Il s’appelait ‘Requin’

Son nom est Requin. C’est un tueur aux petits pieds.
James Bond – Moonraker

La nouvelle a fait le tour du web et même plus ! Richard Kiel, l’interprète de l’inoubliable Requin (ou ‘Jaws’, les mâchoires, si vous préférez la VO) nous a quitté hier à l’âge de 74 ans. Aucun décès de méchant n’a eu autant d’échos dans les journaux. Cela montre à quel point Richard Kiel nous a tous marqué, grands ou petits.

Sur CJB, on se devait de rendre hommage à Requin avec une chronique et une vidéo hommage (les deux réalisées par Ytterbium)

Personnellement, Requin est un de mes premiers souvenirs de James Bond : dans l’Espion qui m’aimait, premier film de James Bond vu à la télévision, je me souviens d’abord des gadgets, et l’assassinat terrifiant de Max Kalba sur un fond de musique endiablée. Ma première émotion de surprise bondienne également : “Oh ! Ce Requin est tellement fort qu’il tue même le terrifiant prédateur aquatique de Stromberg !”.

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Les fans de James Bond sont un peu orphelins. Car si les agents 007 sont remplaçables, il n’y avait qu’un Requin.
Allociné

Le personnage de Requin était un personnage unique en son genre : à la fois menaçant et attachant, on se demandait toujours si Bond pouvait réussir à le tuer, et si on voulait le voir réussir à le tuer. Dans l’Espion qui m’aimait, Requin avait tout de menaçant et portait à lui seul la première partie du film : depuis son allure massive et animale, jusqu’à la mise en scène qui nous montrait cette énorme silhouette s’abattant sur ses victimes, et son corps immense qui survit à toutes les épreuves, les chutes et les éboulements.

Cette indestructibilité le rendait à la fois impressionnant, donnant envie de voir le prochain affrontement, mais lui donnait aussi un petit air de cartoon. Car en fin de compte, Requin est comme James Bond, increvable, plein d’humour, poursuivant toujours son chemin, malgré toutes les épreuves qu’il rencontre et les situations improbables dont il se sort. Il était comme le Bond de Roger Moore, époussetant sa veste après un corps à corps, mais du coté des méchants et plus grand que nature.

Requin n’était pas juste une masse increvable comme Oddjob, mais aussi un personnage qui savait provoquer la surprise. On ne le voyait jamais venir : de haut d’un temple, du fond d’une armoire, au détour d’un couloir d’Atlantis. Jaws est aussi un méchant dont la force était toujours surprenante, pouvant détruite un chantier, un van ou un téléphérique d’un seul coup. Il était aussi un personnage attachant, toujours victime de sa force : trop de force qui l’ensevelie seul sous un éboulement ; trop bien équipé avec ses dents, qui finissent électrocutées ou aimantées.

J’ai convaincu les producteurs que Requin devait avoir des aspects humains pour contrebalancer ses dents d’acier. Je crois que j’en ai trop fait. Je suis devenu trop populaire pour qu’on me tue !
Richard Kiel

S’il avait été un homme de main normal, Bond se serait débarrassé de Requin dans un bassin, en réussissant du même coup un bon gag.  Mais en deux heures de temps, Requin avait déjà montré qu’il valait déjà mieux qu’une simple trappe aux requins. Quand il émerge de l’Atlantis, un sourire aux lèvres et commence à nager, il devient plus qu’un homme de main le temps qu’un film mais un réel personnage, tel Coyotte et Bip Bip : le géant face au petit Bond astucieux.

Il ne pouvait que revenir dans Moonraker. Il y perdait son aspect terrifiant, car on savait bien que ni Bond ni lui ne gagneraient, mais il revenait avec beaucoup plus de sympathie. La force de Requin était échangée contre des mimiques absurdes, des costumes de clowns, et plus de sourires que de menaces. Alors qu’il avait porté la première partie de l’Espion qui m’aimait à lui tout seul, avec Bond et Anya à la poursuite du tueur, il forme un duo comique avec Bond dans Moonraker : deux héros improbables à l’heure de Star Wars et des destructions de la planète, mais pouvant survivre à tout en échangeant des sourires charmeurs.

