Bond XVI

The Living Daylights (1987) avait la délicate tâche d’introduire un nouveau James Bond, passant après le très apprécié Roger Moore. Tout fut donc mis en œuvre, sur le plan scénaristique et au niveau marketing, pour que la première apparition de Timothy Dalton marque les esprits. Les critiques étaient unanimes, un vent nouveau soufflait sur la franchise ! Mais le travail était loin d’être fini.

À peine libéré du poids de ce 15ème opus, l’équipe se remettait à plancher sur la prochaine aventure de James Bond. Le début d’un long processus amenant son lot de questions :

Dans quelle direction aller ?
Il était évident pour ‘Cubby’ Broccoli que le ton plus dur apporté par son poulain était à conserver.
Dans quel pays placer l’intrigue de Bond ?
La Chine avait été évoquée lors des premières moutures de Bond XV.
Dans quelle histoire de Fleming puiser l’inspiration ?
La question était délicate…

Août 1987
Au détour d’une interview, John Glen avance la première piste : « Risico sera peut-être le prochain Bond. »
Pas de quoi se claquer la cuisse, mais c’est suffisant pour signifier que le prochain Bond est en chantier et continuera à puiser dans les œuvres de Ian Fleming.

Hiver 1987
Richard Maibaum et Michael G. Wilson entament le travail de rédaction du script de Bond XVI. Pour se faire, ils se replongent dans le scénario du reboot Bond XV (voir notre dossier) et le dépoussièrent de façon à en faire un film d’action moderne.

La team EON met en place un voyage de 10 jours en Chine, afin de permettre aux scénaristes de développer l’intrigue. Une fois de plus, l’équipe se rend compte que le coût d’un tournage en Chine est conséquent et qu’il y a un manque d’infrastructures pour héberger le tournage.

© Rémi Germain 2017
© Rémi Germain 2017

Victimes de ce premier revers :
Un traitement, étant écrit en gardant à l’esprit la volonté de Timothy Dalton – avoir un Bond plus proche de l’esprit des romans -, s’ouvrait avec des éléments puisés dans Le Spécimen rare de Hildebrand de Ian Fleming.

Bond accompagne le milliardaire Milton Krest dans sa quête pour trouver un poisson pastenague rare. Comme dans la nouvelle, Bond n’aime pas de trop que Krest batte sa femme avec la queue de ce poisson, il n’hésite pas à imaginer de le tuer, mais contrairement au récit de Fleming, c’est la femme qui meurt.

Quoiqu’il en soit, 007 est persuadé que Krest est mêlé à un vol d’antiquités chinoises, ce qui l’amène à rencontrer Pam Low, contrebandière qui était anciennement dans l’armée américaine. La première rencontre avec Pam et la bagarre qui s’ensuit n’a presque pas changé en comparaison de celle du film. En se faisant passer pour un marchant d’art, Bond rencontre le général Kwang, seigneur de guerre du Triangle d’or impliqué dans le trafic de drogue, et tête pensante derrière Krest et ses activités douteuses (Wilson évoque notamment des « trésors de Chine »). Au point de vue des scènes d’actions, une bagarre dans le mausolée de l’empereur Qin, qui contient une armée en terre cuite, était prévue ; tout comme une scène dans une forteresse similaire à la Cité interdite et une poursuite en moto sur la grande muraille de Chine ! Était également de la partie une scène sur le campus de l’université de Pékin, avec de nombreuses jolies étudiantes permettant à Bond de faire quelques ‘compliments’.

Entre Hiver 1987 et 1988
La Chine étant out, Maibaum et Wilson repartent à zéro avec un nouveau traitement comprenant des lieux de tournage en Amérique Latine.

Le traitement commence par Bond et Leiter rejoignant un commando de l’US Army s’apprêtant à attaquer le complexe de Klaus Sanchez, situé en Amérique Centrale. Sanchez est emprisonné, mais s’échappe peu de temps après et se venge de Leiter. Comme dans le film et le roman Vivre et Laisser Mourir, un requin lui arrache la jambe. Le MI6 refuse d’intervenir, poussant Bond à remettre sa démission. M décide alors de révoquer son permis de tuer.

