James Bond et la Saab 900 Turbo « Silver Beast »

James Bond et la Saab 900 Turbo « Silver Beast »

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De Ian Fleming à Anthony Horowitz, choisir une voiture digne de 007 a toujours été un challenge. L’agent secret de Sa Majesté s’est parfois retrouvé au volant d’une Bentley 4½ Litre, parfois à celui d’une Jaguar XK8 ou encore d’une Aston Martin DB3. Mais lorsque John Gardner a pris la relève dans les années ’80, il a fait un choix que certains considèrent comme surprenant. James Bond serait de retour dans une voiture suédoise de monsieur Tout-le-Monde, économique en carburant, à prix moyen : la Saab 900 Turbo.

Mais pas n’importe quel Saab 900 Turbo. Non, celle-ci n’est pas ordinaire… C’est celle que James Bond appelait sa « Silver Beast », une voiture qu’il a conduite dans les trois premiers romans de l’auteur ; une voiture qui a vu autant d’action, et livrée autant de surprises, qu’une Aston Martin. Si la Saab n’est pas la plus célèbre de toutes les voitures de 007 (après tout, qui a lu les romans de Gardner parmi vous ?), un ancien sondage de CommanderBond.net avait établi qu’il s’agissait de la voiture du Bond littéraire préférée des fans. Son histoire mérite d’ailleurs d’être racontée et pour ce faire nous allons adapter cet article de CommanderBond.net en langue française.

Permis de choisir

James Bond rétrograda en troisième. La Saab 90 Turbo s’engagea dans un virage à gauche, rasa l’herbe du bas côté, puis sortit de la courbe dans un nouveau coup d’accélérateur.

– Permis renouvelé, chapitre 2.

Notre histoire de la Silver Beast commence avec un homme, Gardner, John Gardner, un ancien magicien de scène, officier de la Royal Marine, journaliste, et un auteur anglais bien connu avec une vingtaine de livres à son actif ; il était en tête de liste parmi cinq autres auteurs pour relancer la série littéraire James Bond. Glidrose (désormais renommé Ian Fleming Publications, les détenteurs des droits d’auteur du James Bond littéraire) et Gardner voulaient amener Bond dans les années ’80 au lieu de le laisser perpétuellement évoluer dans les années ’60 de Fleming. De ce fait, Gardner a pensé qu’une Bentley ne serait plus appropriée :

Si vous allez avoir un homme des années quatre-vingt, conscient de la récession et avec des ressources limitées, il faut qu’il soit un peu plus comme un être humain ordinaire [Gardner estimait que la Bentley lui reviendrait trop cher et qu’elle était trop voyante, dans le roman Bond décide de se défaire de sa Bentley à cause de l’augmentation continuelle des prix du carburant]. Il a un peu d’argent privé, et je voulais le mettre dans une voiture de son époque.

John Gardner est allé voir quelqu’un qui en connaissait un rayon sur l’automobile afin qu’il lui choisisse six voitures qui pourraient s’avérer utiles. Gardner a regardé la liste, puis emprunté les six voitures à des amis et les a tous testées. La Saab semblait lui convenir mais il avait peur que Glidrose lui refuse ce choix :

Une des choses que je pensais qu’ils allaient dire était : « Vous ne pouvez pas utiliser la Saab parce Bond aurait voulu conduire une voiture britannique » [Gardner pensait alors qu’il finirait avec une Austin Metro]. Mais au lieu de cela, ils ont dit quelque chose comme : « Juste la voiture que nous voulons ! Ian aurait aimé qu’il ait cette voiture ».

