Géopolitique européo-bondienne (2)

Pour comprendre pourquoi les films de Bond ne s’intéressent que peu à l’Europe, commençons par voir pourquoi l’Union Européenne (U.E.) est inutilisable pour les films de James Bond. Pour nous français, qui avons contribué depuis plus de 50 ans à sa construction, elle est une donnée inhérente à notre politique. Mais les anglais semblent ne pas y accorder d’importance.
Les organisations européennes : vides de pouvoir

Cela peut s’expliquer par plusieurs aspects :

Quand on s’intéresse à cette organisation, on se rend compte que l’inter-étatique domine, et cela dans une logique de coopération prononcée. Vue ainsi, elle présente peu d’intérêts car elle est un endroit secondaire de décision politique, où la recherche de consensus prime sur des affrontements entre les nations. Ceux-ci auraient pu être sources d’enjeux avec suffisamment d’envergure pour que Bond daigne s’en occuper. Or, ce n’est pas le cas.

D’autre part, elle n’a que peu d’influence dans le monde des services secrets, et n’a pas d’organes réellement puissants pouvant influencer significativement et directement des enjeux importants, ou des acteurs du monde de James Bond. La seule exception serait Interpol, et l’Angleterre lui attribue si peu d’influence, qu’elle n’y a, dans les films, jamais recours. La seule fois où Interpol est citée, c’est dans Rien que pour vos yeux, en même temps qu’une longue énumération de services d’information divers.

Puis, il faut savoir que le Royaume-Uni (R.U.) s’est toujours tenu à distance de cette organisation, et en a toujours été méfiant. Tout d’abord, jusqu’en 1973, le R.U. n’en était pas membre, et tentait même de concurrencer cette alliance de 6 pays. Aucun intérêt donc, de citer ces 6 pays et leur structure, ou de les hisser au rang des aventures de Bond. Ensuite, une fois le R.U.membre de l’U.E., l’Europe n’a eu qu’un rôle économique (jusqu’au traité de Maastricht en 1997). Elle a peu d’intérêts à faire partie d’intrigues politiques ou secrètes. Elle est d’ailleurs tellement bureaucratique, qu’elle fait peut réver à un organe économique capable d’être la cible de complots internationaux. Ensuite, au fur et à mesure de la prise d’importance de l’international entre l’UE et le reste du monde, on était rentré dans l’ère Brosnan, où les grosses puissances militaires (Corée, États-Unis, Chine) rendaient la prise de parole européenne peu intéressante.

Pour terminer, il faut savoir que la nation anglaise est fière et indépendante. Quelle honte de se rabaisser à un membre (même important) parmi d’autres au sein d’une organisation, quand on a créé et dominé le Commonwealth. Et quel est l’intérêt de se rapprocher d’États qu’on a concurrencé pendant si longtemps, et qui ne présentent au yeux du monde que peu d’influence du point de vue des services secrets. La fierté des anglais dans l’univers des services secrets se retrouve dans le livre Bons baisers de Russie, où un dirigeant du KGB dresse une carte de l’espionnage mondial :

« Il y a des agents isolés servant la Norvège, la Hollande, la Belgique ou même le Portugal, qui pourraient nous causer pas mal d’ennuis. Mais plutôt que de faire bénéficier de leurs renseignements les pays les plus puissants, ils préfèrent rester assis dessus. […] Les suédois quant à eux, ont toujours eu, sur ce qui se passe dans la Baltique, des renseignements supérieurs à ceux qu’obtiennent la Finlande ou l’Allemagne. Ils sont dangereux […], mais ne cessent d’avoir des scandales d’espionnages. […] Les italiens sont intelligents et actifs, mais il ne font aucun mal et ne s’intéressent qu’à la Méditerranée. Les espagnols aussi, mais ils ne sont pas mûrs pour la révolution. Le deuxième bureau français et intelligent et dangereux, mais se ridiculise tout seul. De plus, la France se débrouille seule. »

Après cette description, il s’ensuit un éloge du service secret britannique, bien supérieur, même aux yeux des russes, à tout ceux de l’Europe réunie. La description date, mais cela donne un exemple du peu d’intérêt porté par l’univers bondien à ses voisins européens.

Bref, pour revenir à l’Union Européenne, même si le R.U. en fait partie, ne constitue qu’une goutte d’eau dans l’océan des enjeux mondiaux, et des organisations de pouvoir.

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