Bond fait équipe avec un collègue de Leiter (bossant à la CIA), une femme du nom de Pam. Tout le monde appelle la jeune femme Pambo (oui, c’est inspiré par Rambo) à cause de ses manières très masculines. Elle porte des salopettes, des sangles en cuir aux poignets et une écharpe tricotée autour du cou.

Bond, Leiter et Pam discutent de l’empire de Sanchez : vente d’armes, de drogue, blanchiment d’argent via les Îles Caïmans et il est également associé aux Télévangélistes comme les Bakers (référence à Jim et Tammy Faye Baker dont le club Praise The Lord – PTL – a fait la Une en 87 après un scandale sexuel).

Une fois la banque de Sanchez tombée, Pam et Bond se rendent à Acapulco pour visiter le casino de Sanchez. Ce dernier est en compagnie de sa ravissante maîtresse Eurasienne Bedje Bedwell (cf. Bond 15).  Bond monte Sanchez contre son lieutenant, un dénommé Krest, en prétendant être un tueur à gages engagé par Krest pour l’éliminer. Bond dit à Sanchez qu’il préfère soutenir les gagnants et il pense que l’ami Klaus en est un. La preuve, le baron de la drogue parvient à voler un avion furtif britannique !

Concept Art de Tom Jung
Concept Art de Tom Jung

Bond et Pam mènent l’enquête sur ce vol et se font capturer. C’est à ce moment que Sanchez réalise qu’il y aura toujours quelqu’un pour le traquer. Il concocte un plan pour disparaître. Sanchez prévoit d’envoyer l’avion furtif, en pilotage automatique, s’écraser avec Pam et Bond à son bord. Le trait de génie, c’est que Bond sera en possession de la dentition de Sanchez ! Évidemment, Klaus Sanchez prévoit de sauter de l’avion avant le crash et sera récupéré par un bateau cigarette.

Comme tout bon méchant bondien, Sanchez ne résiste pas au plaisir de raconter son plan diabolique à Bond. On ne reverra plus jamais Bond, mais son nom sera à jamais associé à la trahison ! Quant à Sanchez, il n’aura qu’à disparaître et, après une opération de chirurgie esthétique, il ira créer un nouvel empire ailleurs !

Manque de pot pour Sanchez, Bond revient à lui au moment où l’homme de main du baron de la drogue tente de l’étrangler. Une fois de plus, James empêche une tragédie de se produire. Les détails entourant la scène ne sont pas inclus dans le traitement, mais Maibaum indique : « Les détails seront à trouver par John Glen, le meilleur réalisateur d’action au Monde. » Quel fripon, ce Richard !

Concept Art de Robert "Bob" Peak
Concept Arts de Robert « Bob » Peak

Maibaum suggère que Bond ranime Pam et que les deux se battent contre Sanchez et ses hommes pendant que l’avion plonge sur Buckingham Palace. Bond parvient à redresser l’avion juste à temps et va se poser sur la base de l’Air Force la plus proche. Sanchez y est transféré dans un autre avion et retourne à la prison dont il s’était échappé.

Bond et Pam vont rendre visite à Leiter qui se remet toujours de l’attaque du requin. Pam annonce à Bond qu’elle va aider Leiter un peu plus longtemps que prévu. Bond a compris le message et s’en retourne à son hôtel, où l’attend Betje Bedwell.

Après avoir fait l’amour, Bedje s’en va et Pam vient retrouver Bond quelques instants plus tard. Alors qu’ils commencent à faire l’amour, le téléphone sonne. Bond décroche. Au bout du fil, Moneypenny tente de faire passer un appel de M disant à son agent que tout est pardonné. Moneypenny se rend compte que Bond est occupé et signale à M que : « La ligne est occupée. » Ce à quoi M répond, avec rudesse, « What else is new ? » (le vieux briscard de M a compris ce que 007 était en train de faire).