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La Saab 900 a été présentée en mai 1978. Basée sur le châssis de la Saab 99 elle montre toutefois une partie avant entièrement nouvelle et une longueur plus importante que la 99. En 1980, Saab a introduit une boîte de vitesses à cinq vitesses et un moteur Turbo. C’est la voiture que 007 allait conduire. Certaines des caractéristiques standards innovantes de Saab étaient Bondiennes dans un sens : sièges chauffants électroniques ; essuie-phares ; un filtre à air (éliminant la poussière, le pollen, et certaines bactéries de l’habitacle), traction avant, etc…

Gardner a commencé à travailler sur son premier roman de James Bond, qui s’intitulait à l’origine Meltdown. Dans ce livre, 007 combat un méchant laird écossais qui veut faire chanter des superpuissances en menaçant d’effectuer une fusion des cœurs des réacteurs de plusieurs centrales nucléaires. Gardner s’est également mis à travailler sur sa Saab pleine de surprise, en décidant qu’il n’allait l’équiper que des gadgets qu’il voulait réels ou du domaine du possible. (En fait, en dehors des novélisations, c’est Gardner qui introduira vraiment les « gadgets » dans les romans).

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Pour ce faire, il consulte un département Q de la vie réelle, une entreprise anglaise spécialisée dans le domaine de la sécurité et de la contre-surveillance, la Communication Control Systems. CCS a conseillé l’auteur sur la façon de créer une voiture qui pourrait rivaliser avec l’Aston Martin des films ; Gardner était reconnaissant. Si reconnaissant qu’il a décidé que ce serait la CCS, et non la Q-branch, qui serait crédité dans le roman pour l’équipement de la Saab.

Cette décision rend la Saab unique dans le panthéon des célèbres véhicules de James Bond : ce n’est pas une voiture développée par le département Q. La Saab est la propriété personnelle de Bond qu’il a lui-même fait personnalisée à son goût par la CCS. Ceci permet d’obtenir un peu d’humour dans le livre lorsqu’on nous dit que Bond a remarqué que le Major Boothroyd et divers techniciens Q-branch reniflaient autour de la Saab pour découvrir ses secrets cachés pendant qu’elle était stationnée au SIS.

Des sourcils se levèrent lorsqu’il choisit une voiture étrangère […], il avança que c’était une firme insulaire qui se chargeait de la personnalisation particulièrement complexe et sophistiquée du véhicule : tableau de bord à affichage numérique, système de contrôle de croisière, et de nombreux équipements relevant de la magie […].

Il ne dit pas un mot du mois où la Communication Control Systems (CCS) prit en charge la voiture et y ajouta quelques perfectionnements de leur cru : tout un appareillage qui devait mettre la Branche Q le bec dans l’eau. Bond avait pour raisonnement que c’était son véhicule, et que c’était lui, et non la Branche Q – laquelle subissait de toute façon de sévères restrictions financières – qui devait décider des améliorations à apporter. Il vit à plusieurs reprises le major Boothroyd, dit l’Armurier, fouiner près de la Saab. Et il ne lui était pas rare de surprendre des techniciens « dingues » de la Branche Q regardant de près l’engin, et sifflant d’admiration. Mais aucun d’eux ne fit allusion aux choses qu’ils ne pouvaient pas manquer de remarquer, comme les vitres pare-balles, les pare-chocs en acier renforcé, les pneus tout-terrains autogonflables même après l’impact d’une arme à feu […].

La Saab, enfin, fut conforme aux vœux de Bond. Elle pouvait, si la situation du carburant l’exigeait, fonctionner au gazole comme à l’essence, moyennant une facile conversion. […] Et son turbo lui procurait cette réserve de puissance qui est toujours nécessaire dans des circonstances périlleuses.

– Permis renouvelé, chapitre 2.

Et puisque l’on parle de gadgets, que renferme la Silver Beast (tous romans confondus) ?

