Quand le générique raconte le film

Quand le générique raconte le film

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Chaque Bond a son générique, et chaque générique est lié au thème, à la musique ou à la dominante du film. Cela va de Bons Baisers de Russie avec la danseuse gitane au Monde ne suffit pas avec le thème du pétrole. Sur ces thèmes se brodent les silhouettes bondiennes, de femmes et d’armes. Cependant, lors des 3 derniers films, une autre dimension se rajoute qui a trait à l’intrigue du film : il s’agit de Meurs un autre jour où le générique est en fait une séquence de ce qui arrive à Bond au cours de la mission, de Casino Royale où l’on voit la silhouette de Bond devenir 007 sous nos yeux, et enfin dans Quantum of Solace.

Il ne s’agit pas ici de porter un jugement sur l’esthétique du film (qui change de ceux habituels), ou sur la musique qui l’accompagne (j’y ai déjà consacré un post qui peut complèter cet article ). J’essaie ici de montrer comment l’intrigue et le déroulement du film sont résumés dans ce générique.

Autre précision avant de commencer, comme la chanson, le générique se focalise sur le personnage de Bond et notamment sa personnalité intérieure, qui elle est moins visible au cours du film (malgré le fait que le film s’articule sur cet état d’esprit de 007 ). Apprêtez vous donc à me voir repartir dans mes délires psychologico-symboliques habituels.

Introduction : Parlons de Bond !

Le début du générique commence lors de la fin du pré-générique, en stoppant sur le visage de Bond, quand commencent les premières notes du générique. Tout de suite après se dessine dans le noir du générique la silhouette de Bond qui prend forme face à un soleil couchant. On passe alors en 3D stylisée avec coup sur coup deux zooms sur Bond. Vous noterez que les textes du générique sont particulièrement en rapport avec l’identification du personnage (acteur, producteurs, Ian Fleming…)

Le message est clair : le générique va parler de Bond… James Bond, et pas de la silhouette de 007 habituelle. On va même s’intéresser plus particulièrement à l’action qu’il produit, par l’intermédiaire de la balle qu’il tire. 3 éléments sont donc introduits dans le générique : 007 : la silhouette ; Bond : la silhouette stylisée où l’on distingue le visage de Daniel Craig, et la balle : son action au cours du film.

Bienvenue dans un univers particulier

La balle représente tout au long du générique l’action de Bond dans le film. On quitte Bond un moment pour s’intéresser à cette action qui est alors associée au titre du film, puis la balle se dirige vers les dunes de sables et les paysages représentés. Ces paysages sont l’univers particulier du film dans lequel Bond va évoluer. Plutôt triste et inquiétant, peu rempli, sobre et stylisé (comme dans le film avec les décors beaux, mais pâles).

C’est dans ce décors que l’on retrouve 007 (la silhouette) qui évolue arme à la main dans ce décor beau et inquiétant, que l’on quitte fréquemment pour scruter le ciel qui se couche. En toile de fond apparaît une sphère qui peut être associée à l’organisation Quantum, et plus généralement à la mission.

Ce passage, c’est 007 dans sa mission, qui se passe dans un univers un peu particulier. Le soleil se couche enfin, et dans cette ombre, l’agent 007 devient Bond, l’homme, dont on distingue les traits plus nettement alors qu’il s’approche de la caméra.

La nuit tombe, une autre dimension apparaît

C’est alors que le soleil se couche vraiment que le paysage va alors prendre vie. L’obscurité lui donne un aspect différent, des formes s’y dessinent, des formes féminines. Bond (pas 007) y évolue toujours et se retrouve encadré par ces femmes qui sortent de ce désert et l’envahissent : les fantômes du passé, le souvenir de Vesper, de la trahison et de la mort que Bond a affrontées refont surface. Il y a comme un vertige : 007 et l’agent tombent alors dans l’obscurité.

À noter que le point rouge rappelant le gunbarrel (et donc toute les normes bondiennes) essaie de traverser l’écran, et s’incarne dans « Judie Dench » : alors que bond évolue, la tradition bondienne s’incarne dans le personnage de M.

Bond perdu entre mission et sentiments

La silhouette de 007 et de Bond ne se distinguent plus, et tombent avec le sable (l’univers, la réalité) dans un espace complètement abstrait. Dans cette chûte, la mission, Quantum représenté par la sphère, est croisée avec l’apparition furtives des femmes de sables, autour de cette sphère : les sentiments de Bond s’associent à la mission. Celle-ci prend de plus en plus de place, en devenant un nouveau soleil (pas celui de la réalité du début). Autour de ce soleil, de cette mission, gravitent un cercle de femmes, de fantasmes, de fantômes, et Bond tombe au milieu d’eux, complètement perdu entre les sentiments et l’importance qu’à pris la mission à ses yeux (on retrouve l’attitude de Bond face à ses deux aspects dans le film).

On retombe alors dans un espace vide, avec en toile de fond Quantum, et Bond qui chûte, côtoyé par les femmes (les sentiments) qui varient à la même vitesse que lui. Le tout se mixe en formant un tout plutôt esthétique, jusqu’à constituer un énorme trou dans lequel tombe James, et son arme.

Bond reprend pied et tire

Bond reprend enfin pied dans le sable des dunes, qui a commencé à recouvrir son Walther PPK. La musique continue à traduire le délire de sentiments qui entourent cet univers complexe. Mais le jour commence à se lever, et Bond récupère son arme. Il effectue un nouveau tir (son deuxième). Ce coup ci a plus d’importance et est plus précis.

