Le 17 juin 2025 s’est éteint le réalisateur néo-zélandais Lee Tamahori, connu dans notre Bondienne contrée pour avoir été le réalisateur de “Die Another Day” en 2002.
Né à Wellington, Nouvelle-Zélande en 1950, Warren Lee Tamahori était un de ces réalisateurs mercenaires dont le cinéma populaire a régulièrement besoin. L’énergie, l’immaturité et la passion qui transpirent de son épisode de la saga James Bond témoignent des bons et des moins bons aspects de ce cinéaste enthousiaste et attachant.

Débutant sa carrière dans les années 70 comme assistant réalisateur sur des productions néo-zélandaises de prestige, notamment sur le “Furyo” de Nagisa Oshima en 1983, film devenu culte pour la participation de David Bowie au casting et pour la sublime bande son de Ryuichi Sakamoto.
Le premier film de Tamahori en tant que réalisateur sera “Once Were Warriors” (L’âme des Guerriers) sorti en 1994. Typique des premiers films de réalisateurs ambitieux, le film traite d’un sujet sensible (ici, la condition de vie des Maoris dans l’Auckland contemporain) avec suffisamment de finesse et d’identité pour s’attirer les faveurs des critiques.
Dès 1996, Tamahori cède à l’inévitable appel d’Hollywood où il pourra s’installer en tant que réalisateur mercenaire pour les studios : “Mulholland Falls” en 1996, “The Edge” en 1997 et “Along Came A Spider” en 2001. Ce dernier sera un succès financier et lui permettra de se voir offrir l’insigne honneur de réaliser un épisode de la saga James Bond.
Succédant dans cette tâche à Roger Spottiswood et Michael Apted (deux autres mercenaires bien implantés à Hollywood), Tamahori relève le flambeau avec son énergie juvénile habituelle.
Episode des 50 ans de la saga, “Die Another Day” ce doit d’être un feu d’artifices de références et de déférences à cette dernière.

Là où le style de Lee Tamahori correspond parfaitement à un épisode de la saga James Bond, c’est que le réalisateur entretient un point commun très important avec le personnage créé par Ian Fleming, son immaturité. (Un point que partage, par ailleurs, beaucoup des amateurs de la saga).
Ce qui caractérise le personnage de Bond, c’est entre autres un aspect “sale gosse” irrévérencieux mais génial. Un genre d’adolescent troublé mais talentueux. Pour mettre en image cet aspect du personnage, un réalisateur se doit d’être à la fois un technicien accompli, mais également de rester un grand enfant qui s’amuse avec l’héritage de la série.
Ainsi, le film débute par une destruction de l’image du héros avant de lui redonner ses attributs et de le lancer dans l’aventure. Comme un enfant casse ses jouets afin de mieux les reconstruire plus tard.
Tout au long du film, les excès s’accumulent. Parfois pour le meilleur, comme cette sensationnelle scènes de combat à l’épée entre Pierce Brosnan et Toby Stephens dans le hall du Reform Club de Londres. Le film propose une des scènes de sexe les plus frontales de la série entre le personnage de Bond et celui de Jinx incarnée par l’alors récemment oscarisée Halle Berry.
Adolescent, on vous dit.

Malheureusement, c’est également cette envie d’excès qui va engendrer les limites les plus décriées du film. On se souvient tous bien évidemment de cette scène quasi expérimentale de Bond surfant sur un tsunami en 3D.
La série nous avait pourtant habitués à accepter des idées scénaristiques risquées, mais la faiblesse des effets spéciaux achève de détruire la suspension de crédibilité du spectateur.
A l’arrivée, malgré sa bonne volonté et une énergie qui manquait à l’épisode précédent, “Die Another Day” sera boudé par les fans qui regrettent une série partant trop dans le fantastique. Les mêmes fans qui avaient fait un succès de la scène de combat spatial de “Moonraker”, mais l’histoire de la saga est aussi construite sur ce genre de paradoxe.
La suite de la carrière de Lee Tamahori alternera entre science-fiction et films d’action avec plus ou moins de succès : “xXx 2 – The Next Level” en 2004 “Next” avec Nicolas Cage en 2007, “The Devil’s Double” en 2011.
Devant ce manque de succès, et peut-être un manque de propositions intéressantes, Tamahori retournera en Nouvelle-Zélande pour y terminer sa carrière avec des films plus personnels : “The Patriarch” en 2016 et “The Convert” en 2023.

La participation de Lee Tamahori à la saga James Bond nous rappelle qu’avant de faire la chasse aux auteurs avec des styles très identifiables comme Nolan, Villeneuve, Mendes ou Boyle, la saga était portée par des réalisateurs mercenaires. Des artisans efficaces et compétents mais étant suffisamment malléables pour s’adapter aux besoins des studios. Et de l’énergie de ces fameux mercenaires, dépendait le pouvoir de fascination des films.
Un réalisateur comme Tamahori, même s’il devait parfois travailler sur un matériau sensible, avait, à défaut d’un talent explosif, suffisamment de cette joie et de cette innocence juvénile pour porter un film comme “Die Another Day”. Le film semble être aujourd’hui revu à la hausse par rapport à sa sortie et est peu- être la preuve que le cinéma populaire a toujours besoin des ces femmes et hommes opportunistes, talentueux et rêveurs.





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