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  • Modification du moteur avec un système d’injection d’eau permettant à Bond de rouler vers les 290 km/h.
  • Système de détection et d’extinction d’incendie au halon 1211 pour le moteur et le pourtour du véhicule.
  • Un dispositif pour envoyer des messages textes à Londres.
  • Un radiotéléphone portable.
  • Un système lâchant du gaz lacrymogène autour du véhicule.
  • Filtre pour empêcher à du gaz de pénétrer dans l’habitacle de la voiture.
  • Bonbonne d’oxygène et des masques à oxygène sous le siège passager.
  • Plusieurs compartiments secrets dans le tableau de bord contenant des lunettes à vision nocturne (pour notamment conduire sans les phares), un puissant révolver Ruger Super Redhawk .44 et un pistolet Browning.
  • Blindage renforcé et verre pare-balle.
  • Pare-chocs en acier renforcé.
  • Endroit où poser son arme.
  • Système de contrôle de croisière.
  • Système de démarrage à distance.
  • Dispositif permettant de changer l’immatriculation de la plaque.
  • Deux phares antibrouillard halogènes.
  • Phare d’avion caché derrière la plaque d’immatriculation avant (pour éblouir ses ennemis).
  • Une alarme.
  • Système permettant à la voiture de fonctionner soit à l’essence, soit au gazole.
  • Tableau de bord à affichage numérique.
  • Pneus Dunlop tout-terrain autogonflable. Dans Opération Brise-glace, Bond utilise des pneus cloutés.
  • Bond stock aussi des rations, une bêche, des grenades paralysantes et offensives L2A2, un lance-câble Pains-Wessex Speedline, et des fusées éclairantes dans sa voiture.
  • Et six portes-gobelets.
  • Et surement d’autres petits trucs que l’on a oubliés…

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Dans Permis renouvelé, la Saab modifiée voit beaucoup d’action : elle amène Bond en Écosse, puis l’aide à s’échapper du château du méchant. Malheureusement, la Saab connait le même destin que la Bentley de Casino Royale. Après une poursuite passionnante impliquant un hélicoptère, la Saab finit sans cérémonie dans un fossé et 007 est fait prisonnier. Heureusement, tout comme le Bentley, la Saab mourra un autre jour puisqu’elle ressuscitera dans le roman suivant sans la moindre rayure.

La route commence

Pour vous faire une idée de la façon dont une Saab se déplace, et se comporte, et les sensations qu’elle procure, nous aimerions faire deux suggestions :
Lisez le livre.
Ou, mieux encore, venez pour l’essayer.
Cela pourrait être le début d’une véritable aventure.

– Publicité Saab, 1981.

Pendant que Gardner travaillait sur l’histoire, Glidrose travaillait sur la façon de promouvoir le retour du 007 littéraire. La Saab a fourni une bonne occasion. Dans une démarche de marketing similaire à ce que BMW et Ford ont fait plus tard avec les films, le constructeur automobile Saab-Scania a accepté de participer à une campagne promotionnelle croisée massive qui lancerait pas non seulement James Bond dans les années 1980, mais qui tenterait aussi de faire de la Saab 900 Turbo la voiture de la décennie.

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Le premier James Bond de Gardner, réintitulé Permis renouvelé (Licence Renewed, que vous connaissez peut-être aussi sous le titre L’Opération Warlock), a été publié en mai 1981 ; et la campagne promotionnelle croisée a débuté avec un bang, littéralement. Saab a équipé une vrai 900 Turbo avec les gadgets décrit dans le roman, et la voiture a parcouru le circuit promotionnel du livre avec l’auteur, lâchant occasionnellement de la fumée (au lieu du gaz lacrymogène) alors que les photographes mitraillaient !

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Gardner se souvient d’un incident amusant au cours de cette tournée :

Un matin, nous avons découvert ce qui ressemblait à une fuite d’huile à proximité du levier de vitesses. Cela s’est avéré être de l’huile de thon qui avait fuit d’un paquet de sandwiches qui était ramenés à la maison par la PR lady !

