Another way to sing


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Ce n’est pas la première fois qu’on débat autour des chansons des génériques de James Bond, en disant qu’elles ne correspondent pas du tout à l’esprit bondien, que c’est une honte d’avoir choisi tel ou tel groupe etc. On connaît le refrain, mais cette fois-ci, concernant Another Way to Die , on peut envisager plus sérieusement la question. Jamais on avait eu autant d’échos dans l’univers des fans bondiens, qualifiant cette chanson du 22e générique d’anti-bondienne.

La musique bondienne « typique »

Ce qui caractérise au départ les bandes-son des ces chansons-titres, qu’elles soient composées par John Barry, David Arnold ou autre, ce sont des accents amples et mélodieux. Sous ces deux qualificatifs, on peut regrouper 90% des chansons bondiennes.

  • Amples, car elles peuvent varier dans tout les registres, sur toutes les vitesses, en prenant à chaque fois une sorte d’ampleur, de 3D haute en couleur, fluide et impressionnante. Souvent, elles restent modernes (par rapport à leur époque), mais relevant d’une forte scientificité qui fait qu’elles restent audibles et respectables plusieurs années après. Autrement dit, elle ne se limitent pas qu’à la répétition d’un « boum boum » constant sur lequel se greffent une ou deux paroles.
  • Elles sont mélodieuses dans le sens où elles sont dans le ton de James Bond : agréables à regarder / écouter, très suggestives et envoûtantes, évoquant un univers avec son héros, ses femmes, et le danger des armes. D’autre part, elle restent facilement gravées dans les têtes, chantables pour le plaisir après. Dès qu’on parle d’un film, on peut lui associer la chanson-titre qui lui appartient. Ainsi, si je prend Goldfinger, le simple fait de l’évoquer me fait raisonner dans la tête la voix fabuleuse de Shirley Bassey. Je pourrais le faire pour chaque chanson titre, y compris celles dont le titre n’est pas présent dans la chanson. Par exemple, Casino Royale reste associé à You know my name rien que par son introduction musicale.

Le cas « Quantum »

jwAlors qu’est-ce qui cloche avec cette nouvelle chanson. Tout d’abord, on pourrait dire qu’elle s’ancre trop fortement dans la musique de variété commerciale actuelle, celle qu’on produit à tour de main, sur un même mode de voix et d’enchaînement . Je n’ai rien contre ces chansons en particulier, mais force est de constater qu’elles restent un temps à la radio le temps de bien les consommer, et disparaissent ensuite dans l’oubli le plus total (et parfois, c’est tant mieux). Elle manquerait de cette prise d’altitude, de cette originalité thématique qui va avec les musiques bondiennes. On peut alors tout mettre sur le dos de Jack White qui a composé la musique, celui d’Alicia Keys qui chante à la façon soul, et sur celui du duo en général peu commun pour un générique.

En quoi peut-on dire que cette chanson n’est ni ample, ni mélodieuse ?

En ce qui concerne l’amplitude, on constate en l’écoutant, qu’on a deux types de façon de chanter à l’intérieur, complètement opposées. Une première lors des couplets, plutôt monocordes, neutres, hachés, avec une acoustique plutôt étouffée. La seconde, lors des refrains, monte dans les aigus, semble une plainte, une excitation alors que le rythme de la musique reste à peu près le même.

En ce qui concerne la mélodie, les paroles ne reposent que peu sur la bande musicale. Cette dernière se limite à quelques accords dès qu’il y a les parties chantées, pour marquer le rythme et laisser les paroles s’exciter toutes seules. Les voix de Jack White et Alicia Keys sont volontairement dissonantes, « tordues » coupées et saccadées. Cela change des chansons habituelles où il y avait une piste unique, où les paroles étaient guidées par la musique et réciproquement. De sorte que en sortant du cinéma, j’étais incapable de me rappeler ne serait-ce que le refrain de cette chanson.

