octopussy

Exclusif : L’intrigue initialement prévue de Octopussy était bien loin de celle retenue pour l’écran. Plongez avec nous dans les inspirations et les plans originaux de la 13e aventure de James Bond !

À l’occasion du 30e anniversaire d’Octopussy, CJB extrait quelques pépites des James Bond Archives, éditées par Paul Ducan chez Taschen. Voici ce à quoi aurait ressemblé Octopussy dans sa première version !

Dans un premier scénario non daté (probablement 1981), l’équipe des scénaristes avait rédigé un rapport de neuf pages concernant le film Octopussy.

L’histoire devait être marquée par le grand retour d’Ernst Stavro Blofeld, menant une guerre contre un gang de trafiquants de lingots d’or dirigé par Octopussy. On peut dès lors supposer que des négociations ont eu lieu pour racheter les droits de Schwarzman et McClory. Petit rappel : à l’époque EON ne disposait plus les droits d’adaptation du livre Opération Tonnerre de Ian Fleming. Par conséquent, l’utilisation du personnage de Blofeld et de l’organisation du SPECTRE était impossible.

Le plan de Blofeld était d’utiliser les services secrets britanniques et occidentaux pour résoudre ses problèmes. M devait être assassiné et remplacé par un certain Villiers (l’ancien chef de cabinet de M) qui était une taupe au service de Blofeld. Ce meurtre de M, bien que brutal n’est pas vraiment étonnant. Dans la mesure où l’inoubliable Bernard Lee, qui jouait le patron du MI6 depuis Dr No était récemment décédé, il fallait lui trouver un remplaçant. Il était aussi sérieusement envisagé de remplacer Roger Moore, et ménager en même temps une transition pour Miss Moneypenny. On retrouve cette volonté de faire la transition dans le personnage de Penelope Smallbone qui rejoignait Lois Maxwell dans le bureau de la secrétaire de M. Malgré les fleurs offertes par Bond, elle ne reviendra pas dans la série.

Suite à l’assassinat de M, Moneypenny devait être renvoyée et Bond être pris pour un agent double. Pour blanchir son nom et vaincre Blofeld (et le chef militaire de ce dernier, Smythe), 007 devait collaborer avec Octopussy et Kamal Kahn. Dans cette version, Kamal est présenté comme un ami de longue date de Bond, un camarade d’étude, travaillant pour la résistance Afghane. Octopussy devait également utiliser sa connaissance de la mort de Tracy pour amener Bond à rejoindre sa vendetta contre le SPECTRE.

L’équipe des scénaristes, formée de Michael G. Wilson, Richard Maibaum, aux côtés d’Albert R. Broccoli et John Glen livre un nouveau scénario de 62 pages le 3 septembre 1981. Bien que Blofeld reste l’ennemi principal, l’intrigue se déroule majoritairement au Japon. Le personnage de Kamal Kahn disparait totalement de l’histoire. Le 30 septembre, un troisième scénario a été terminé dans lequel il était question d’une menace nucléaire sur fond de guerre froide. Plus de Blofeld cette fois et un pré-générique situé aux Pays-Bas.

Toutes ces idées n’ont malheureusement pas donné suite. En 1982, l’écrivain et scénariste George MacDonald Fraser est chargé d’écrire l’histoire après que la production ait décidé de poser ses caméras en Inde. En tant qu’historien, auteur de la série de romans Flashman et grand connaisseur du pays, il était logique que la production fasse appel à lui. Fraser a donc écrit une grande partie du script, et Maibaum et Wilson l’ont terminé.

The Spy Command (HMSS Weblog) possède un script daté du 10 juin 1982 écrit par Maibaum et Wilson « basé sur un script de George MacDonald Fraser ». Nous, nous possédons un script daté du 19 août 1982 (147 pages). Les deux scripts sont très similaires, et également très proches du film fini ; ils possèdent toutefois quelques petites différences intéressantes :

La seule grosse disparité concerne le personnage de Vijay, qui est totalement absent de nos scripts ! Ici il n’y a qu’un seul agent du MI6 qui opère avec Bond en Inde, Sadruddin. Celui-ci fait basiquement tout ce lui et Vijay feront dans le film. On peut raisonnablement penser que son rôle a été coupé en deux lorsque le tennisman Vijay Amritraj a été considéré pour un rôle. Ceci dit, la référence avec la raquette de tennis (tenue ici par Sadruddin) durant la poursuite en triporteur était déjà présente.

Toujours à propos du personnage du Sadruddin, on peut noter que la décision d’utiliser le James Bond Theme lors de séquence avec la flute était déjà prise au moment de l’écriture du script. Une phrase intéressante était également prononcée par Sadruddin : « Nous pensons qu’il [Kamal] a des ambitions politiques. S’acoquine vraiment avec les Russes ». Une autre ligne, cette fois-ci prononcée par Orlov, faisait également état d’ambitions politiques pour Kamal : « Vos espoirs pour le pouvoir politique en dépendent ». Kamal est décrit comme une « figure frappante, parfaitement habilité à l’occidental. Début de la quarantaine, sombrement beau et maître de soi, son corps est souple, mais athlétique ». EON a fini par prendre Louis Jourdan, 61 ans, pour le rôle.