Gardner et la Saab sont allés partout durant l’été 1981. Dans un magazine américain on pouvait voir une photo de l’auteur assis sur le capot de la voiture immatriculée « SAAB 007 ». Le Saab est apparu à la 3e édition de la James Bond International Fan Club Convention à Wembley Convention Hall (Londres), avant d’être réquisitionné pour enregistrer un petit quelque chose pour la télévision australienne. Lorsque la petite ville d’Addlestone à Surrey a tenu sa journée de gala annuel, au milieu des chars et des écoliers se trouvait la Silver Beast qui a libéré sa fumée pour le plus grand plaisir foule. Une seconde Saab a été utilisée pour la promotion aux États-Unis, mais cette voiture était sans gadgets et, en fait, n’était même pas une 900 !

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Les artistes ont eu aussi du bon temps avec la Saab. Lorsque Permis Renouvelé a été publié en feuilleton dans le magazine féminin Cosmopolitan (un choix bizarre, je sais), l’artwork mettait la Saab bien en évidence. Les couvertures de différentes éditions du livre à font aussi figurer la voiture, parfois de couleur noire, grise et même rouge (Bond ne l’appelle pas encore la Silver Beast dans ce roman et la couleur n’est pas précisé). Il est intéressant de noter que le synopsis sur le rabat de la jaquette de l’édition britannique contribue à justifier le choix du véhicule de Bond en notant que le Saab a « un niveau de pollution inférieur à une Bentley » (l’édition américaine omet cette phrase).

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À cette même époque, Saab-Scania mène sa propre campagne de promotion visant à capitaliser sur sa avec connexion 007. « James Bond a juste troqué sa Bentley pour une Saab 900 Turbo » fut le titre d’une publicité pleine page pour tous les grands magazines automobiles. Des affiches et dépliants colorés ont été produits comportant des illustrations originales du roman avec le slogan « James Bond est revenu à la mode dans une Saab Turbo ».

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Au Salon de l’auto de Los Angeles, d’attrayants mannequins aux airs de Bond Girls ont vanté les vertus de la Saab, en ajoutant avec un clin d’oeil :

Nous savons tous que M. Bond a d’excellents gouts, du moins en matière de voitures.

Mais est-ce que cela a marché ? Bien sûr ! À partir de 1982, Saab a connu cinq années consécutives sans faute de hausse des ventes à chaque mois.

Puisque Gardner aillait écrire au moins deux autres aventures de James Bond supplémentaires, le responsable des relations publiques de Saab, Lennart Lonnegren, a déclaré :

Si ces (prochains) livres font aussi bien vendre des Saab que le premier, je crains que ne soyons très bientôt à court de voitures.

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Pour services spéciaux

« Jolie petite voiture », déclara Bismaquer depuis le portique en donnant à la Saab un regard condescendant, qui semblait en quelque sorte ne pas lui ressembler.

– Mission particulière, chapitre 11.

Permis renouvelé s’était bien vendu et est devenu un best-seller international. Le Gardner de 1982 est Mission particulière (For Special Services). Un roman dans lequel James Bond aide la CIA à lutter contre un SPECTRE renaissant de ses cendres. Pour cette mission américaine, Bond ne fait qu’une seule demande :

– La Silver Beast (a.k.a. « Bête argentée » dans la VF).
Les membres du Service avaient surnommé ainsi la voiture personnelle de Bond […].
– La Silver Beast ?
– J’en aurais besoin en Amérique. Je ne veux pas être à la merci des transports publics.
– Je pourrais vous prévoir la location d’une voiture. Avec conduite à gauche.
– Ce n’est pas la même chose, et vous le savez Monsieur.
– Et vous, vous savez que votre engin n’est pas un véhicule du Service. Dieu seul sait ce que vous y cachez.
– Monsieur, je regrette, mais j’ai besoin de cette voiture et de la documentation.
– La nuit me portera conseil. Vous aurez ma réponse demain.
Tirant sur sa pipe, M partit en marmonnant.

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Évidemment, Bond a obtenu sa requête. Le surnom « Silver Beast » apparait pour la toute première fois dans ce second roman. Gardner se souvient que c’était son fils, Simon, qui a donné à la voiture son désormais célèbre surnom. Dans la section « remerciements », Gardner remercie Saab (GB) et Saab-Scania de Suède pour « la quantité de temps, la difficulté, la patience et l’enthousiasme qu’ils ont mis en œuvre pour prouver que la Saab de James Bond existe ».

