre ait lieu et qu’on voit notre héro essayer de tuer son supérieur qu’il avait jusqu’alors “aimé, honoré et obéit”. Sans aucun doute, cette hostilité silencieuse entre les deux hommes fonctionne bien justement parce l’Homme au Pistolet d’or explore la psychologie de Bond plus que tous les autres romans.

L’écrivain d’espionnage Charles Cumming, qui a rédigé l’introduction de l’édition de Pinguin en 2006 parlait ainsi que la séquence d’ouverture : “étant donné l’état de santé fragile de l’auteur, l’Homme au pistolet d’or est un sucès remarquable. L’introduction est aussi bonne que n’importe quel autre grand moment décrit par Fleming, et j’aime particulièrement  le “rapide et compatissant signe de tête” que Moneypenny adresse à Bill Tanner pour lui signifier que quelque chose ne va pas avec Bond.

Après avoir récupéré de cet épisode, Bond est envoyé à la Jamaïque pour assassiner Francisco Scaramanga, connu comme l’Homme au pistolet d’or.

Bond a été un bon agent à un moment, dit M, Il n’y a pas de raison qu’il ne puisse être de nouveau un bon agent.

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Le site collaboratif de Tom Cull à visiter

L’erreur en or ?

Fleming est mort avant que son manuscrit n’ai pu passer à l’étape du second brouillon et des nombreuses révisions. Si Fleming en avait eu la possibilité, il aurait sans doute reporté la publication du livre, comme l’explique son biographe Andrew Lycett : “Il espérait pouvoir être capable de le retravailler à son retour en Jamaïque le printemps d’après. Mais Plomer (son éditeur), le découragea de cette idée, en lui disant que son roman serait aussi bon que ses habituels.”

Kingsley Amis, un fan confirmé de Fleming, avait été sollicité pour son opinion du manuscrit, mais il est peu sûr qu’aucune de ses suggestions ait été retenue : “pas de vilain décent, pas de conspiration convenable, pas de marques… et même pas de sexe, de sadisme ou de snobisme”, étaient juste certaines des objections de Amis. Ses critiques principales concernaient Scaramanga qu’il décrivait comme un “dandy avec un pistolet spécial (et inefficace). Pour le romancier qu’était Fleming, cela était considéré comme un peu juste par rapport à ses prouesses habituelles pour inventer des ennemis mémorables et finement décrits. Amis s’inquiétait aussi du manque de la “touche Fleming”, c’est à dire de la signature de l’auteur à travers la riche utilisation de détails.

Une partie de la colère de Amis est le résultat de la forte admiration qu’il avait pour les hauts standard de l’écriture de Fleming, et le critique a maintenu que malgré les inconsistance du livre, il y avait une “formidable ingéniosité et un vrai travail de création” de la part de Fleming. J’ai tendance à être d’accord et si L’homme au pistolet d’or sortait aujourd’hui comme un nouveau thriller, il recevrait sans aucun doute de formidables critiques.

Cependant, entre le contexte de publication de l’œuvre de Fleming, et ses relations de l’époque avec les critiques, ce dernier roman n’avait aucune chance.

Et pourtant, malgré les critiques négatives de l’époque, l’Histoire a été plus clémente. Récemment, l’Homme au Pistolet d’or a connu une nouvelle appréciation critique, et l’auteur acclamé William Boyd, qui a écrit un roman de continuation (Solo), a écrit que ce livre était un des romans les plus “réalistes” de Fleming (par rapport aux autres plus “fantastiques”), dans son introduction des éditions Vintage de 2012.

Les romans de Bond sont remplis d’improbabilités, de coïncidences et de retournements de situation bien pratiques. La cohérence narrative, la complexité, l’originalité, la nuance et la surprise n’étaient pas des aspects auxquels Fleming s’intéressait particulièrement, et l’Homme au Pistolet d’or ne fait pas exception. Et évidemment, la chute de Scaramanga est presque trop calme par rapport à ce à quoi Fleming nous a habitué, mais mieux écrite, brutale et tendue que ce que Fleming réussit habituellement.

Le site de Ian Fleming Publications
Le site de Ian Fleming Publications

Le dernier salut

Il apparaît clairement que la qualité du travail de Fleming et son ingénuité lui faisaient défaut sur la fin, et que sa création de l’homme au pistolet d’or est pleine de contresens non voulus. Après avoir créé et défini un genre, sa mission était accomplie, et celle de Bond aussi, bien avant que Fleming publie ce roman. Le vieil ennemi de Fleming, l’ennui, était déjà dans les airs avant même qu’il ne s’attelle à écrire la première phrase de ce roman.

“Bond décida qu’il était soit trop vieux, soit trop jeune pour se laisser aller à la pire des tortures : l’ennui. Il se leva et alla au bout de la table et dit à Scaramanga : “j’ai mal à la tête, je vais me coucher”.

L’Homme au pistolet d’or est aussi révélateur de la relation entre Fleming et sa Jamaïque adorée et de la désintégration du colonialisme britannique. Bond et Félix Leiter reçoivent à la fin la Médaille de la Police Jamaïcaine pour “services rendus à l’État indépendant de Jamaïque”, ce qui est une référence à la fin du colonialisme anglais dans l’île en 1962.

Comme s’il était bien conscient qu’il lui restait une dernière cartouche dans son canon, Fleming a pris l’occasion de rétablir la vérité sur sa création dans l’Homme au pistolet d’or. Fleming s’arrange notamment pour rejeter la notion de snobisme de Bond qui se voit offrir le symbole le plus ultime : l’anoblissement par la Reine. Bond le refuse en expliquant à M qu’il est “un paysan écossais et qu’il se sentira toujours à l’aise à l’idée d’être un paysan écossais”. Cela pourrait être vu comme un dernier jet de Fleming à ses critiques, ou simplement vu comme une bravade finale de Bond.

Dans tous les cas, ce livre représente la fin littéraire du Bond de Fleming ainsi que le crépuscule final de Fleming lui même.

Merci à l’auteur de cet article Tom Cull et à Ian Fleming Publications !

Source : Ian Fleming.com / Artistic License Renewed,

This article is not owned by Commander James Bond France. The content translated by Commander James Bond France is the property of Ian Fleming Publications. The article was freely translated for the pleasure of French readers.

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Une pensée sur “L’Homme au Pistolet d’or : les 50 ans du dernier livre de Fleming

  • 2 avril 2015 à 6 h 51 min
    Permalink

    Article intéressant, perso j’aime bien ce roman, surtout le coup du serpent à la fin. Quand à l’avis d’Amis, on ne peux pas dire qu’il a été des plus brillant dans Colonel Sun (même si il vaut son pesant de cacahouètes)…
    Comparé à d’autres auteurs comme Robert Ludlum, Fleming à très vite expédié le coup de l’amnésie alors qu’il y avait sans doute quelquechose à faire avec faire avec. Mais comment lui en vouloir avec son état de santé ?

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