James Bond au coeur des Relations Internationales – épisode 1

En ce beau week end d’octobre, c’est avec joie que nous publions le premier article d’une diplômée de Sciences Politiques de Paris consacré à James Bond ! Élisa Vera s’est un jour rendue compte qu’elle n’avait jamais vu un James Bond en entier. Décidant de rattraper son retard, le voyage qu’elle a pris l’a amenée à rédiger un grand article intitulé

On Her Majesty’s Secret Service : James Bond dans les Relations Internationales

Elle y aborde l’agent secret au milieu d’un monde conflictuel, les rapports des films aux pays et grandes puissances, et elle explore les menaces que Bond affronte à travers les vilains de la saga. Nous partageons avec vous la première partie, pour notre plaisir à tous !

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Si la culture populaire du XXe siècle a été marquée par un personnage énigmatique et reconnu de la diplomatie internationale, il s’agit de James Bond. Le célèbre espion créé par l’écrivain et ancien membre de la marine britannique Ian Fleming en 1953 est cependant devenu célèbre par ses 23 films. En effet, environ la moitié de la population mondiale a regardé au moins l’un des films de M. Bond, et nous pouvons imaginer que sa popularité ne fait qu’augmenter à chaque nouvelle aventure. Aussi, si on tient compte du décès de Fleming en 1964, année de la parution du troisième film, on doit bien se dire que ses romans sont davantage une inspiration que d’un cadre dans la carrière cinématographique de James Bond.

Par conséquent, un tel acteur, certes fictif, a sans aucun doute reflété une vision des relations internationales de l’époque de la sortie de chaque film. Cela devient d’autant plus intéressant que ces films constituent un moyen de diffusion à grande échelle depuis 1962. Au cours d’une longue période, qui représente la montée en puissance non seulement de la culture populaire, mais aussi de l’opinion publique, tout comme le personnage lui-même, la perspective des enjeux internationaux n’a pas été inamovible. Nous allons donc analyser la transformation dans l’approche aux relations internationales dans les films de James Bond.

Tout d’abord, il est essentiel de comprendre la source de ce personnage, car si bien les films ont largement dépassé les romans originaux en nombre et en diffusion, le père de James Bond l’a formé avec des outils et des caractéristiques incontournables pour la compréhension de ses aventures.

James Bond : une perspective britannique des Relations Internationales

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Un cowboy très British

 Ainsi, loin de créer une autobiographie, Ian Fleming s’est inspiré de son expérience à la marine et de son travail au British Department of Naval Intelligence pendant la II Guerre Mondiale. Il s’agit d’un personnage qui, dans la lignée de Sherlock Holmes, est ingénieux, intelligent, sophistiqué mais aussi imparfait et avec une morale douteuse. James Chapman l’a décrit comme “un héros brittanique de cinéma à la manière des modèles de personnages d’aventures américains”, et pourtant ce portrait paraît inexact.

Même si les films de James Bond partagent une certaine allure avec cinéma américain, aussi bien dans le style hollywoodien que dans la personnalité presque Western du premier Bond, les films affirment une identité britannique voire européenne. Il nous est possible de distinguer dans son goût raffiné, mais surtout dans les missions de 007 une certaine fierté des Alliés face aux Etats-Unis. Par exemple, dans Opération Tonnerre (1965), l’espion aide ses homologues outre Atlantiques à récupérer des armes nucléaires sur un pied d’égalité. De même, au moment décisif d’Octopussy (1983), l’agent est le seul personnage capable de désactiver une bombe entouré de représentants de l’armée américaine.