Voilà pour les critiques. On peut alors fustiger le style, et déclarer que cette erreur monumentale prouve bien que le soul n’est pas associable à James Bond sous peine de torsions vocales nous éloignant de la « plénitude » bondienne.

Mais voici que survient une idée : avant de pendre le duo, si nous essayions d’écouter cette musique en regard du film ?

Une chanson inséparable d’une ambiance

Voici que tout s’éclaire d’un jour nouveau ! Le film Quantum of Solace est lui aussi en marge du répertoire bondien. Ses scènes d’actions sont hachées et accélérées, les couleurs pâles, l’ambiance est triste, à l’image de ce pauvre James sur sa quête de réconfort. Cela dit, celui-ci reste fortement assis sur une base bondienne qui sert de socle à une action inhabituelle.

jjwIl en va de même pour la chanson. Les voix dissonantes sont à l’image de Bond : mal dans sa peau, alternant de furieux moment aiguës de baston (les refrains), et des moments contemplatifs et tristes de réflexion (couplets). Quand au patrimoine bondien, dès que les voix se taisent, on retrouve ces partitions lyriques et uniques des génériques précédents. Regardez l’introduction de cette chanson : elle est calquée sur celle de You know my name. Mais cet esprit bondien est d’une part limité par les plaintes vocales qui mettent en sourdine cette partition, et d’autre part, il est joué par une guitare électrique qui la fait vibrer au lieu de la laisser glisser de façon fluide. Le résultat est beaucoup plus impressionnant encore dans les envolées musicales au deuxième tiers de la musique, lorsque les voix se limitent à des vocalises, et quand les notes des instruments « voltigent ».

De plus, la musique est étroitement, voir inextricablement liée au générique. Le visuel se complète avec l’auditif, mais ils perdent tout deux de leur mesure quand ils sont joués individuellement (mais je consacrerai un article entier à ce sujet).

La musique est donc beaucoup plus « scientifique » qu’il n’y paraît au premier abord. Surprenante pour l’oreille du vieux bondophile, elle devient plus appréciable en la décortiquant et en la réécoutant (c’est ce qui m’est arrivé, non seulement avec la chanson, mais aussi avec le film).

jjjwIl faut ensuite, et à mon avis, laisser au film le temps de s’ancrer dans la saga. Il est un peu particulier, et il faut prendre du recul temporel, avant de ranger cette chanson dans la catégorie « soupe », ou dans celle « innovante mais dissonante ». Après tout, La dernière fois qu’on avait pu râler, c’était contre la chanson de Madonna « Die another day » en 2002. En effet, son son coupé, sa musique saccadé rompait avec le classicisme bondien des précédents. C’est un peu ce qui se reproduit ici. Cette chanson-titre était réellement insupportable au départ, et maintenant, elle est largement reconnue au rang des autres chansons du patrimoine bondien.

En conclusion, Another way to die should « Sing another day ».


Des Jamesbonderies... entre autres

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Avant de devenir webmaster du site, Yvain / Ytterbium faisait vivre son blog "Des Jamesbonderies... entre autres". Un monde de chronique et de dossiers plus ou moins pertinents aujourd'hui disponibles sur CJB !

Une pensée sur “Another way to sing

  • 15 juin 2009 à 10 h 01 min
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    Encore un très bon article. Je m’attendais à ce que tu dises qu’en plus la BO ne reprend jamais l’air de chanson et fort heureusement car justement Arnold c’est permis de la reprendre à quelques moments (contrairement pour DAD donc elle n’est peut être si mauvaise même si je ne la porte pas vraiment dans mon cœur).
    Le souci est que la mélodie de la chanson n’est pas des plus mémorable donc au première abord cela passe en filigrane. Ce n’est pas aussi évident qu’avec You Know My Name dans CR.

