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[FYEO] Rapport du tournage à Corfou par Lotus

Après avoir roulé et même navigué en Lotus dans L’espion qui m’aimait, James Bond se remettait au volant de la marque dans le film suivant. Sur Planète 007 il est possible de trouver des documents internes de Lotus écrits par Don McLauchlan (responsable des relations publiques de la marque) au moment du tournage. Cette semaine nous vous traduisons ci-dessous le rapport du tournage sur l’île de Corfou (Grèce) :

 

Avec le salon de l’automobile ayant lieu immédiatement après notre retour du tournage à Corfou, nous n’avons pas eu le temps de faire un rapport sur les activités de Lotus sur place. Le rapport suivant présente l’histoire jusqu’à présent…

Voyage vers l’étranger

La première indication que nous étions sur la bonne voix a été lorsque nous sommes arrivés dans les deux Esprits aux portes principales du port de Douvres pour être salués par les policiers du port et le major de l’armée contrôlant l’exercice des troupes de l’OTAN quittant Douvres le même jour. En quelques minutes nous avons été éloignés de toutes les principales zones de circulation, nos passeports ont été emportés par l’immigration et enregistrés pour nous et en quelques instants nos voitures furent garées le long du quai du ferry. Notre contact du Daily Express, qui avait passé la nuit dans sa voiture sur les quais, s’est mis au travail et a pris une quinzaine de pellicules mettant en vedette les Lotus entourés de la police, de l’armée, d’enfants, de touristes et de tous ceux qui se trouvaient dans le champ de son appareil-photo. Quelques jours plus tard, un très beau cliché des deux Turbos avec les plaques 007 est apparu dans le Daily Express.

La British Rail Sealink, qui organisait le ferry, s’est assuré que nous embarquions en dernier ; ce qui signifiait que nous serions les premiers à debarquer une fois de l’autre côté.

Le lendemain nous étions à Milan et, après un départ à 8 heures du matin, nous avons garé les voitures à Brindisi sur le talon de l’Italie, à 7 heures du soir (environ 1 450 kilomètres). Les deux voitures ont fonctionné à merveille pendant tout le trajet. Un seul petit problème a ralenti notre progression ce jour-là, il était auto-généré et pourrait être qualifié d’Incident International Lotus. À mi-chemin sur la côte est de l’Italie nous avons estimé que nous avions dépensé nos lires plus rapidement que prévu. Donc au second arrêt carburant, nous nous sommes arrêtés et avons demandé à changer des chèques de voyage pour le carburant et on nous a dit non, et certainement pas un dimanche où les banques étaient fermées. On a fait une pause pour réfléchir. Il a été décidé, avec une logique appropriée à Lotus, que nous ne demanderions pas à changer des chèques de voyage à la prochaine station-service et nous nous sommes donc arrêtés quelques kilomètres plus loin, avons rempli les deux voitures à ras bord et leur avons ensuite offert des chèques de voyage. L’incident international a alors commencé et il nous a fallu 45 bonnes minutes pour le régler à l’amiable, et ce n’est qu’après avoir menacé de faire appel à la police que nous avons obtenu une quelconque coopération. Cependant, la trentaine d’Italiens gesticulants qui s’étaient rassemblés pour assister à cette pantomime ont apprécié à fond la confusion totale et absolue. Une fois la dispute terminée, ils ont collectivement salué et acclamé les deux Lotus sur leur chemin.

Après avoir réservé à l’avance pour une escale d’une nuit à Brindisi, nous avons été quelque peu surpris de constater que l’hôtel n’existait plus et que ce qui restait du bâtiment ressemblait plus à des dommages causés par une bombe qu’à une réception accueillante. Cependant les ouvriers locaux ont eu pitié de nous et ont trouvé quelques chambres habitables pour la nuit.

