Tout ce qui brille n’est pas d’or

En fouillant l’excellent site anglais MI6.co.uk, la bible anglaise sur internet de tout ce qui touche à Bond, j’ai trouvé cet article . Il retrace les critiques émises sur L’homme au pistolet d’or à l’époque de sa sortie, et qui ne voyaient d’or dans le film que celui du pistolet de Scaramanga. J’ai trouvé l’article du Times (inclus dans l’article) plutôt intéressant. Je pense qu’il rassemble bien toutes les critiques qui sont formulées sur ce pauvre épisode. Je le traduis aujourd’hui pour vous, en attendant de poster ma critique personnelle.

Tout ce qui brille n'est pas d'or

Quand la seconde interprétation de 007 par Roger Moore est sortie sur les écrans en 1974, un an seulement après le succès de Vivre et laisser mourir, les fans allaient enfin pouvoir profiter d’une aventure de l’agent secret sans changement d’acteur principal (une première depuis On ne vit que deux fois). Mais d’après les critiques de l’époque, la seule continuité dans la série qui méritait d’être relevée était la constante baisse de qualité des films. Le 14 juillet 1975, le magasine Times publiait une critique acerbe de L’homme au pistolet d’or, quelques semaines après que le film se soit lancé dans la course du box office.

« Voici une nouvelle cavalcade de James Bond, et comme dans les 8 films précédents, on y trouve tout un tas de gadgets fantaisistes. Deux d’entre eux méritent une mention spéciale : le premier est une voiture qui se convertit en avion (un peu ennuyeux si l’on considère que des voitures volantes ont déjà été exposées dans Popular Mechanic [magasine anglais sur les technologies et les véhicules]. L’autre, également une voiture, est déjà moins tape-à-l’oeil. Elle se déplace tout bonnement dans les airs entre les deux rives éloignées d’une rivière, tourne trois fois sur elle même comme un énorme batteur à œufs avant d’atterrir de l’autre coté, intacte. Bien que ce ne soit pas aussi élaboré que la possibilité de se voir pousser des ailes, il y a quelque chose d’élégant dans la simplicité et la spontanéité de ces tonneaux aériens.

Toucher le box office avec un film moyenLa voiture qui se métamorphose en avion et s’envole est en fait tout le portrait de ce qui ne fonctionne pas dans L’homme au pistolet d’or, et également de ce qui caractérise l’ensemble des aventures de l’agent secret britannique lors de ces dernières années : trop peu crédibles, trop peu inspirés, trop éculés, ces longs métrages montrent la tension d’une fantaisie tellement répétée, étirée et déclinée qu’elle a passé depuis longtemps le stade de l’amusement. Les meilleurs Bond, à l’exemple de cette voiture qui tournoie, étaient habiles, mais sans devenir idiots.

Les meilleurs Bond avaient aussi Sean Connery dont l’absence se fait ici douloureusement sentir. Acteur aux multiples ressources, Connery jouait l’agent au permis de tuer avec le bon équilibre de conviction et de détachement. Il possédait aussi un aplomb pour l’auto-dérision difficilement égalable : son Bond est définitivement établi.

Roger Moore, qui a interprété Bond pour la première fois dans Vivre et laisser mourir (1973), manque de la force de Connery et présente plusieurs faiblesses profondes. Ses répliques sont dignes de l’humour d’un démarcheur des grands magasins et sa détermination donne l’impression que sa dernière aventure consiste à passer deux semaines dans une clinique suisse pour se faire un masque de beauté. […]

Nick Nack Homme de main à la hauteur ?Ce film contient ses scènes d’actions ordinires (combats, poursuites, briefing…) et ses grotesqueries loufoques habituelles. L’homme de main de Scaramanga est un nain, et Christopher Lee lui même (campe un méchant (inhabituellement) inexpressif. Scaramanga ne serait qu’un personnage lambda exposé torse nu sur une plage s’il n’avait pas un troisième téton. Rien de particulier n’arrive à aucun de ces personnage par rapport à ce qui est déjà arrivé auparavant et en mieux. Maud Adams et Britt Ekland forment un couple gentiment décoratif et ont le mérite d’incarner des héroïnes assez actives dans une série qui n’en compte pas beaucoup (Diana Rigg dans Au Service Secrets de Sa majesté étant la seule autre exception).

Même si le dernier plan des crédits promet que Bond reviendra dans L’espion qui m’aimait, il serait temps pour lui de se retirer. L’agent secret devrait être conservé à l’écart dans un sanatorium où il pourrait donner du repos à son estomac et attendre tranquillement et à loisir, le moment propice de revenir. À l’heure actuelle, Bond a été en vadrouille depuis trop longtemps pour être frais, mais pas assez pour pouvoir le qualifier de vieille antiquité »

Dans les 3 ans qui suivront la pauvre performance de L’homme au pistolet d’or, les producteurs Harry Saltman et Cubby Broccoli mettront fin définitivement à leur association, la séparation laissant à ce dernier la responsabilité de maintenir la franchise. Broccoli rajeunira cependant avec succès la série des Bond en 1977 avec L’espion qui m’aimait, en réalisant le double du nombre d’entrées qu’avait réussi à obtenir ce 9e James Bond au box office des États-Unis.

Le James bond mal aimésource : MI6.co.uk

Des Jamesbonderies... entre autres

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Avant de devenir webmaster du site, Yvain / Ytterbium faisait vivre son blog "Des Jamesbonderies... entre autres". Un monde de chronique et de dossiers plus ou moins pertinents aujourd'hui disponibles sur CJB !

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