Il aura même presque eu son Spin Off avec sa séquence amoureuse, et le personnage qui devient autonome en changeant, ce qui est rare chez James Bond, de camps. Malgré toutes les péripéties que lui auront fait voir les réalisateurs, Requin sera resté au top. Malgré la dégringolade de Moonraker, on l’a connu et aimé suffisamment son personnage pour lui pardonner d’être devenu gentil et tombé amoureux d’une petite blonde.

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Quand je me suis vu apparaître dans l’armoire sur l’écran de cinéma, j’ai eu peur !
Richard Kiel

Une fois passée sa performance dans James Bond, et qu’on découvrait l’acteur derrière les scènes, on ne pouvait qu’aimer Richard Kiel. Un acteur rempli d’humour et d’amour, un réel complice de Roger Moore, et une personne ouverte à tous malgré que tout le monde le voit comme le géant au grand cœur comique. Malgré toutes les stigmatisations et les stéréotypes sur sa taille à travers ses nombreux rôles, Richard Kiel montrait qu’il aimait suffisamment le public : il continuait à offrir d’autres de ces moments avec un méchant disproportionné mais pas foncièrement mauvais, depuis ses premiers rôles dans les Mystères de l’ouest, jusqu’au mineur bourru de Pale Rider.

Interviewé à la radio, Roger Moore raconte comment le dimanche précédent, il était réunit avec les producteurs Barbara Broccoli et Micheal G. Wilson et le réalisateur John Glen pour parler de la franchise. Au téléphone depuis chez lui, Richard Kiel, qui avait pourtant été hospitalisé juste la veille, avait fait l’effort de participer à l’émission. Jusqu’au bout, raconte Sir Roger, il aura été un professionnel venu assurer son show. C’était un homme immense avec un cœur encore plus grand.

Personnellement, je m’attends toujours à revoir Requin surgir d’une nouvelle montagne de décombres qui se serait abattue sur lui. S’il le refaisait, je lèverais ma coupe de champagne et dirait une dernière fois d’une voix grave :

Bon, ben… à la nôtre !

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Article publié également sur Des Jamesbonderies… entre autres

Ytterbium

Ytterbium

Webmaster de Commander007.net Ne reculant devant aucun monologue, aucune traduction et aucun codage de site internet, l'Ytterbium ne vit que pour le plaisir de parler de Jamesbonderies... entre autres !

2 pensées sur “Il s’appelait ‘Requin’

  • 12 septembre 2014 à 11 h 25 min
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    On en apprend beaucoup sur l’origine de Requin dans la novelization de Christopher Wood ( et plus encore à la lecture des scénarii de L’Espion ) .
    Inspiré directement du personnage de ” Horror ” dans le roman rédigé par Fleming ( un flingueur au petit pied dont la dentition est déformé par un appareil dentaire hideux ) , Wood lui donne des origines polonaises . Son véritable nom étant Zbigniew Krycsiwiki .
    Sa popularité fût telle que , outre Moonraker , il apparut aussi dans la pitoyable série animée ” Les aventures de James Bond Jr ” . On le voit aussi réapparaite ( aux côtés de Odd-Job ! ) dans le très rigolo ” Our Man From Bond Street ” , l’un des épisides de la série Mad Mission …

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  • 12 septembre 2014 à 11 h 52 min
    Permalink

    Bon article,
    +1 à Kevin, Wood explique aussi l’origine de ses dents d’acier.

    Requin est également apparu dans de nombreux jeux vidéo de la série (presque dans tous à vrai dire), notamment dans Quitte ou Double où il à une grande importance dans la campagne solo.

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