Mission particulière possède une grande scène d’action avec la Saab, une course sur un circuit contre une Shelby Mustang GT 350 conduite par l’éventuel nouveau dirigeant du SPECTRE :

Il se cale solidement sur son siège, les yeux rivés à la route. Il passe les vitesses et fonce sur la chicane, atteignant 210 à l’heure. Il rétrograde pour négocier la chicane, mais plus rapidement que jamais. Décollant sur la bosse comme un avion, la Saab rebondit sur ses roues arrière. C’est tout juste si Bond n’en perd pas le contrôle. Agrippé au volant, il voit pivoter vers lui le rideau d’arbre qui borde la piste. Il entend les pneus protester tandis qu’il réussit à ramener la voiture en ligne. Il accélère, puis ralentit à l’approche du Z.
Cet obstacle franchi, il s’agit de rattraper Luxor qui roule pleins gaz pour conserver son avantage.

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Bien entendu, l’adversaire de Bond ne la joue pas fair-play, et c’est l’occasion pour la Saab de déployer certains mécanismes de défense que nous ne voyons pas dans Permis Renouvelé, comme le système d’extinction automatique d’incendies.

Pour cette mission, les compartiments secrets du tableau de bord de la Saab sont également modifiés pour inclure un endroit qui peut contenir des gravures rares (Bond se fait passer pour un marchand d’art dans ce livre). Autre caractéristique, le phare aveuglant caché derrière la plaque d’immatriculation.

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Encore une fois, la Saab aide Bond à s’enfuir du ranch texan du méchant, et encore une fois, le livre devient un best-seller. La relance du Bond littéraire fonctionnait. Il y avait même une rumeur selon laquelle une Saab pourrait apparaître dans le prochain film de James Bond (ce qui s’est avéré être faux, d’autant plus que la Lotus avait marqué les esprits (sans mauvais jeu de mots). James Bond et sa Silver Beast aillaient revenir l’année suivante dans le futur roman de l’auteur. Mais ce sera leur dernière virée ensemble…

Opération Brise-glace

– Vous avez une voiture ici, je crois. Une Saab 900 Turbo. Argenté. Au nom de Bond, James Bond.
Derrière le long comptoir la jeune fille fronça les sourcils d’un air irrité, comme pour montrer qu’elle avait autre chose à faire que de s’occuper de voitures livrées à l’hôtel pour des clients étrangers.

Publié en 1983, Opération Brise-glace (Icebreaker) envoie 007 dans le cercle arctique pour faire face à une armée de néonazie voulant créer un Quatrième Reich. Encore une fois, la Saab voit l’action, cette fois sur les routes glacées de Laponie où elle rencontre trois chasse-neige menaçants…

Cela ne faisait plus l’ombre d’un doute. C’était la mise à mort. Ils s’apprêtaient à couper la Saab en deux. Argent contre jaune, pensa Bond, et il leva le bras droit tandis que le gauche tenait toujours la grenade paralysante.

Opération Brise-glace est l’un des romans de continuation préféré des fans et il est resté le roman bondien favori de Gardner lui-même pendant des années (jusqu’à L’Homme de Barbarossa), principalement en raison de sa propre expérience dans le cercle polaire arctique, un voyage organisé par Saab-Scania. Gardner a partagé ses aventures à la neige dans le magazine du James Bond International Fan Club :

Alors que j’avais déjà réussi à faire déraper une Saab dans dans drifts enneigés à trois reprises, j’ai eu un très bon pilote qui a réussi rapidement à faire la même chose, mais juste à la frontière russe. Heureusement, l’armée finlandaise était à portée de main, et un officier a marché sur deux miles à travers les conditions glacées pour apporter de l’aide. Nous avons finalement été remorqués hors et tout a bien fini.

