Permis de tuer

Par Goldrush

Quand John Glen se met à faire des films sérieux, on obtient un des James Bond les plus riches en intrigue de la saga… En tout cas, les fans s’accordent à dire que Permis de Tuer se distingue des autres films.

Parce qu’il est plus ou moins bondien ? Car Timothy Dalton est loin d’un Bond aussi classe et détendu que précédemment ? Je ne pense pas qu’il faille s’arrêter à ces jugements qui sont davantage les conséquences visibles de la manière dont est fait le film. Cette impression s’explique, selon moi, par des choix dans la construction de l’intrigue et des personnages, d’un style rappelant les livres de Fleming et enfin de la manière dont on réalisait les films en 1989.

Bond, son univers, sa mission

Plusieurs James Bond regorgent de bonnes idées quant à l’utilisation du contexte international pour créer une intrigue, ou quant au sadisme de ses ennemis pour pimenter l’action. Cependant, l’agent secret James Bond donne souvent l’impression de ne pas prendre au sérieux sa mission, de profiter purement de l’exotisme pour nous distraire. Tuer n’est pas jouer avait déjà rapproché Bond de son métier (en en faisant plus un espion qu’un touriste), mais la densité de l’intrigue diluait un peu sa mission dans une multiplicité d’enjeux secondaires. Permis de tuer nous montre, selon moi, enfin un Bond en adéquation avec sa mission.

En fournissant un ennemi autour duquel se noue toute l’intrigue, 007 redevient un agent efficace, obnubilé par son objectif et qui s’implique vraiment dans son rôle. Pour une fois, Bond n’affronte pas une superpuissance du luxe avec un ou deux épouvantails, à la tête d’une armée de sous-fifres insipides. Au contraire, 007 affronte un vrai réseau de professionnels du crime, ce qui change des mégalomanes qui explosent le monde pour se distraire. Mettre Bond face à ce réseau de criminel qui préfèrent gagner de l’argent plutôt que de courir après Bond pour le découper en rondelle, donne ainsi de nouvelles sources d’action.

Cela nous donne aussi des personnages secondaires plus cohérents car motivés par leur intérêt propres plutôt que par une obéissance aveugle à leur patron. Krest, Killifer, Dario, Heller permettent de dynamiser cet opus par rapport aux autres. Ils gagent en caractère et en autonomie. Le réseau de Sanchez n’est d’ailleurs pas sans rappeler l’organisation criminelle de Mr Big dans le Vivre et Laisser Mourir de Ian Fleming : impitoyable, puissante sur tout le territoire américain, et extrêmement bien organisée autour du pouvoir de Sanchez. Pour une fois, on a autre chose qu’une petite équipe soudée au projet destructeur du méchant.

Certains ont parler de film plus noir, plus violent, plus sale (dirty en anglais). Je dirais plutôt qu’il est plus offensif. Bond passe ainsi plus de temps à courir après ses ennemis pour leur faire la peau, qu’à fuir devant une meutes de sous-fifres à ses trousses. En évitant de griller tout de suite la couverture de Bond, on arrive enfin à assister à un vrai affrontement entre Bond et Sanchez. Les dialogues qui se nouent entre les deux hommes en deviennent plus tendus et intéressants, chacun des deux personnages essayant de manipuler l’autre.

L’ombre de Fleming

En fait, dans le comportement de Bond par rapport à sa mission, on retrouve certains aspects qui font l’univers du Bond des romans de Flemings. Cela se manifeste en partie par le comportement de Bond plus solitaire, prenant des initiatives pour réellement attaquer son ennemi (au contraire des films où Bond remonte une piste qui culmine en feu d’artifice). Le Bond de Fleming aime blesser son ennemi, aller à sa poursuite sans que ses supérieurs lui ai donné une feuille de route explicite. Bref, Bond retrouve son autonomie, et surtout sa détermination à accomplir sa mission avant tout (le sexe et la drague ne sont ici pas aussi présents, ce qui nous rapproche aussi de l’univers de Fleming où 007 sépare impitoyablement la détente et la mission).

Un autre point qui rapproche Permis de tuer des livres est l’excellente idée de récupérer certains passages des romans (tout comme dans Tuer n’est pas jouer). Une attitude qui avait été abandonné depuis longtemps avec l’ère Roger Moore (avec l’exception de Rien que pour vos yeux). La fameuse scène du hangars aux asticots et aux requins et le sort réservé à Félix Leiter dans Vivre et laisser mourir bénéficient d’une adaptation digne du roman. Il en va de même pour les personnages clés du Spécimen de Hildebrandt (Milton Krest et Lupe Lamora) qui trouvent une place cohérente dans l’univers du Bond cinématographique.

Bond et les thrillers des années 1980

Ces idées sérieuses s’adaptent bien aux films des années 1980 qui ont moins de scrupules à employer des méchants vraiment sadiques et impitoyables. Pour autant, le film ne fait pas l’impasse sur des scènes d’action très bondiennes auxquels les films nous ont habitué. Et dans le cas de Permis de Tuer, autant dire que l’on est servi avec les scènes d’actions aériennes, sous marines et routières, longues, très bien réalisées et impressionnantes.

Le seul point négatif à mon sens viendrait de la bande son. La musique de Michael Kamen rappelle beaucoup les musiques des années 80s, et n’a pas vraiment les sonorités bondiennes qui auraient suffit à donner la classe et l’élégance aux différentes scènes se passant dans l’univers de Sanchez. Le manque de rythme de la musique, et sa discrétion tendent à ralentir le film et à faire passer ce 16e James Bond davantage comme un film policier américain classique que comme un opus de la saga britannique.

En conclusion, le caractère noir de Timothy Dalton dans le rôle de James Bond ne vient sans doute pas uniquement de son interprétation, mais des choix de production qui ont été fait avec. Cependant, si ce film trouve grâce dans les top 5 et les top 10 des fans, le mélange a moins bien fonctionné à l’époque, avec les résultats décevant du box office. Mais aujourd’hui où l’on privilégie les films “sérieux” et où l’on éprouve une douce nostalgie de Fleming, Permis de Tuer reste pour moi un Bond vraiment satisfaisant et un de mes films favoris, ne serait-ce que pour la relation Bond – Leiter.

Des Jamesbonderies... entre autres

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Une pensée sur “Permis de tuer

  • 13 juillet 2010 à 19 h 16 min
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    Excellente analyse. Je vous rejoins complètement, Permis de Tuer est arrivé trop tôt. James Bond avait de la concurrence durant l’année 1989 avec Batman (Burton), Indiana Jones et la dernière croisade (Spielberg) , L’arme fatal 2 (Donner), Retour vers le futur II (Zemeckis), Rain man (Levinson).

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  • 13 juillet 2010 à 20 h 13 min
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    Bien vu. C’est vrai que face à ces films grands spectacles, le grand spectacle qu’est Permis de Tuer, mais un peu plus psychologique pouvait difficilement suivre la concurrence (plus les défauts de timings de la période estivale).

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