1988 – 1989
Après 4 traitements, la grève des scénaristes frappe de plein fouet le second film de Timothy Dalton. Maibaum, membre de longue durée de la Guilde des Scénaristes, est forcé d’abandonner l’écriture du scénario de Bond XVI. Le co-producteur Michael G. Wilson décide de continuer seul à travailler sur le scénario.

La MGM veut réduire les coûts, poussant la team Eon à délaisser Pinewood Studios pour s’établir dans les studios Churubusco (Mexico), abaissant les coûts de 10%. Ce qui s’annonçait comme étant une aventure autour du globe devient une histoire de vengeance se déroulant en Floride et dans la ville fictive de Isthmus (Mexico). Le budget final sera d’ailleurs de 32 millions de dollars (contre les 40 millions de The Living Dayligts)

Lire un script daté du 4 mars 1988 :
Cliquez ici

Les mauvais choix continuent !
* Initialement intitulé « Licence Revoked », le film change de nom en plein milieu de la production et devient « Licence To Kill ».
* La campagne marketing est anémique et peu inspirée. D’autant plus si on la compare avec celle de The Living Daylights qui avait déployé la grosse artillerie pour introniser son nouveau 007.
* Le film se mange un « 15 Rating » au Royaume-Uni à cause de sa violence, une première pour Bond.
* Et pour achever le tout, le film sort en Juin 89, face à une concurrence farouche : Indiana Jones et la Dernière Croisade (Mai 89), Batman (Juin 89) et L’Arme Fatale 2 (Juillet 89).

Salués par les fans de Fleming pour son ton résolument plus sombre, le film sera « boudé » par le public et récoltera environ 156 millions au box office mondial (contre les 191,2 millions de The Living Daylights).

Sources : The Making of The Living Daylights et The James Bond Archives.
Concept Arts : Illustrated 007


Retrouvez plus de scripts et autres éléments méconnus sur nos pages Les scripts oubliés et Orbis Non Sufficit !

About the author

Gregory Bertrand
Rédacteur en chef de Commander007.net. Réalisateur de court-métrage et montages en tout genre à ses heures perdues. Il a découvert 007 sous les traits de Timothy Dalton il y a maintenant une dizaine d'années et n'a jamais cessé d'accroître sa collection bondienne depuis. Sa quête ultime s'est récemment achevée avec la découverte du Teaser préventif de "Tuer n'est pas jouer" !

3 Comments

  1. Bon article est très intéressant. Bien que je voudrais lire le traitement complet ils ont écrit en Novembre 1987. Peut-être qu’un jour on peut lire la chose.
    Il aurait été curieux de voir ce matériel « Risico » avait été utilisé, car ils ont utilisé pratiquement complet dans « For Your Eyes Only »

    1. Gregory Bertrand

      Gregory Bertrand

      Je pense que John Glen était surtout intéressé par le nom de la nouvelle.
      Au moment de ce « Bond XVI », il ne restait que des fragments éparpillés dans les oeuvres de Fleming à utiliser. Comme la scène de l’attaque du requin, par exemple.
      J’ai toujours trouvé que le titre convenait parfaitement à l’image du Bond de Dalton. D’autant plus après la tag-line de « Tuer n’est pas jouer » : « He’s living on the edge ».

      Je pense que certains traitements ne sont pas près d’atterrir sur le net. Ils constituent encore une source exploitable pour les scénarios des nouveaux films. Peut-être qu’un jour, nous verrons débarquer un personnage féminin qui s’appelle Bedje Bedwell !

      1. Il se peut que John Glen était intéressé que le nom et non par l’histoire.
        En dehors de « La Rareté Hildebrand », « A View to a Kill » est disponible à l’histoire 100%, comme « Quantum Of Solace ».
        Un jour, ces histoires viennent enfin à un film, ensemble ou séparément.

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