Les secrets de Sam Mendès : Inventer Skyfall

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En novembre 2012, alors que la pression autour de Skyfall se faisait moins forte, le réalisateur de Skyfall Sam Mendès, participait à une séance de questions-réponses à l’issue de la projection du 23 James Bond pour l’association DirectorsUK. Cet organisme visant à promouvoir le cinéma et les réalisateurs anglais, qui es mieux placé pour interviewer le réalisateur britannique qui a fait sa carrière au cinéma en Amérique, qu’un autre réalisateur, tout aussi talentueux qui s’est également expatrié pour diriger de grosses production hollywoodienne ? C’est donc Paul Greengrass, le réalisateur qui a révolutionné la façon de filmer des thrillers avec Jason Bourne, qui interroge Sam Mendès, le réalisateur qui a ramené Bond à ses bases.

L’ambiance est détendue et sans langue de bois, et le créateur se Skyfall nous parle de tout : des origines de Bond avec Fleming aux contextes de production avec The Avengers, en passant par la question des anti-héros. C’est donc une discussion aussi intéressante du point de vue bondien, que du point de vue des techniques de cinéma.

CJB vous propose une lecture des meilleurs moments de l’interview et des révélations les plus intéressantes dans cette chronique en trois parties, qui seront publiée tous les samedis. Et pour les impatients, la vidéo est encore disponible sur internet (cliquez ici).

Rencontre au sommet

Quand on lui a proposé de réaliser le 23e James Bond, Sam Mendès était pour le moins indécis. Il a donc demandé son avis à un réalisateur habitué aux grosses productions américaine en la personne de Paul Greengrass, qui a fait ses preuves avec les 2e et 3e volets de la série des Jason Bourne. Son confrère britannique est catégorique : “tu dois le faire. Tu dois juste te lancer et t’immerger complètement dans cette occasion. Cela changera ta façon de filmer, ça va te secouer, et ça va être absolument passionnant et amusant à faire”. C’est donc ce qui a poussé Mendès à s’investir. Il explique qu’il avait besoin à l’époque de changer ses habitudes et sa manière dont il faisait des films pour éviter de se répéter. C’était aussi une chance de relever un défi face à une proposition inattendue. Il avait besoin de se retrouver face à quelque chose d’énorme qu’il ne saurait pas comment gérer et qu’il devrait dépasser.

C’était aussi, explique-t-il une occasion pour revenir en Angleterre pour filmer, après 5 films qu’il a tourné à la suite dans un contexte américain. L’envie de filmer avec Daniel Craig et Judi Dench, avec qui il avait déjà travaillé avant, l’a poussé à faire le pas. Cependant, le choix de faire un James Bond est tout à fait particulier au moment où on le lui a proposé. Il y a 5 ans, il aurait sans doute refusé une telle proposition.

L’héritage de Martin Campbell

Quand on a proposé le rôle de James Bond à Daniel Craig, ce dernier en a discuté avec Sam Mendès (l’acteur et le réalisateur se connaissent depuis le tournage des “Sentiers de la Perdition”). À l’époque, Sam Mendès déconseille vivement à Craig d’accepter : il risque d’être catégorisé dans le rôle à vie, ça ne correspond pas à l’énergie qu’il met dans ses rôles, bref Bond n’est pas pour lui. Avec le recul, il comprend bien qu’il a eu tort, mais à ce moment là, il associe encore Bond à Pierce Brosnan et Roger Moore interprétant un agent secret très léger et dans l’auto-dérision, qui ne correspondrait pas au sérieux de Daniel Craig.”Sentiers de la Perdition””Sentiers de la Perdition”

Mendès avoue notamment que Skyfall n’aurait jamais pu exister sans Casino Royale de Martin Campbell : c’est lui qui a pris le risque de ramener la saga James Bond à terre, d’évacuer toute la dimension du pastiche et de l’auto-dérision pour proposer à la place un James Bond réduit à l’essence même du personnage, et auquel on s’intéresse d’une manière différente. C’est grâce à lui qu’il a été possible de réintroduire Q, M et Moneypenny et l’humour bondien, au diapason de ce qui a été apporté par Daniel Craig, tout en les mariant avec l’héritage de la saga.