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La photo au dos de l’édition américaine montre Gardner sur une motoneige, elle est créditée Saab-Scania, Suède. John Gardner a offert des remerciements supplémentaires en incluant un de ses compagnons du voyage dans l’Arctique, le pilote de rallye suédois Erik Carlsson (alias « Mr. Saab »), au début du roman :

Ouvrant la boite à gant, Bond constata que la boussole était à sa place, accompagnée d’un petit mot d’Erik : Rappelle-toi ce que je t’ai appris à propos du pied gauche ! -Erik.
Bond sourit en se rappelant les heures qu’il avait passé en compagnie de Carlsson à assimiler les techniques du freinage du pied gauche qui permet de faire des dérapages contrôlés sur la glace.

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Saab, pour aider une fois de plus à promouvoir la sortie du livre de poche, organise un concours avec l’éditeur Berkley Publishing permettant de la gagner la Saab de Bond, « La machine à conduire d’une vie pour certains fans de Bond chanceux » ! Cette édition Berkley du roman avait des coupons détachables que les clients pouvaient remplir et renvoyer. Le gagnant a été annoncé le 31 mai 1984 et a remporté une Saab Turbo de couleur argentée.

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Il me semble également que pour la première fois, le département Q (au lieu de seulement la Communication Control Systems) s’occupe aussi de quelques modifications pour la Saab (à confirmer).

En 1983 sort aussi le jeu de rôle sur table James Bond 007: Role-Playing In Her Majesty’s Secret Service par Victory Games. L’univers de celui-ci inclut des choses présents dans les romans de Gardner, dont des gadgets de la Saab 900 Turbo. Toutefois la voiture et la marque ne sont pas directement mentionnée dans ce jeu, on y trouve cependant des références, Q dans le supplément Manuel du service Q nous dit notamment que : « je ne peux que spéculer sur le fait que 007 ait installé au non ces dispositifs [système lâchant du gaz lacrymogène autour du véhicule et bonbonne d’oxygène] sur son dernier véhicule. Communication Control Systems, Inc., installe de telles choses et cela ferrait du sens s’ils étaient installés sur le véhicule de 007 ».

Une question d’honneur

Alors que Gardner embarque pour un quatrième James Bond, l’un de ses principaux contacts chez Saab (l’homme qui avait donné à Gardner une 900 Turbo pour un usage personnel) a quitté la société Saab pour Bentley. Ce mouvement a signé la fin de la Silver Beast.

Il m’a appelé un jour et a dit qu’il voulait me voir. Il avait apporté une (Bentley) Mulsanne Turbo et m’a dit qu’il voulait que je la voie, et qu’il pensait que Bond devrait l’utiliser.

Gardner a été invité par Bentley pour un essai routier sur un circuit privé. L’auteur a été séduit. Il a comparé la voiture à « une nuit avec une prostituée à millions de dollars ». Pour aider à sceller l’affaire, Bentley a prêté à Gardner une Mulsanne Turbo pour un an.

En conséquence, dans le quatrième Gardner, Une question d’honneur (Role of Honour, 1984), James Bond touche un héritage d’un oncle riche et utilise l’argent pour s’acheter une Bentley Mulsanne Turbo verte. Étrangement à la demande de Bentley, la voiture n’avait aucune modification autre qu’un téléphone longue portée. Aucune explication n’est donnée sur ce qu’il est advenu de la Silver Beast.

La Bentley Mulsanne Turbo et la Saab 900 Turbo de John Gardner.
La Bentley Mulsanne Turbo et la Saab 900 Turbo de John Gardner.

Bond conduira également la Bentley Mulsanne Turbo dans les romans de Gardner qui suivront (ainsi qu’une BMW 520i), mais d’un sens ce n’était pas pareil que la Saab…

Never Say Never

Bond quitta la salle et se précipita dans les escaliers qui menaient à la réception pour demander quelles voitures de location étaient rapidement disponibles. Pour une fois, Bond semblait faire sa propre chance. Il y avait une Saab 900 Turbo, une voiture qu’il connaissait bien, qui venait juste d’être remise.

