‘Fleming’, la figure d’un héros ?

‘Fleming’, la figure d’un héros ?

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Un téléfilm sur la vie Fleming doit-il de respecter la vie du personnage ? C’est la question que se pose Ytterbium dans cette chronique des Jamesbonderies… entre autres. Alors que nous allons découvrir le premier épisode de la série Fleming la semaine prochaine, les premières images de celle-ci, et le coté très romancé de la vie de Fleming amènent à se poser beaucoup de question sur ce que veut vraiment nous montrer cette série de Showtime !

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La série de SkyTV consacrée à la vie du créateur de James Bond se précise, avec de nouvelles photos et vidéos illustrant les différentes périodes et les séquences de la vie de l’auteur britannique : ces images nous présentent Fleming à travers ses multiples rôles, du journaliste mondain à l’écrivain retiré, en passant par l’officier-espion pendant la guerre mondial, sans oublier sa relation avec sa compagne Ann O’Neill et les autres femmes de sa vie.

Si la vie de Fleming a en effet été très mouvementée et variée, cet homme reste, comme nous l’a montré la magnifique biographie de Andrew Lycett, un personnage assez énigmatique et solitaire. Il s’agit d’une vie dramatique certes, mais avant tout celle d’un britannique dans une Europe terne qui cherche à tromper l’ennui, en étant souvent immature et versatile. S’il s’est montré un officier très utile au cours de sa carrière militaire avec les services de renseignement britannique, et si son imagination a permis de créer un héros à nul autre pareil, il n’est pas non plus un grand auteur torturé du XXe siècle, ni un dandy dont la vraie nature se révèle au cours du temps. De la façon dont je le vois, la vie de Fleming s’est déroulée, aux hasards de l’Histoire, et à travers son esprit un peu rebelle et marginal, prenant la vie comme elle vient.

Le téléfilm semble vouloir nous montrer la vie de l’auteur britannique de façon haute en couleur : décors chatoyants, action, reconstitutions des films de guerre et gros enjeux ainsi qu’une immense romance avec la plantureuse Lara Pulver semblent présents. Le réalisateur de la série, Mat Whitecross, explique avoir voulu joué sur la vie que Ian Fleming aurait voulu vivre (celle de James Bond), et la vie qu’il mènera finalement.

‘Fleming’ en trois questions

Cela pose trois questions : une question de style d’abord, le personnage de Fleming, joué par Dominic Cooper, va-t-il rester à vivre dans l’ombre du héros qu’il va inventer. L’imaginaire de 007 et de son univers va-t-il tenter de créer l’illusion que la vie de Fleming est la matrice, la source ou les racines réelles de l’espion au permis de tuer ? Va-t-on assister à un James Bond par procuration ? Ou au contraire, la série va-t-elle réussir à définir son personnage de façon autonome et qui ne se résume pas au personnage qu’il a créé à la fin de sa vie ?

Deuxième question, quelle vision de James Bond va être présente dans ce film ? Aura-t-on la vision glamour des films, ou les thrillers noirs désabusés des romans. Une grosse erreur serait d’assimiler la vie que rêvait Fleming pour James Bond comme celle transmise par les films incroyables, élégants, rythmés et sexy. En effet, les textes de Fleming eux, révélaient un espion très professionnel qui se distinguait surtout par sa noirceur, son cynisme et son à propos dans des situations horribles et dures. Si le téléfilm met comme modèle à l’écrivain une figure de l’espion qui n’a existé qu’après que ses livres aient été adaptés, ce serait un gros contre-sens.

Troisième question, quel choix de biopic : on a une pléthore de films biographiques qui sortent par les temps qui courent. Et à mon grand regret, qu’importent les vies décrites, on retombe souvent dans la même structure : un héros est prédisposé à mener une vie d’envergure, avec une enfance difficile, il vit une difficile ascension vers le succès que seul le talent et la détermination permettent, puis il tombe dans la désillusion et la réclusion, avant enfin d’avoir un happy end avec la rédemption du personnage et l’héritage sa vie. De Ray Charles à J. Edgar Hoover, on retrouve trop souvent ce traitement qui rend la vie complexe de figures connues, structurée, mais en fin de compte, simplifiée, moins originale et calquée sur des recettes scénaristiques.

Que va-t-on faire de Fleming ? Va-t-on présenter sa vie du début à la fin comme un grand destin qui défile, et un homme torturé qui le suit avec ses hésitations et ses amours ? Le destin n’est qu’une lecture de la vie a posteriori, et n’a rien à voir avec le parcours de Fleming : comme des épisodes, sa vie nous montre un britannique qui a fait son bout de chemin sur cette terre en tant qu’homme avec ses contradictions et ses jugements pour tromper l’ennui.

Fleming : Fidélité ou Fiction ?

Mais doit-on absolument rester fidèle à la vraie nature de ce qu’a été Ian Fleming ou peut on se permettre d’improviser sur son caractère ? Pourquoi vouloir toujours rattacher une belle histoire à ses racines réelles. Plutôt que de retranscrire la vie de quelqu’un, pourquoi ne pas la transformer en une histoire encore meilleure ? Après tout, les ingrédients de la vie de Fleming sont beaucoup plus prometteurs que son parcours en tant que tel : de l’espionnage, un cœur volatile, un rebelle cynique, des tensions internationales, une âme d’artiste… On a la tous les éléments qui font un personnage principal de série : un personnage principal de série, c’est une personnalité captivante autour de laquelle gravitent des éléments, des événements et des personnages secondaires, et qui le font faire réagir pour notre plus grand plaisir.

Regardons les premières photos de la série, et comparons les au parcours désabusé de Fleming. On se dit alors que la fiction, avec des jeux à haut-risques, de la guerre, des femmes, des espions, et des gens qui le soutiennent, sont tellement plus prometteurs au cinéma. D’un autre coté, la vie d’un homme qui traverse le XXe siècle en tentant successivement sa chance dans le journalisme, dans l’armée, dans les salons, puis à sa table d’écriture est loin d’être inintéressante.

Fleming a deux visages : celui fantasmé sur lequel tous notre imaginaire de héros et de vie haute en couleur repose, et celui hésitant, moins grisant mais plus subtile. Les deux méritent d’être montrés. Comment la série « Fleming » va-t-elle y parvenir ?

Un article écrit pour Des Jamesbonderies… entre autres

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Ytterbium
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