Le lendemain matin nous étions sur les quais à préparer les documents pour le ferry de nuit. Malheureusement, alors que nous nettoyions et polissions les voitures, une main italienne infecte s’est glissée par la fenêtre ouverte de la voiture de John Bassinder et a volé son portefeuille contenant des chèques de voyage, de l’argent liquide, une carte bancaire, etc. Lorsque l’incident a été signalé à la police locale, celle-ci a eu un peu de mal à comprendre pourquoi une grande foule de personnes entourait les voitures pendant qu’elles étaient lavées. Ce n’est que lorsque la police s’est rendue en voiture sur le lieu du crime et a vu les deux Lotus garées, toujours entourées d’une énorme foule, qu’elle s’est intéressée au vol et a déclaré, à juste titre, qu’elle avait peu d’espoir de trouver quoi que ce soit (ce qui s’est avéré être le cas).

Après un voyage sans incident de 12 heures par la mer jusqu’à l’île de Corfou, nous nous sommes intronisés dans une routine de travail intense et amusant avec la société de cinéma.

Sur l’île

Les deux premiers jours sur l’île ont été consacrés à laver/nettoyer et préparer les voitures pour les caméras. L’intrigue du scénario du film lié à Lotus, qui a été tourné à Corfou, est assez simple puisque le scénario demande que Bond soit vu en en train de conduire à travers l’Espagne. Cela, comme on pouvait s’y attendre, a nécessité une certaine intervention sur les panneaux routiers grecs, et a causé une grande confusion pour les nombreux touristes allemands, suédois et britanniques en vacances quand au détour d’un virage, ils trouvaient des panneaux indiquant San Sebastian, Rome, etc… Le scénario du film pour la Lotus est très simple : Bond cherche la cachette des méchants et traverse des paysages absolument magnifiques à Corfou (…euh… En Espagne) et les rushes (extraits des caméras) que nous avons déjà vus sont fabuleux.

Il y a eu une confusion considérable sur la très petite île de Corfou durant notre séjour lorsque les habitants et les touristes ont été confrontés à différents moments et en différents endroits à deux Lotus Esprit Turbo identiques avec des plaques d’immatriculation identiques. Les autorités grecques ont abrogé les règles de circulation pour les deux Lotus pendant la durée du tournage, ce qui signifiait que, techniquement, nous n’étions pas tenus de respecter les limitations de vitesse et que nous pouvions conduire sur n’importe quel côté de la route à notre convenance durant cette période ; bien que cela ne semblait pas être un avantage puisque les Grecs semblaient conduire du mauvais côté de la route tout le temps. Partout où nous allions les gens nous saluaient, les voitures nous faisaient signe et la police nous saluait quand nous passions.

En plus des deux voitures de route, il y avait bien sûr la troisième Lotus Esprit Turbo identique basée au camp de l’unité de production, à quelques kilomètres de la ville de Corfou. Lorsque la nouvelle s’est répandue que cette voiture-là allait être réduite en miettes, cela a suscité une certaine inquiétude et, en fait, un touriste était assez indigné qu’ils gaspillent autant d’argent ; alors nous n’avons pas dit qu’il s’agissait d’une réplique. Le jour où la réplique a explosé, une foule de 300 personnes s’était rendue dans la nature sauvage de l’île pour assister à l’explosion. Ce qu’ils ne savaient pas, c’est que les techniciens des effets spéciaux avaient passé deux jours à percer, couper, tarauder et câbler toute la carrosserie avec des charges explosives. À l’œil nu il n’y a eu qu’un énorme flash et un champignon de fumée et de flammes. Mais pour la caméra, et finalement pour le public, la voiture a tellement détoné que le toit a été la première partie de la carrosserie à bouger, suivie par les portes, le capot et le hayon, puis par l’ouverture du toit, les deux sièges et le tableau de bord, et enfin le grand boum lorsque l’ensemble s’envole. Pour filmer l’explosion, la société de production a utilisé trois caméras placées dans des « cachettes » blindées et a utilisé la seule caméra de son genre qui existe pour filmer l’explosion au ralenti. Cette seule caméra coûte 250 000 dollars et le lendemain elle a été démolie par un raté d’une voiture de cascade Mercedes.