Cette image différente des Etats-Unis, moins héroïque que celle renvoyée depuis les studios de Hollywood est aussi visible dans Vivre et Laisser mourir et L’homme au pistolet d’or, où le scénario intègre la présence d’un shérif de la Louisiane caricaturant le personnage du « redneck » anti-communiste, raciste et pas très futé. Cette démarche pourrait également correspondre à une volonté de rapprochement au public américain. Pourtant, cette tendance générale est compensée par l’étroite amitié que lie James Bond et un agent de la CIA, Felix Leiter qui est apparu dans les débuts de 007 au cinéma en 1962 pour ensuite rester un personnage récurrent jusqu’à nos jours. Cette relation de concurrence entre les Etats-Unis est, de plus, réciproque. Si M plaisante sur un décodeur américain dans Demain ne meurt jamais (1997) « Je me demande si la CIA sera davantage déçue de l’avoir perdu, ou que nous l’ayons récupéré ?», deux films plus tard – Meurs un autre jour (2002) un responsable de la NSA montrera le même sentiment de rivalité : « Vous pensez que je vais laisser ça dans les pattes dans anglais ?».

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Pour le 50e anniversaire du premier film de James Bond, l’argument de Skyfall (2012) montre un MI6 replié sur lui-même. Déjà Tuer n’est pas jouer (1987) montre le déclin de la réputation du MI6 à travers les mots du Ministre de la Défense « Notre première opération d’envergure en des années… », mais ce premier aperçu deviendra critique dans le dernier film. Traditionnellement considéré comme un symbole de la puissance britannique, le Service d’Intelligence voit son prestige, voir son utilité mis en cause, à tel point que le personnage qui deviendra M à la fin, décrit l’opinion des autorités britanniques sur le MI6 comme « un groupe d’idiots antiques combattant une guerre que nous ne comprenons pas que nous n’avons aucun moyen de gagner ! ». Cependant, le film fait étalage de patriotisme de la part de ses personnages et la présence de symboles britanniques se multiplie : une scène dans le métro londonien, l’attaque au siège du MI6, le rendez-vous à la National Gallery, la prolifération de drapeaux visibles depuis le toit après la mort de M et, bien sûr, l’héritage de celle-ci à James Bond, un bull-dog avec l’Union Jack peint sur son dos.

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Une perspective réaliste des personnages des relations internationales

 Du point de vue de la théorie de relations internationales, les deux premières décennies sont essentiellement marquées par le réalisme. Effectivement, les décisions et les actions se jouent entre Etats de manière indépendante, à la marge des organisations internationales. Certes, Vivre et laisser mourir (1973), le premier film de Roger Moore, marque un tournant et inclut l’apparition des Nations Unies, mais elle presque éphémère et ne semble pas avoir un rôle de preneuse de décision. Il ne s’agit pas de la seule mention à des organismes internationaux ou à des types de diplomatie multilatérale, car une partie de l’action de Tuer n’est pas jouer (1987) a lieu lors d’une convention commerciale en Afrique du Nord. De même, l’enjeu principal de Skyfall (2012) commence par la perte d’une liste contenant les noms des agents de l’OTAN infiltrés dans des organisations criminelles, mais ces inclusions restent extrêmement marginales tout au long de la filmographie.

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Un aspect intéressant des films qui pourtant ne relève pas des problématiques internationales est la mention ou le portrait d’acteurs réels de la diplomatie mondiale. Si dans L’homme au pistolet d’or le redneck menace à la police thaïlandaise qu’il réussira à mettre Henry Kissinger « on their asses », la représentation de Margaret Thatcher est plus révélatrice. De manière peu flatteuse, ni elle ni son mari sont montrés comme des personnalités extraordinaires, ni particulièrement brillante : elle s’adresse à James Bond sans remarquer qu’il s’agit, en fait, d’un perroquet. Du côté soviétique, Brejnev est mentionné au passage, mais le nom semble être utilisé pour donner du réalisme au film. Quoique réalisé en dehors de Skyfall (2012) et des films de Eon Productions, pour les Jeux Olympiques de Londres, une vidéo de 6 minutes a été tournée avec Daniel Craig dans son rôle de James Bond et la Reine d’Angleterre. Dans un clair but de renforcer le caractère patriotique de l’événement et du personnage, James Bond attend le Reine pour l’escorter au stade au moment de l’inauguration.

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