Dans le pré-générique, deux alternatives sont données quant au lancement du missile ennemi : soit par un Blowpipe tenu soldat, soit par une batterie anti-aérienne après un appel d’un officier par talkie-walkie. C’est la seconde solution qui fut retenue dans le film (bien que celle-ci n’apparaisse qu’entre parenthèses dans le script). Le script suggéré aussi, mais ne demande pas, un gag qui est irritant pour beaucoup de fans, durant la séquence de la « chasse » : « il se balance au-dessus de la rivière marécageuse tel Tarzan ».
Après cette séquence, Bond se faisait masser par une « jolie masseuse indienne ». Dans le film, c’est Vijay qui le masse…

Après sa rencontre avec Lenkin (l’expert en œuvres d’art qui se trouve à la National Art Repository du Kremlin), Orlov avait originellement une ligne supplémentaire pour le jumeau qui l’accompagnait (ils ne sont pas nommés dans les indications scéniques, juste désignés par des chiffres, « TWIN 1 » et 2, même si l’un d’eux est bien nommé Mischa durant une ligne de dialogue) : « La santé mentale de Lenkin me concerne. Quand son travaille pour nous sera terminé, trouvez-lui un sanatorium convenable – en Sibérie ».

Dans le film, le face à face avec Orlov est coupé par un plan où l’on voit les soldats charger les bijoux dans le coffre d’une voiture. Le dialogue original était le suivant :

Orlov : Qui êtes-vous ?
Bond : Service secret britannique, permis de tuer, et cette fois je vais aimé le faire.
Orlov : Pas pour longtemps. Vous êtes dans une position extrêmement dangereuse. Que voulez-vous ?
Bond : Arrêtons de jouer. J’ai vu la bombe. Qu’est ce que vous vous apprêtez à faire avec Kamal ?
Orlov : Vous deviez plus vous soucier de sortir de là vivant.
Bond : Je me soucis plus de ce qui pourrait se passer si cette bombe explosait sur une base américaine. Vous voulez déclencher une guerre nucléaire ?
Orlov : Seuls les cinglés le veulent.
Bond : Votre homme dans le tunnel a dit que la bombe était identique à celles américaines. C’est cela, vous essayez de mettre en scène un accident nucléaire.
Orlov : Inventif, mais purement spéculatif. […] Admettons que vous avez raison, quel possible avantage militaire pourrait en être tiré ?
Bond : Un accident nucléaire américain en Europe provoquerait un désarmement unilatéral. Les Européens diraient : « Rentrez chez vous les Yankees et prenez vos bombes avec vous ».
Orlov : C’est un scénario possible.
Bond : L’OTAN se désarmerait d’elle-même, mais vous garderez votre supériorité militaire.

En réalité, beaucoup des dialogues du script comportent de très légères différences par rapport au film, c’est également le cas pour l’ordre des scènes.

D’autres petites différences incluent la scène où Gobinda écrase les dés, qui est inexistante. Magda fume la cigarette au lit et Octopussy qui porte l’étoile des Romanov à son cou dans la scène finale. Les combattantes d’Octopussy sont aussi parfois appelées les « Octopussies » à la fin du script.

Lorsque Maibaum et Wilson achèvent pour de bon le script, il reste un détail à régler : qui pour le prochain Bond ? En effet, Roger Moore était sensé s’arrêter après Rien que pour vos yeux (1981) et le casting avait déjà commencé : James Brolin (pourtant américain) avait d’ailleurs passé deux screen-tests les 22 et 23 juin 1982, dont un avec Maud Adams. James Brolin fut un candidat très sérieux avant que Roger Moore ne soit conservé pour un dernier James Bond avec Dangereusement Votre.


Ci-dessus deux screen-tests de James Brolin, dont un avec Maud Adams dans une scène de Bons Baisers de Russie.

Curieusement, l’équipe de tournage aérien avait déjà commencé le travail le 6 du mois en filmant la scène du combat final sur l’avion. Le choix de Bond était donc déjà trouvé d’avance, d’autant plus qu’avec Jamais plus Jamais avec Sean Connery, ce n’était pas le bon moment pour introduire un nouvel acteur…

Les oeufs Fabergé que l’on voit dans le film n’étaient pas réels, mais le joailler Asprey situé à Londres fit un travail remarquable en réalisant en un court délai une copie que même la caméra ne pouvait distinguer de l’original.

Quant au personnage de Blofeld, il reviendra bien en 1983 sous le visage de Max Von Sydow, mais dans le Bond concurrent Jamais plus Jamais. Remake d’Opération Tonnerre, le producteur Kevin McClory comptait bien profiter de tous les détails du scénario, en profitant de la figure emblématique du leader du SPECTRE qu’EON ne pouvait plus utiliser.

Au chapitre des inspirations, Octopussy a plongé dans les livres de Fleming pour retirer certaines idées. Deux courtes nouvelles de l’auteur britannique seront ainsi « transposées » à l’écran. La première est la scène de la vente aux enchères, qui reprend presque intégralement la nouvelle La Sphère d’émeraude (The Property of a Lady), issue du recueil Meilleurs vœux de la Jamaïque (Octopussy and The Living Daylights). Plus tard dans le film, Octopussy fait part à James Bond des relations qui ont uni l’agent 007 et son père. Son récit (son père étant un voleur et un tueur à qui Bond donne l’occasion de se suicider plutôt que de se faire arrêter) est tiré de la nouvelle Meilleurs vœux de la Jamaïque (Octopussy).

Fleming n’est pas le seul à fournir des scènes au scénario. La partie de Backgammon aurait dû être jouée originellement au club de Max Kalba dans l’Espion qui m’aimait. La poursuite en avion du pré-générique était elle, prévue pour Moonraker (voir ici). Enfin, le scénario original de l’homme au pistolet d’or prévoyait une chasse impliquant un tigre…

Retrouvez plus de scripts et autres éléments méconnus sur notre page Orbis Non Sufficit !

Sources : The James Bond Archives, cbn.net et MI6-HQ

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Rédacteur de Commander James Bond

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