    Voici les quelques passages repérés :
    >> vers la fin de “Time To Get Out” avant l’allusion au Bond Theme
    >> vers les 2min50 de “Palio” (et il doit y en voir d’autres dans ce morceau)
    >> Seconde minute de “Somebody Wants To Kill You”
    >> dans la deuxième partie de “Greene & Camille”
    >> Je crois qu’on l’a aussi dans “Pursuit at Port-Au-Prince”
    >> “I Never Left” débute avec une reprise (J’adore, bien que très court, ce morceau qui fait écho à Bond sur le bateau à Venise : début avec la mélodie de la chanson puis Bond Theme-Vesper mélangé et enfin dernière évocation de la mélodie.)

    Plus j’écoute cette BO mieux je la cerne. La soul peut convenir tant que cela ne tire pas R’n’B. >> http://fr.youtube.com/watch?v=QU8WPFn8FZA

    Amicalement Commander 007.

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  • 15 juin 2009 à 10 h 01 min
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    Merci de compléter mon article aussi efficacement ! 😀

    Je dois dire que je me suis moins pencher sur la BO en elle même. Je l’ai pourtant écouté plusieurs fois. Je trouve que contrairement aux autres bande son des films, elle s’écoute assez bien toute seule, sans faire vraiment musique de fond. Il faut dire que l’action va tellement vite que la musique se doit d’être réactive sur ce qui se passe à l’écran.

    C’est vrai que le manque de mélodie du générique fait qu’on ne l’entend presque pas dans la BO, au profit des reprises de CR immédiatement reconnaissables, et d’une efficacité redoutable.

    On entend tout de même les dernières notes du générique à la dernière scène du film. Comme un échos parallèle entre le générique et le film. mais pour ça, j’y reviendrai dans un autre article( quand j’aurai le temps de le rédiger).

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  • 15 juin 2009 à 10 h 01 min
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    Exact. Il n’y a que les notes de piano et la reprise de “You Know My Name” quand Bond va retrouver Mathis en Toscane qui m’ont attiré l’attention pendant le film. C’est en écoutant très souvent la BO que j’ai fini par avoir la sensation que David Arnold était allé plus loin.

    J’ai directement surfé sur les sites spécialistes des BO pour vérifier mes impressions ce qui m’a fait découvrir d’autres passages.

    Je crois bien que le compositeur n’a jamais été aussi subtile.

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  • 15 juin 2009 à 10 h 02 min
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    D’ailleurs, David Arnold a un peu abordé QOS de la même façon que Demain ne meurt jamais. Chaque destination de Bond a un thème spécial (dont les meilleur est d’ailleurs celle qui accompagne la soirée de Bregenz en Autriche). Les thème de la Bolivie sont très typés, et ceux de Sienne très calqués sur l’action.

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  • 15 juin 2009 à 10 h 02 min
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    Discussion très intéressante. Oui j’adore quand il nous propose des themes de transition quand on change de pays et dans lesquels on retrouve la mélodie de la chansons (TWINE était pas mal pour çà). Bon là en l’occurrence “Talamone” est un peu le pendant de “I’m the money” de CR. Il y aussi “Inside Man” quand on nous ramène en Angleterre puis le même rythme pour nous emmener en Russie.
    “Night at the Opera” est un jolie morceau d’ambiance dans lequel on trouve le theme donné à l’organisation Quantum (on l’entend d’abord dans “No Interest In Dominic Greene”).
    Puis comme je l’ai déjà plus ou moins dit “I Never Left” est le pendant de “The Bitch is dead”. Ce genre d’incorporation du Bond Theme parmi d’autres est même plus envoûtant que dans des rythmes d’action.

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  • 15 juin 2009 à 10 h 02 min
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    Je n’ai pas la BO de Casino Royale. Le CD était quand même cher, et Chris Cornell n’avait pas autorisé qu’on mette la chanson-titre du générique dans cette BO. Mais le fait que “I Never Left” fasse écho à “The Bitch is dead” est intéressant par rapport au rôle que ces deux scènes jouent dans le dénouement des films, et aussi sur l’affaire “Vesper”. La aussi j’ai prévu de faire un article, mais je n’ai pas encore eu le temps de l’écrire.

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