Sean Longmore et ses posters de 007 revisités – Interview

Chez Commander James Bond France, on aime rencontrer les fans qui partagent leur passion pour 007 à travers des créations originales. Quand Sean Longmore a mis en ligne sa série d’affiches de James Bond, inspirée des posters japonais des années 1960, on a donc eu envie d’aller le rencontrer pour qu’il nous parle de ses inspirations et de son travail de création.

Vous pouvez voir ses créations sur Twitter et Instagram.

001: Bonjour Sean, peux-tu te présenter et nous dire comment t’es venue cette idée de faire cette série de posters ?

Avec plaisir ! Mon nom est Sean Longmore, je suis un graphic designer basé au Royaume Uni, je fais ce métier depuis bientôt sept années et travaille en ce moment pour le théâtre et les spectacles.

Je suis un gros fan de James Bond. Je le suis depuis que je suis tout petit et c’est difficile pour moi d’imaginer une vie sans Bond. Je peux dire sans trop de doutes que les posters de Bond sont une des raisons pour lesquelles je suis devenu un designer. Quand j’étais gamin, j’ai eu une copie du livre de Tony Nourmand Les Affiches des films de James Bond, et j’ai été instantanément captivé par cet imaginaire riche et excitant. Ça peut sembler idiot, mais j’ai toujours été attiré vers ces affiches, de la même façon qu’on peut être fasciné par un Renoir ou un Picasso. Ces affiches sont une forme d’art en en tant que telle. Une affiche de Bond fait autant partie de l’identité du film que sa cinématographie ou ses décors : ils participent de ce que les gens vont se rappeler du film longtemps après sa sortie, et c’est quelque chose de spécial. Je n’arrive pas à penser à une autre franchise qui a réussi à avoir un tel impact avec un élément extérieur au film lui-même. Je ne pense pas que même Star Wars, avec ses posters, a réussi à créer cette sorte d’exploit. C’est un peu cette envie de susciter ce type de magie qui m’a inspiré pour devenir un designer. Quelqu’un devrait peut-être créer une pétition pour afficher le poster de Moonraker par Gouzée au Louvre. Je signerais immédiatement.

Donc, cette admiration et cette passion pour les posters de Bond a toujours été présente chez moi, et quand le confinement lié au COVID a commencé, je voulais commencer un projet personnel pour pratiquer certaines technique et me tenir occuper. Mourir peut Attendre était dans toutes les bouches, et l’image de Ana de Armas était sur la couverture de Total Film. Elle a été le point d’entrée : la robe, le maquillage, les bijoux… Tous les éléments criaient James Bond et je voulais travailler autour d’eux. J’ai donc commencé le premier poster autour d’elle, et je pensais que ça s’arrêterait là. Mais j’ai eu des réactions si positives que j’ai enchainé avec Skyfall et SPECTRE, et je me suis pris au jeu. Je n’avais pas prévu de les faire imprimer. C’était juste un peu de fun et c’est la raison pour laquelle j’en ai fait davantage. Je suis vraiment reconnaissant à la communauté des fans de Bond pour leur réaction, et je me sens vraiment chanceux qu’ils m’y aient bien accueilli.

002 – Parmi tous les posters de la série des James Bond, qu’est-ce qui t’as attiré vers les affiches japonaises et leur approche des films de 007 ? Est-ce que tu essaies de copier exactement certains posters, ou servent-ils juste d’inspiration ?

Cette attirance vient d’avoir grandi avec Bond et de la façon dont ces affiches m’ont inspiré au fil des ans. Je ne sais pas dessiner. Je ne suis pas un illustrateur, et c’est une compétence bien au delà de mes aptitudes que j’admire beaucoup. Ma carrière dans le design a commencé en concevant des impressions (flyers, livrets, etc), mais je savais que je devrais m’adapter pour être capable de créer et proposer des contenus artistiques originaux si je voulais réussir dans le milieu. Ne sachant pas dessiner, je pensais (et je le pense encore parfois) que c’était une tâche impossible.

Ce sont les affiches japonaises des années 1960 pour les films de James Bond qui m’ont appris qu’il y a une alternative à l’illustration, et que l’on peut faire quelque chose d’excitant et engageant à travers le photo montage. Chacun de ces posters classiques a quelque chose de vraiment brillant, même s’ils ne sont pas si éloignés de leurs homologues occidentaux.