Une autre scène avec Lotus qui me vient à l’esprit et qui n’apparaîtra à l’écran probablement pas plus de 7 secondes était la suivante : la Turbo, conduite par Roger Moore, apparaît à gauche de l’écran, descend une petite colline, traverse un petit pont de pierre enjambant un ruisseau et sort à droite. Afin d’établir qu’on se trouvait bien en Espagne (et non à Corfou), la société de production a « habillé » la région. Ils ont recouvert le premier plan de la vallée de filets à olives sur des piquets, ont planté des arbres et des arbustes sur une zone dénudée de l’oliveraie, ont loué un troupeau de moutons et un troupeau de chèvres, deux autocars remplis de gens de la région habillés à l’espagnol, ont acheté trois cents [livres ? kilos ?] d’olives (la saison des olives était terminée depuis cinq mois) et ont placé en stratégiquement au sommet des arbres, hors du champ de la caméra, plusieurs assistants chargés de jeter les olives dans les filets en dessous. Comme tout est parfait dans les films de James Bond, les moutons et les chèvres avaient été lavés et peignés la veille. Le premier jour où nous avons tourné cette scène, ils n’étaient pas satisfait, alors tout a été démonté pendant la nuit et remis en place le lendemain matin. Il est bon de répéter que cela ne représente pas plus de 7 secondes d’écran pour Lotus.

Ils avaient également besoin de la voiture Lotus au sommet d’une montagne quelque part sur l’île. Nous ne savions toujours pas où se trouvait cet endroit et nous sommes tous les deux perdus. Nous devions rejoindre l’hélicoptère de la production à 2 heures de l’après-midi et en gardant à l’esprit que le système de signalisation routière sur l’île est chaotique dans le meilleur des cas et que, pour ajouter à la confusion, les panneaux sont en alphabet grec, il n’est pas difficile de se perdre. Heureusement nous avions un puissant émetteur radio dans la Turbo de tête pour les instructions du caméraman et du pilote pendant le tournage. Nous nous sommes retrouvés au sommet d’une montagne, sans nulle part où aller à part de tomber de l’autre côté, donc nous avons porté l’émetteur sur la route et appelé à l’aide. Après avoir exposé notre situation – ou plutôt avoir été incapable de le faire – pendant 4 ou 5 minutes, l’hélicoptère s’est approché de nous et nous avons parcouru les huit kilomètres suivants en étant dirigés par les airs. C’était une expérience incroyable d’être assis au volant d’une Turbo qui descendait à toute allure des routes étroites et sinueuses, avec des avertissements à chaque virage, obstacle, bus, véhicule, annoncé à l’avance par votre pilote d’hélicoptère personnel qui est au-dessus de vous.

Arrivés finalement à l’endroit prévu nous avons commencé à filmer la Turbo, mais à cause de notre arrivée tardive, nous n’avions pas de couverture policière aux deux extrémités de la piste étroite et sinueuse. Après environ 10 ou 15 passages sur la pellicule, la Turbo est arrivée à toute vitesse dans un virage sans visibilité comme prévu, pour trouver un chauffeur de bus venant en sens inverse, totalement absorbé par ce qui lui semblait être un hélicoptère qui le filmait, au niveau des yeux, totalement inconscient d’une Lotus Esprit Turbo blanche d’un mètre quatre-vingts de large qui s’approchait de lui à grande vitesse, conduite par un chauffeur au visage blanc qui semblait avoir les yeux fermés : comment avons-nous manqué le bus ? Nous ne l’ignorons et sommes impatients de voir les images filmées par l’hélicoptère juste pour voir à quel point nous sommes passés près.