Au lieu de tirer dans le vide et de laisser la balle se perdre dans le paysage, le Walther est dirigé vers un objectif précis, et le coup part au ralenti, avec exactitude. La balle (l’action de Bond) ne se perd pas alors dans le vide. Elle traverse distinctement un paysage qui redevient stable dans un ciel dégagé (on voit d’ailleurs Bond qui recharge et rengaine son arme par derrière). La balle (l’action finale) continue à travers les dernières femmes de sable (les sentiments) et ne s’y arrête pas. Elle va toucher son but. Un point dans le sol où elle s’intègre parfaitement, et disperse le sable qui cachait l’univers bondien.

Interprétation maintenant : Dans le film, après avoir perdu pied dans un déluge d’action ininterrompu, où la mort, les sentiments, la mission et Quantum se mixent, et où il n’est pas véritablement à l’aise (mal dans sa peau dans le film, en train de tomber dans le générique), Bond reprend pied sur terre (il récupère son arme). La dernière action / le dernier tir de Bond, est la confrontation finale entre Bond et Youssuf. Bond ne s’égare pas dans les sentiments. Sa vision est plus distincte (le paysage est moins chaotique), il ne s’arrête pas aux sentiments (aux femmes de sable) qui l’ont égaré. Il les dépasse (la balle accélère) pour toucher droit au but (avec sa discussion avec Youssuf) ! Il disperse tout le sable qui entourait la mort de Vesper (il a compris qu’elle se faisait complètement manipuler) et l’écran redevient noir ; une nouvelle action de Bond pourra commencer, sur les derniers échos de la musique (avec les notes de pianos). D’ailleurs, ces dernières notes ponctueront aussi le dernier plan du film.

À l’image du film, ce générique n’est qu’un détour autour d’une action où les sentiments prédominent. Au final, ce n’est qu’un tir dans le sable (une mission mineure), mais qui clarifie enfin la vision de 007 après l’épisode de Casino Royale, et dispose l’agent à de nouvelles aventures abordées enfin sereinement.

Conclusion

Voila comment j’interprète le générique. Pour moi, à travers des graphismes et une musique (qui s’accompagnent bien mutuellement) il constitue une évolution continue (contrairement aux autres génériques où les plans pourraient être inversés), qui reprend l’évolution sentimentale de Bond, et l’action de 007, perdu entre sa mission et ses sentiments. Tout cela se manifeste par un flot continu d’images et d’actions.

Vous m’avez lu jusqu’à la fin ? Félicitations pour ce courage ! Vous doutez encore de mes divagations symboliques ? À vous de regarder le générique avec le filtre que je vous ai exposé. 😉

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Des Jamesbonderies... entre autres
Avant de devenir webmaster du site, Yvain / Ytterbium faisait vivre son blog "Des Jamesbonderies... entre autres". Un monde de chronique et de dossiers plus ou moins pertinents aujourd'hui disponibles sur CJB !

0 Comments

  1. Je ne suis pas certaine que les concepteurs du générique aient eu cela présent à l’esprit au moment où ils l’ont pensé et réalisé, mais le résultat est là : tout cela est très vraisemblable et je pense que tu as raison. Ce ne sont pas des “délires psychologico-symboliques”, mais une lecture raisonnée, qui constitue précisément la preuve que le plaisir et l’analyse ne sont pas antinomiques.

  2. Peut-être n’y a-t-il effectivement pas autant de symbolique par derrière. Mais l’évolution est bien présente, et certains éléments (comme les silhouettes féminines, ou Bond qui se déplace toujours, incertain, l’arme à la main) montre (à mon avis) que je suis bien sur la bonne piste, et, à mon avis, que les graphistes ont du partir du scénario et du principe de “recherche du quantum of solace” pour guider cette évolution.

    L’aspect graphique a du primer évidemment, ainsi que l’adéquation entre l’image et la chanson. Mais même si le but n’est pas que le spectateur “lise” l’histoire racontée. Je pense que l’évolution touche inconsciemment celui qui regarde le générique. Le fait qu’il y ait beaucoup de travelling dans ce générique permet d’ailleurs de mieux s’immerger dans la montée en puissance du générique et de la musique. On en ressort avec de belles images en tête, et un certain “frisson” lorsqu’à la fin, Bond tire sa balle finale.

  3. Tu écris : “Je pense que l’évolution touche inconsciemment celui qui regarde le générique”. Certes, mais est-ce que tu ne fais pas là une lecture a posteriori ? Est-ce que tu as ressenti cela dès la première vision du film ?

  4. Je dois avouer qu’à la première lecture, je ne l’ai absolument pas senti. Il faut dire que j’avais fait un blocage complet sur la musique (et sur le film d’ailleurs).

    De plus, les spectateurs de James bond et les autres ont tellement pris l’habitude de regarder le générique comme une simple séquence d’images esthétiques (à l’exception peut-être de Meurs un autre jour et Casino Royale, où c’est beaucoup plus explicite), que sans être averti, ou sans y prêter attention, on ne le remarque pas forcément. Il y a tellement de facteurs qui conditionnent la vision d’un spectateur que c’est dur a évalué, surtout que en tant que fan (et y ayant beaucoup réfléchi), je ne suis pas du tout objectif.

    Cela dit, si c’est vrai que tu as raison sur la perception du générique, ça n’empêche pas qu’il y a quand même une démarche à l’œuvre dans sa création…même si on peut disserter longtemps sur les symboliques.

    Merci pour tes commentaires Vesper ! Ils font réfléchir.

  5. Tes articles aussi. Je suis ravie lorsque je trouve des spectateurs qui réfléchissent, analysent, dissèquent, interprètent, sans se contenter de gober des kilogrammes d’images et des kilogrammes encore, en ne suivant que l’histoire elle-même, ce qui n’a aucun intérêt.

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