En les regardant, vous pouvez voir que le designer japonais était probablement quelqu’un qui n’avait pas vu le film en avance et avait juste une série de photos de références qui devaient être compilées pour vendre le film. Même la colorisation de photographies aurait été totalement aléatoire, comme la DB5 rouge flashie sur l’affiche de Opération Tonnerre. J’ai des versions imprimées de Goldfinger, On ne vit que deux fois et Au Service Secret de sa Majesté que je pourrais regarder toute la journée sans me lasser. Ils sont totalement dingues. Dans un coin, il y a un hélicoptère trainant une voiture au-dessus d’un volcan avec un missile explosif tandis qu’un canon à eau tire en dessous (je ne suis même pas sur que ce dernier élément soit dans le film). Dans un autre, Sean Connery embrasse Kissy Suzuki dans un bikini jaune brillant que l’on n’a jamais vu ailleurs. Vous pouvez imaginer à quoi devait ressembler la réunion pour proposer ce design ?!

Ils ont une vraie folie visuelle, et je pense que par osmose, au fil des ans, cette folie s’est immiscée dans mon style créatif. Je voulais faire une version moderne de cette folie pour Mourir peut Attendre.

Une chose est sure : je ne cherche pas à reproduire des exactement posters. J’en serais incapable. Je pense aussi qu’ils sont des produits de leur époque et ce type de design ne fonctionnerait pas pour le public actuel des blockbusters. Le défi que je me suis donné était plutôt de moderniser ce style, mais le rendre immédiatement reconnaissable comme un coup de chapeau aux posters originaux années 60s.

J’ai donne à chacun de ces design une palette de couleur forte et bruyante, en exagérant souvent les couleurs et en modifiant délibérément certaines tonalités pour qu’elles semblent « fausses » pour reproduire les colorisations approximatives des affiches de l’époque. J’ai recréé le logo 007 qui était utilisé sur les affiches des films avec Connery. Pour Quantum of Solace, j’ai en partie recréé l’affiche originale japonaise pour Goldfinger qui présentait Shirley Eaton recouverte d’or avec Strawberry Fields enduite de pétrole, avec leur postérieur et poitrine couverts par une déchirure de l’affiche en forme de missile. Ce sont des références aux designs orignaux.

003 : Peux-tu nous parler du travail qui va dans ces créations ? Combien de temps te prends la création de chaque affiche ? Y en a-t-il certaines qui aient présenté des défis particulier ?

Je créé ces designs sur Photoshop en travaillant avec les photos de références. La production de chaque affiche devient de plus en plus longue au fil des créations, surtout quand je fais face au défi de nettoyer et restaurer de vieilles photos pour l’affiche. Par comparaison, Skyfall m’a pris autour de huit heures. Mon design le plus récent m’a pris le double de ce temps.

Dans mon travail habituel, ce que je fais s’intègre et s’adapte à l’organisation d’un département marketing. Donc il s’agit pour moi d’utiliser cette expérience dans le marketing dans le processus de création pour imaginer les visuels que les designers japonais auraient choisis pour vendre le film. Pour certains posters, j’ai su dès le début ce que je voulais avoir comme éléments : par exemple, j’adore la cinématographie de Skyfall, et je savais que j’y intégrerais le magnifique dragon de Macao et le cerf à l’entrée du manoir de Skyfall. Le design de Mourir peut Attendre et Le Monde ne Suffit pas ont été assez similaires.

La composition de SPECTRE et Quantum a été beaucoup plus difficile : Casino Royale a été un défi particulier parce qu’elle demandait beaucoup de peinture digitale qui est une technique que j’ai appris au fur et à mesure.

Avec SPECTRE, j’ai su des le départ que je voulais utiliser une palette de couleur dans les tons bleus, mais rien d’autre. Je voulais faire quelque chose de diffèrent, et il me manquait le sujet autour duquel articuler l’affiche. J’ai donc décidé d’embrasser les styles délirants de certaines affiches et j’ai fini par m’inspirer de l’affiche thaï de Octopussy qui contient une énorme pieuvre violette qui absorbe une grosse partie du design. J’ai utilisé des tentacules géants qui s’enroulent autour de Bond et Madeleine et interfèrent avec les scènes présentées dans l’affiche. Ça me semblait une bonne métaphore visuelle des manipulations du SPECTRE dans le film et faisait un bon écho au design d’Octopussy.

Quantum of Solace m’a demandé trois tentatives différentes. Mon premier essai a fini avec un fichier corrompu qui m’a obligé de tout reprendre, ce qui en a fait l’affiche qui m’a demandé le plus de travail. La palette de couleur était dictée par le film : concevoir quelque chose d’autre que l’or et le sable aurait semblé hors propos. J’ai passé une journée entière sur une version originale, mais quelque chose ne fonctionnait pas. Ça semblait sombre et déprimant, et Camille donnait l’impression de s’ennuyer ferme. Je suis donc reparti sur une page blanche, ait introduit un peu de bleu pour contraster avec l’orange du sable et du feu de Perla de las Dunas, ai récupéré une image de Camille qui semblait plus stylée et correspondait mieux à ce personnage très actif (l’image originale était tirée de la publicité Heineken) et j’ai aussi introduit le motif des ronds du gunbarrel inspirés du générique de Dr. No, qui m’ont permis d’introduire plus d’images du film contenus dans les cercles et complètent le style de l’affiche. On retrouve ce modèle dans les affiches qui suivront.

