Le Chiffre : un méchant dans la lignée des grands ennemis

lc1

Avec le redémarrage de la saga, Casino Royale se devait de nous présenter un ennemi dans la lignée des grands esprits du mal auxquels Bond s’est confronté. Le Chiffre descend donc en droite ligne de prestigieux prédécesseurs tels Goldfinger, Largo, Drax ou Sanchez. Mais là où cet ennemi devient mémorable, c’est qu’il initie un nouveau genre de méchant, moderne, réaliste et faillible.

Digne de ses prédécesseurs

Le Chiffre est un de ces méchants qui semble né pour affronter Bond : Physique, personnage, caractère, tout est réuni pour l’identifier immédiatement comme l’homme dangereux digne de combattre 007.


  • Physique : La première photo officielle du personnage de Le Chiffre rassure immédiatement sur sa capacité à être un ennemi crédible. La balafre sur l’œil saute aux yeux (c’est le cas de le dire) et cette anomalie le distingue tout de suite du commun des mortels. Il est toujours agréable d’avoir contre Bond un homme physiquement différent. À cela s’ajoute son aisance dans des costumes de luxe qu’il sait porter : habillé en noir comme il se doit, sa coupe de coupe de cheveux renforce son impénétrabilité. Regard inquiétant, bouche cruelle, traits aigus… Cet ennemi scandinave (albanais dans le film) est tout de suite vu comme menaçant. Le genre d’homme qu’on est immédiatement prêt à craindre.

  • Personnage : son nom énigmatique renforce son côté hors du commun et mystérieux. Il est comme il se doit à la tête d’une immense fortune (bâteau, péniche…) dédiée toute entière au service du mal (banquier des terroristes, ça ne s’invente pas). Suivi d’une escorte d’hommes de main, il est aussi un de ces quelques méchants qui ne tiendra jamais un révolver, mais n’en sera pas moins très dangereux, par l’influence qu’il a sur ses hommes, ou des ressources qu’on devine cachées.

  • Caractère : tout est là encore pour suivre des décennies de méchants. Autoritaire, sachant se faire obéir du regard, vaniteux lorsqu’il triomphe, sadique envers ses ennemis (Solange et Bond), et surtout, un esprit de premier ordre qu’il exerce dans les jeux (échecs et poker). Il fait preuve également d’une aisance dans tout ce qui est joute oratoire et discussion, et dont il sort souvent vainqueur (cf ses discussions avec l’ougandais Obanno, Dimitrios ou ses invités au poker)

Avec ces caractéristiques, on pourrait croire qu’il serait du genre à rester dans son fauteuil à appuyer sur des boutons, tel Blofeld ou Stromberg.Mais Le Chiffre, s’il a une personnalité intemporelle, est avant tout un ennemi moderne et innovant.


Un ennemi novateur

Le Chiffre est d’une race d’ennemis qu’on n’avait pas vus depuis longtemps. Comme Largo ou Rosa Klebb, il est un sous-fifre d’ennemis plus puissants, ce qui ne l’empêche pas d’être à la tête d’une puissance dont Bond aura beaucoup de mal à se débarrasser.


Ce qui fait de lui un homme dangereux, c’est qu’il est fait pour diriger les hommes dans l’ombre, mais n’a aucun scrupule à s’impliquer directement dans son business. Il démarche ses clients plutôt qu’attendre de ceux-ci qu’ils viennent à lui. Lorsque ses sous-fifres échouent, il prend personnellement les choses en main (la partie de poker), et ne lâchera pas le morceau avant de gagner (même si cela signifie torturer Bond lui- même). Ce manque de scrupules se voit également dans les moyens qu’il met en œuvre : collecte de fonds au grand jour, corruption, empoisonnement quand il sent le vent tourner lors de la partie de poker…


Ces affrontements avec Bond révèlent sa capacité à jouer sur tout les plans. Il a beau être distingué, il n’est pas du genre à se perdre en discours et en « supplices élaborés » (comme il le dit lui même). Le Chiffre est un pragmatique. Il n’est pas mégalomane comme la plupart des autres ennemis, ou une volonté au service du mal. Il n’a pas d’idéologie, il croit « au taux de rentabilité approprié » et entend bien ne pas lâcher le monopole du marché bancaire du terrorisme, même si cela suppose prendre des risques calculés, et bien moins planifiés que ceux des autres méchants bondiens, ce qui nous amène à sa véritable originalité :


Un ennemi faillible

C’est là qu’excelle ce personnage : en plus d’être un ennemi menaçant et de première classe, il est plus humain et moins sûr que les autres. Il a de nombreuses failles : son physique le trahit (il pleure des larmes de sang quand il bluffe ou stresse), et il est dépendant de la drogue contenue dans son ventilateur (Ventoline semble-t-il, mais le roman nous dit qu’il s’agit de Benzédrine).


D’autre part, il n’est pas fait pour l’action physique. Il évite de se prêter au combat à main armée, ou alors, il faut que sa victime soit déjà à sa merci. C’est pourquoi il reste ne tente rien contre les ougandais qui le menacent dans sa chambre d’hôtel, ni contre Mr White qui le menace directement. S’il entre en action, il se décoiffe vite, des tics agitent son visage et il sue abondamment.


C’est l’autre faille de ce personnage : il a peur. Si son intérêt le porte vers l’action, la peur de faillir le pousse dans ses retranchements. Ses erreurs à la bourse le portent à s’exposer plus en avant, et cela le mène jusqu’à perdre son sang-froid devant Bond. Cette scène mémorable révèle les vraies faiblesses de Le Chiffre. Il est prêt à trahir ses employeurs pour rester en vie. Et surtout, il n’en mène pas large devant ses ennemis. Que ce soit face à ses clients africains, ou face à Quantum, Le Chiffre montre que même s’il est parvenu à la tête d’une forte puissance, il est avant tout une personne soumise à ceux qui sont plus forts que lui. Son pouvoir n’est grand que sur ceux qu’il dirige ou sur qui il a un ascendant psychologique. Dimitrios le savait, et savait garder la tête haute face à lui (voir la scène rajoutée ).


C’est pour cela que Le Chiffre reste dans mes ennemis favoris. Il arrive à concilier 40 ans de tradition bondienne, avec des traits novateurs et convaincants, et Mads Mikkelsen lui donne une envergure sans précédente, qui l’inscrit dans les meilleurs ennemis de la saga.


Des Jamesbonderies... entre autres

Des Jamesbonderies... entre autres

Avant de devenir webmaster du site, Yvain / Ytterbium faisait vivre son blog "Des Jamesbonderies... entre autres". Un monde de chronique et de dossiers plus ou moins pertinents aujourd'hui disponibles sur CJB !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.