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Dates de sortie et scénario

Paul Greengrass relance la discussion en exposant la façon de travailler des studios hollywoodiens quand ils abordent les réalisateurs : cela se présente sous la forme d’une feuille avec la date de sortie de la continuation d’une franchise, avant même que l’histoire ou une ébauche de scénario ne soit proposé. Ainsi, le réalisateur est limité dès le départ par l’échéance du projet, alors qu’aucune base scénaristique n’existe en dehors de la franchise en tant que telle.

Sam Mendès  confirme cette tendance, expliquant s’être retrouvé à un moment donné avec un dossier de story board et comics avec pour simple titre : “The Avengers, mars 2012″. Ne connaissant pas le monde de Marvel, il décline sans vraiment savoir à quoi cela correspond, à part une réunion de tous les super-héros.

En ce sens, le réalisateur explique que la crise qu’a vécu la MGM a été une chance extraordinaire pour travailler sur Skyfall. Bond 23 était annoncé, mais avec la société de production en péril, aucune date n’était envisagée. Une année, cela peut sembler long, mais c’est en fait le temps nécessaire à l’élaboration d’un scénario et d’un script. Alors que les travaux de la MGM étaient censés être en suspend, Mendès et John Logan ont justement pu mettre ce temps à profit pour établir un scénario très dense en termes de dialogue et d’aventures. C’est d’ailleurs cela qui a permis d’avoir Javier Bardem dans le casting. Son personnage et sa prestation tiennent essentiellement par le fait que c’est un ennemi bavard. Sans la ressource de ces dialogues approfondis; Bardem n’aurait, selon Mendès, jamais été intéressé par le rôle.

La fin pour commencement

Sam Mendès s’accuse de la mort du personnage de Judi Dench. Le point de départ de Skyfall est justement la mort de M, la supérieure de Bond. Toute l’histoire s’échafaude alors sur la façon dont l’intrigue va se terminer avec la sortie du personnage. Cela amène donc l’invention des thèmes traités par le film du nouveau et de l’ancien, de la mort et de la perte (de personnes, de la capacité d’être un héros, et d’accomplir son travail, etc.).

C’est là que se trouve la matrice du personnage de Bond dans l’histoire. Il sait qu’il est le héros, mais également qu’il n’est pas prêt et qu’il n’est plus à la page pour être le super-espion qu’on attend de lui. Répondre à ces préoccupations demande de l’amener là où l’on est jamais allé : ses origines. M devient alors le compagnon de route de ce voyage au bout des capacités de Bond, et est témoin de cela avant d’emporter ces secrets dans la tombe. C’est ainsi que les Bond fonctionnent : Bond doit revenir plus fort que jamais. Mais pour cela, il faut qu’il soit poussé dans ses limites, et dépasse le point où il n’a apparemment plus aucune chance de revenir. C’est toute l’intérêt et l’aspect passionnant de ces films. On est évidemment dans un univers qui emprunte énormément aux films de Jason Bourne, au Dark Knight. Nous sommes dans une époque où même les X-men sont eux aussi des personnages dont le caractère sombre fait avancer le film. Mais qui a inventé ce personnage d’anti-héros, questionne le réalisateur ?

C’est Fleming ! En effet, explique-t-il, le personnage des livres est déjà ce personnage original d’anti-héros cynique, auto-dépréciateur, semi-dépressif et très dur. C’est ce personnage sombre qui fait la liaison entre tous les éléments qui sont au contraire glamour et exotique que l’on trouve dans les livres. Mendès ramène ainsi le personnage de Bond à sa fonction première dans les livres.

Pour la suite de l’interview, cliquez ici !

Ytterbium

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