Les affiches de SPECTRE et Quantum ont toutes deux étés très difficiles et j’en suis vraiment fier. Un de mes meilleurs amis a acheté une des trois premières affiches pour me soutenir, sans rien savoir du projet. C’est à ce moment que j’ai su que j’avais réussi cette création.

004: En tant que graphic designer, que penses-tu des posters de James Bond de ces dernières années qui sont devenus très minimalistes ?

Je sais qu’elles ont un style très diffèrent de mes créations et des vieilles affiches de Bond, mais le travail de Gary Dalton a répondu a ce que les films avaient besoin d’être. Je pense que EON n’essaie plus, avec raison, de vendre Bond comme un superhéros d’action : le marché actuel en est déjà saturé. Les nouveaux posters ancrent le personnage de la même façon qu’il l’a été depuis Casino Royale. Ils aident à établir Bond comme une « marque de prestige ». Ils ont une certaine classe qui correspond bien au personnage de Bond : une impression de luxe sans être patronisant.

L’affiche en noir et blanc de Greg William pour le poster de Mourir peut attendre avec Bond et Madeleine en plan rapproché est fantastique. Elle donne immédiatement le ton ; évoque un soupçon de Au Service Secret de sa Majesté pour les fans hardcore de Bond et renvoit également au travail de Terry O’Neil pour Vivre et Laisser Mourir. C’est minimaliste mais ça apporte beaucoup de choses de façon subconsciente. Est-ce que j’aimerais voir EON revenir au style explosif et débordant d’action comme avant ? Bien sûr ! Mais ce qui est bon pour les fans ne l’est pas forcément pour le grand public. Mes créations, elles, sont pour les fans.

005: As-tu un James Bond préféré ? Est-ce que tu te considères comme un nostalgique des Bond des années 60, ou apprécies tu également les plus récents ?

Au service secret de sa Majesté. C’est mon film préféré toutes catégories confondues et un de mes livres favoris. J’ai tellement d’estime pour ce film que je pense qu’il est presque en marge de la franchise, donc je ne le compte pas. Il est spécial.

En dehors de celui-ci, mes préférés changent constamment, en fonction de l’humeur du moment. Mais Opération Tonnerre, L’Espion qui m’aimait, Permis de Tuer et Goldeneye se retrouvent régulièrement dans mes favoris. J’adore également Moonraker et Demain ne Meurs Jamais pour différentes raisons. Même le Casino Royale de 1967 est fun. Pour moi, un film de Bond « à coté de la plaque » est toujours plus divertissant que la plupart des autres films. C’est dur de choisir.

Je ne me définirais pas comme un nostalgique des films des années 1960. Roger Moore était mon premier bon, et si je suis nostalgique de ses films, j’aime vraiment tous les opus. Je sais que beaucoup de fans appellent à revenir à l’époque des années 1960s et que Bond devrait toujours être Connery dans son ADN. Mais même si ce serait un plaisir pour les fans, ça ne marcherait que temporairement. Bond doit évoluer et je pense que 007 devrait toujours être un reflet de la société actuelle : les romans de Fleming sont totalement en phase avec leur époque avec leur pessimisme et leur commentaire des temps modernes. Cela fait partie de l’attrait du personnage.

006: Peut-on s’attendre à d’autres posters dans cette série ? Est-ce que tu as d’autres passions en dehors de la franchise 007 ?

Je suis un passionné de cinéma en général, et je suis très fier de ma collection de Blu-Ray, donc j’espère faire plus de créations autour des films que j’aime. En termes de franchises, je suis un grand fan de Doctor Who. C’est toujours amusant de repérer les similitudes entre ces deux univers et la façon dont ils réutilisent les mêmes accessoires et véhicules dans les années 1970. Je suis passionné de SF en général, et j’adore Star Wars et Star Trek également, et j’aime me plonger dans les jeux vidéo quand je ne suis pas scotché à Photoshop.

Vous pouvez définitivement vous attendre a plus de posters ! Je viens de mettre en ligne mon affiche pour Meurs un Autre Jour et j’ai fini celle pour Goldeneye, et j’ai encore quelques surprises. Je vais faire quelques sauts dans le catalogue des films plus anciens. Je ne pense pas que je m’attaquerai à tous les films, mais tant qu’ils ont du succès, j’essaierai de continuer.

Merci à Sean de s’être prêté à cette interview ! Vous pouvez voir davantage de ses créations sur son magasin en ligne Etsy (et commander des tirages de ses affiches) et sur son site officiel.

 

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