Au service secret de sa majesté, par Steven Soderbergh

Aujourd’hui, et en attendant des nouvelles de Bond 24, nous vous proposons cet article rédigé par le réalisateur Steven Soderberg sur Au Service Secret de sa Majesté. Intitulé “Un discours décousu“, le cinéaste qui a dirigé la série des Océan, Magic Mike, Solaris et d’autres thrillers explique sur son site l’attachement et l’admiration qu’il a pour cet épisode réalisé par Peter Hunt. Le réalisateur profite aussi de son expérience pour décortiquer les petits défauts du film.

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Ayant fait des films qui n’ont pas été complètement compris ou appréciés lors de leur sortie (ou même jamais), j’ai un petit faible pour les films qui ont subit un destin similaire.  Dans le cas dont je parle, je crois que Peter Hunt a réalisé un grand film de James Bond qui n’a pas été considéré ainsi lorsqu’il est sorti.

Pour moi, il n’y a aucun doute que l’adaptation d’Au Service Secret de sa Majesté est le meilleur film de James Bond et le seul qui mérite d’être regardé à plusieurs reprises pour des raisons autres que par pur divertissement (c’est aussi certainement le seul film de James Bond que je regarde en me disant : “j’aurais voulu faire ce truc”). Plan par plan, ce film est magnifique d’une façon qu’aucun autre Bond film n’a réussi à l’être (les compositions visuelles me marquent sans arrêt), et les techniques de montages valent de l’or. C’est comme si Peter Hunt (qui avait déjà monté les cinq premiers films de James Bond) avait pris toutes les idées de la Nouvelle Vague française et les avait amenées dans la cuisine d’Eisenstein pour créer une grammaire du montage, qui aujourd’hui encore tient la comparaison avec les meilleures façons de créer une esthétique à partir d’un montage saccadé. Parce que ce qui fait la différence avec ce film c’est que chaque plan, peu importe sa durée, est un vrai plan de cinéma, pas juste des morceaux d’images accumulés à la sauce “caméra à l’épaule”.

Ainsi, il y a une unité dans l’esthétique des images filmées à la fois par l’équipe filmant les scènes d’actions, et celle dirigeant le reste du film. On ne retrouve ce genre d’unité dans aucun autre film de James Bond. Et en parlant d’action, il y a autant de scènes d’action dans Au Service Secret de sa Majesté que dans n’importe quel film de James Bond, et si ça ne suffisait pas, il y a la belle bande son de John Barry, une musique vraiment marquante. Et comment parler de la prestation de Diana Rigg sans commencer sa phrase par “Wow!” ?

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Alors qu’est-ce qui ne va pas avec ce film ? George Lazenby, mais pas pour les raisons que vous pensez. En fait je l’apprécie beaucoup, et je pense qu’il aurait fait un James Bond formidable s’il avait continué (apparemment, il aurait décidé avant même le début du tournage, qu’il ne jouerait ce rôle qu’une seule fois). Ce qui me semble évident, hélas, c’est que personne ne l’a aidé durant le tournage ou le montage (aucun plan ne le laisse terminer une seule foutue réplique à l’écran). Il semblerait que tout le monde était tellement centré sur le fait qu’il n’était pas (Sean Connery), que personne n’a pris le temps de se demander qu’est qu’il aurait pu être (un gars plutôt bien gaulé, avec une vraie présence à l’écran et de superbes performances physiques). Par exemple, ils auraient du savoir que beaucoup de répliques cinglantes qui auraient fonctionné parfaitement avec Connery, ne fonctionnent pas avec Lazenby. Ce n’est pas qu’il est mauvais, mais que l’effet qu’il produit est très différent, moins désinvolte.

C’est, pour moi, un manque de sensibilité et de compréhension de la part des producteurs et pas un manque de la part de l’acteur principal. Lazenby avait quelque chose que l’on ne peut pas simuler, qui est un certain sérieux. Malgré cela, il n’y a aucune tentative de le mettre en valeur ou de l’amplifier, ce qui est une énorme opportunité mise de coté. En plus de cela, Lazenby possède une certaine vulnérabilité que Connery n’a jamais eu. Il y a certaines scènes où il semble, à raison, terrifié et d’autres où il nous convainc totalement qu’il est amoureux de Tracy (surtout dans la scène finale). Cela nous amène à une autre raison pour laquelle Au Service Secret de sa Majesté est si distinctif dans la franchise : c’est le seul film de James Bond où la James Bond Girl n’est pas un personnage de dessin animé, et le seul film dans lequel Bond est tellement frustré par ses supérieurs qu’il décide et essaie de quitter le service. En fait, tout dans le film suggère un reboot, avant même que l’idée du reboot ne soit encore dans l’air du temps, et le film lui même est loin d’être à la mode (surtout à la fin, ce qui ne serait pas faisable aujourd’hui).

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Un autre problème (même si minime), c’est la langueur avec laquelle sont filmés les plans larges des scènes d’action, surtout en ce qui concerne les scènes de ski. Une fois encore, le montage de ces séquences est tellement marquant que je suis prêt à ne pas prêter attention à ces effets spéciaux inutiles, et apprécier ce que Peter Hunt a tenté de faire, mais alors là, qu’est-ce que c’est idiot.

Le troisième problème, c’est que le film est bien trop long, le plus long film de James Bond jusqu’à Casino Royale près de trois décennies plus tard. Un gros travail de coupe aurait du être fait entre 1:06:00 et 1:14:45. Aucun nouvel élément n’est apporté à l’histoire dans cette partie. Il s’agit juste de Bond se faisant des filles, et des choses que l’on apprend dans d’autres scènes. Également plus tard, je ne suis pas sûr de l’efficacité de la scène où Blofeld enferme Bond dans la salle des machines avec une sortie de secours assez évidente, mais j’imagine que c’était plutôt pratique.

De toute évidence, aucune de ces faiblesses n’affecte mon amour pour ce film, et je suis de loin la première personne pour défendre ses mérites (le film atteint encore un très bon score dans les classement des fans). Et j’ai juste pensé qu’il était temps de me remémorer mes impressions, étant donné que j’ai une photo dédicacée de Lazenby en tant que 007 sur mon étagère.

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Source : Extension 765 (novembre 2013)

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Une pensée sur “Au service secret de sa majesté, par Steven Soderbergh

  • 7 août 2016 à 16 h 20 min
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    Je suis d’accord avec toi, Lazenby, devait continuer ce rôle qui avait l’air de lui aller, comme un gant. D’ailleurs, dans la version longue, Peter Hunt, nous dit :” Regardez, comme il est à l’aise devant, une caméra. Alors, qu’il est nu, allongé à côté d’une jeune femme!” Pour moi aussi, Au Service Secret De Sa Majesté est le meilleur épisode de la saga. Il est très fidèle au livre et du coup, trop long, il est vrai. Mais, combien de temps, aurait-il, duré s’ils avaient laissé, la course poursuite sur les toits? Telle est la question ! Amitiés.

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