Voyage de retour

Le second jour de notre voyage de retour (le premier ayant eu lieu à bord du ferry), nous avons parcouru plus de mille kilomètres qui séparent Brindisi de Monte-Carlo en 11 heures non-stop. Rien, mais rien sur les routes ne pouvaient nous suivre, et nous n’avons vu qu’une seule fois un contrôle de la police italienne sur l’autoroute alors que nous roulions à ces vitesses très élevées, leur seule réaction à notre comportement excessif évident a été un signe d’approbation.

Le lendemain nous avions prévu de quitter Monte-Carlo et d’atteindre la Manche en une seule étape, mais nos plans ont été bouleversés par un grave accident sur l’autoroute française près de Lyon qui nous a bloqués pendant un peu plus de 4 heures, et nous avons donc passé la nuit à 80 km au sud de Paris.

Le lendemain matin, nous étions de nouveau sur la route à 9 heures et avons garé les voitures chez Lotus à 17 heures ce soir-là.

Je pense qu’il vaut la peine de mentionner que je conduis des Lotus depuis près de 18 ans et que j’ai souvent parcouru de longues distances à travers l’Europe, mais jamais, jamais, jamais, je n’ai autant apprécié de parcourir plus de mille kilomètres en plusieurs jours et être ensuite en état de sortir pour m’amuser le soir ! C’est entièrement ça, la Turbo !

Les deux voitures ont soufferts d’une conduite constante et difficile pour aller et revenir de Corfou et les trois semaines qu’elles ont passées sur l’île ont été très dures. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elles ont été soumises à des accélérations et décélérations maximales constantes, ont tourné au ralenti dans la chaleur de la journée heure après heure. En bref les voitures ont été maltraitées au-delà de la norme de tout propriétaire normal et elles ont toutes les deux résisté sans même tousser ou bafouiller. Absolument fantastique !

La réaction de Roger Moore à la Turbo a été exactement la même, et plus d’une fois, avec un signe de tête et un clin d’œil à John Bassinder et à moi-même, il a disparu dans les montagnes de Corfou, juste pour le plaisir et chaque fois qu’il revenait au lieu de tournage le regard sur son visage en disait long, je cite : « Fabuleux ».

La Turbo blanche n’est plus, vu qu’elle a été peinte en cuivre métallisé et pour ajouter à la confusion, a changé de plaque d’immatriculation (OPW 678W) et se trouve, depuis aujourd’hui, lundi 10 novembre, aux Studios Pinewood, Plateau 7, pour deux ou trois jours de tournage avec Roger Moore. Dès que la voiture retournera à l’usine la semaine prochaine elle sera équipée du nouvel intérieur en cuir crème pour son prochain voyage à Cortina dans les Alpes Italiennes en janvier prochain.

De plus amples informations seront publiées dès qu’elles seront disponibles.

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Une Lotus Elite 2.2 est actuellement filmée en Hollande par la BBC pour une nouvelle série télévisée intitulée « TRIANGLE ». La diffusion de la série est prévue pour le début de la nouvelle année.

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Pendant notre séjour à Corfou, Scott Ellis (qui a conçu la voiture explosible pour Bond) a apporté une Esprit 2.2 à Thames Television à Londres pour leur série actuelle « MINDER ». L’épisode « ALL ABOUT SCORING INNIT » sera diffusé le jeudi 4 décembre 1980.

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Une Lotus Esprit Turbo à Essex fera une brève apparition dans le nouveau film « MUPPET SHOW II » actuellement en production aux Studios EMI à Boreham Wood. La voiture se rendra aux studios pour deux ou trois jours de tournage entre le 12 et le 19 décembre.

D.G. McLauchlan
10 novembre 1980

Deux exemples typiques des call sheet quotidien envoyés à chaque membre de l’entreprise cinématographique, détaillant la routine et le calendrier du jour de travail suivant :

Demain sur le blog : une traduction du rapport du tournage à Cortina d’Ampezzo.

Clement Feutry

Fan passionné de l'univers littéraire, cinématographique et vidéoludique de notre agent secret préféré, Clément a traduit intégralement en français le roman The Killing Zone et vous amène vers d'autres aventures méconnues de James Bond...

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