– Nobody Lives For Ever, chapitre 10.

Gardner a peut-être mis 007 avec une « prostituée à un million de dollars », mais il aimait encore faire appel à celles bon marché. Les Saab ont continué à faire quelques apparitions dans d’autres Bond de Gardner. En 1986, Bond loue un Saab 900 Turbo dans Nobody Lives For Ever. Il loue à nouveau une Saab (modèle non précisé) pour une mission dangereuse à Dublin dans No Deals, Mr. Bond (1987). Une Saab 9000 CD est également mentionné dans L’Homme de Barbarossa (même si Bond ne la conduit pas).

À la fin de l’ère Gardner, James Bond et Saab furent de nouveau réunis. Dans Never Send Flowers (1993), SeaFire (1994) et COLD (1996), Bond possède soudainement une Saab 9000 Turbo CD. (Gardner, qui vivait maintenant en Amérique, conduisait lui-même une 9000 CD blanche). Le Saab 9000 CD est une présence mystérieuse de la fin de l’ère Gardner, l’auteur n’explique pas ce qui est arrivé à la Bentley. Il s’agit d’une berline quatre portes conservatrices, et celle que conduit Bond ne possède pas de gadgets.

Une Saab 9000 Turbo CD.
Une Saab 9000 Turbo CD.

En 1986, Semic Press de Suéde sort un comics de James Bond intitulé Data Terror : étrangement 007 y conduit une Saab 900.

Data Terror

En 1996, Gardner prend sa retraite de la série littéraire James Bond après seize romans dont deux novélisations, et Saab, désormais détenue par le géant automobile américain GM, a cessé d’être l’une des marques phares des années 80 et du début des années 90. La dernière 900 première génération est sorti de la chaine d’assemblage en 1993 (une seconde génération a été produite jusqu’en 1998). Gardner a poursuivi sa prolifique carrière d’écrivain non-Bond avant de s’éteindre en 2007, sa carrière compte plus d’une cinquantaine de romans. Le successeur de Gardner, Raymond Benson, équipa Bond d’une Jaguar XK8 bourrée de gadgets hélas assez ridicules (et parfois dignes de la voiture invisible de DAD).

Quant à la Saab 900 qui a fait la tournée promotionnelle, elle s’est retrouvée pendant longtemps au musée Saab à Trollhättan (Suède), toujours équipé de son arsenal « mortel ». Sur son capot se trouvait l’une des affiches de 1981, la preuve que, à un moment donné, une Saab 900 Turbo était la voiture de choix pour ce grand connaisseur des voitures qu’est Bond, James Bond.

Cependant, en 2012, Saab est en pleine banqueroute et la firme suédoise envisage de vendre les voitures du musée pour récupérer des fonds. Apparemment (mais ce n’est pas 100% sûr), la Silver Beast serait toujours au musée de Trollhättan, sauvé par les locaux…

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Ce fut une belle balade.

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Sources : Commanderbond.net, les romans de John Gardner (VF et VO), le magazine Bondage, 007 Magazine, The Book Bond, Dr. Yanto’s Saab Site, mi6-hq, Jolpress.

About the author

Clément Feutry
Fan passionné de l'univers littéraire, cinématographique et vidéoludique de notre agent secret préféré, Clément a traduit intégralement en français le roman The Killing Zone et vous amène vers d'autres aventures méconnues de James Bond...

2 Comments

  1. Kevin Bertrand Collette

    J’étais en Grande-Bretagne à l’été 81 – et j’ai donc vu de mes propres yeux cette fameuse campagne de pub autour de la Saab , un peu éclipsée il est vrai par le nouveau véhicule conduit par Bond dans sa toute derniere aventure du moment . Une certaine Citroen 2Chevaux jaune canari …

  2. Ytterbium

    Une Saab flambant neuve battue par une 2CV, c’est un peu l’humiliation quand même ^^

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