L’ère Brosnan : des changements de personnages

L’ère Brosnan : des changements de personnages

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Avec l’arrivée de Pierce Brosnan dans le rôle de James Bond, ce sont aussi de nouveaux types de personnages qui vont faire leur entrée dans la saga. Après les nouvelles destinations, penchons nous donc sur ces seconds rôles qui participent aux changements apportés par l’ère Brosnan.

La fin des gouvernements éclairés

Le premier aspect de la transition, visible au niveau des personnages, se trouve dans la présentation des autorités traditionnelles. À la tête des grandes puissances (Grande Bretagne, URSS et USA), on était habitué à voir des conseils nationaux ou internationaux s’efforçant d’œuvrer  pour la détente et la sauvegarde du monde. Malgré leurs efforts pour conserver leur puissance nationale, ils finissaient toujours par faire front commun contre les vrais « méchants ». Le personnage du Général Gogol est en cela emblématique : pendant toute la période Moore, il mettra des bâtons dans les roues du MI6, mais il rejoindra toujours la cellule de crise internationale qui supervise l’assaut final, ou remerciera Bond à la fin du film pour avoir sauver le monde, même si cela passe par la destruction de l’ATTAC ou de ses bases militaires en Afghanistan. Les réels ennemis sont des traîtres arrivistes qui essaient de faire dévier la politique du pays arriver au pouvoir (les généraux Orlof et Koskov) ou des organisations et individus qui les manipulent (le Spectre, Kristatos, Stromberg).

Le gouvernement Britannique lui fait toujours preuve de figure exemplaire : les généraux de la Marine Britannique toujours sagement soucieux du devenir du monde, les diplomates anglais calmant le jeu entre les grandes puissances (On ne vit que deux fois), quand ils ne viennent pas à leur secours (L’espion qui m’aimait, Goldfinger). Margaret Thacher en personne remercie Bond l’issue de Rien que pour vos yeux.

Tout cela change dans la période Brosnan ! Les chefs des grandes puissances sont à peine maîtres de leurs pays. Le Politbüro de Saint Pétersbourg dans Goldeneye apparaît comme une résurgence anachronique de la politique, incapable de contrôler ses propres satellites. Le général russe au début de Demain ne meurt jamais ne sert à rien à part rappeler les échéances électorales et avouer qu’il a perdu ses torpilles nucléaires. Le Général Moon quand à lui est conscient qu’il est piégé par une taupe, et finit par voir son État Major se retourner contre lui à la fin du film. Idem pour le pouvoir chinois qui envoie ses propres agents réduire au silence les agissements de Wai Lin.

Les traîtres qu’ils hébergent, comme les colonels Ourumov et Moon , sont quant à eux plus intéressés par des buts personnels  plutôt que par la conquête du pouvoir.

Du coté des « gentils », ce n’est guère plus reluisant. L’amiral de la cellule de crise dans Demain ne meurt Jamais ne prend que des mauvaises décisions que le MI6 doit rattraper après. Ce même MI6 se fait piéger par ses agents doubles et se fait taper sur les doigts pas les américains (Meurs un autre jour). Ces mêmes américains deviennent même totalement inefficaces avec leurs gros missiles dans Meurs un autre jour, et se montrent frileux à s’investir dans le conflit sino-britannique (Demain ne meurt jamais). Ce sont dans ces films que pour la première fois, les décisions de M vont être contestées (dans ces deux mêmes films). Ces critiques sur la patronne des services secrets par les officiels du gouvernement deviendront une constante pendant toute la période Craig.

On voit bien que l’on passe de gouvernements éclairés et diplomates, à des autorités bornées et frileuses.

De nouveaux alliés : la fin des défenseurs de la Nation

Alors que les gouvernements perdent de plus en plus leur influence, ce sont de nouveaux personnages qui vont incarner le pouvoir et rentrer en contact avec Bond. Ce ne seront plus comme avant, de petites mafias spécialisées (comme Kristatos dans Rien que pour vos yeux, ou les agents bulgares à la solde des soviétiques dans Bons Baisers de Russie), mais des organisations qui ont un pouvoir informel sur les différents secteurs de la société, ainsi que des intérêts spécifiques.

La figure majeure de ces personnages est Valentin Zukovski, dirigeant de la mafia en Russie et en Asie mineure. Entièrement converti à l’économie de marché capitaliste, ses réseaux de pouvoir sont étendus, et reconvertis de façon plus ou moins légale. On constatera que ces réseaux n’obéissent plus aux intérêts d’une nation spécifique : Zukovski rend service à Bond comme à Elektra. Le personnage de Raoul (le cubain de Meurs un autre jour) a beau dire aimer son pays, il obéit à ses intérêts propres. On peut remarquer que cette transition avait déjà été initiée pendant la période Dalton, avec l’Empire de Sanchez ou le mercenaire Whitaker.

De nouveaux ennemis : la figure du terroriste

Avant la période Brosnan, le bestiaire des ennemis de Bond évoluait entre les traîtres (du type Orlof), les mafieux (du type Kananga), les mercenaires (du type Scaramanga) ou les mégalomanes (Zorine & co). Si on retrouve ces personnages pendant la période Brosnan (le traître Ourumov, le mafieux Janus, le mégalomane Carver…), on voit apparaître un nouveau type de méchant : le terroriste.

Bien avant les attentas du 11 septembre, le boulot de Bond consiste déjà à aller à la poursuite de ces personnages qui n’ont aucune allégeance, et agissent pour l’anarchie. Cela commence avec des personnages comme Xenia Onatopp qui pirate la cérémonie française et explose le centre de Severnaya, et le marché de la passe de Kyber où les terroristes font leurs emplettes. Ces nouveaux types d’ennemis sont particulièrement mobiles et fuyant, ce qui force Bond à devoir poursuivre ces terroristes professionnels comme Zao ou Renard d’un bout à l’autre du globe.

Après la période Brosnan, ces méchants seront quasiment les seuls présents dans la saga : adieux mafieux, traîtres, mégalomanes et mercenaires. Les méchants sont maintenant tous des terroristes, mais avec des rôles précis : on a les clients comme Obanno ou Médrano. Les ennemis principaux sont surtout des fournisseurs de service comme Dominic Green, Mr White, Silva, Le Chiffre ou Dimitrios qui procurent selon l’occasion des armes, de l’influence politique, des services bancaires ou des assassins, sans aucune visée idéologique. Bond quant à lui, devra se mettre à la course à pied pour arrêter avec plus ou moins de succès les exécutants terroristes Molaka, Carlos, Mitchell ou Patrice.

Prochain épisode de la chronique : L’ère Brosnan, déséquilibres technologiques.

article publié au départ sur Des Jamesbonderies… entre autres

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