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James Bond et le Fantastique

Octobre, c’est le mois des monstres, le mois de l’automne, le mois de l’effroi, bref, le mois d’Halloween.
Il pourrait sembler risqué de tenter un rapprochement entre les aventures de l’agent 007 et l’univers du fantastique, mais c’est pourtant ce que cet article se propose de faire sans peur et sans reproche.

(Attention, cet article peut contenir quelques traces de Spoilers)

Les Romans : James Bond et l’aventure fantastique

Du fantastique il ne sera point question dans le premier roman écrit par Ian Fleming il y a 70 ans. En effet, les inspirations pour « Casino Royale » viennent davantage du roman noir américain de Raymond Chandler et de Dashiel Hammett, d’où le ton plus sombre et dramatique qui marque cette première aventure.

L’ambiance va changer radicalement dès le livre suivant. « Vivre et Laisser Mourir » voit notre espion mener son enquête entre la Floride et les Caraïbes. Une enquête qui, pour rappel, implique le trésor perdu du pirate Henry Morgan (toute ressemblance avec le scénario de « Uncharted 4 » est… absolument volontaire) et se termine par une plongée cauchemardesque dans un océan peuplé de requins et de barracudas.

La cauchemardesque scène de plongée vers l’ile de Mr. Big.

Cette inoubliable et longue scène de tension est l’exemple parfait de l’utilisation du fantastique chez Fleming. L’auteur va utiliser la torture ou des exploits physiques dont le but est de tester la volonté de l’agent secret. Le mélange de douleur et de stress vont alors provoquer chez Bond des détachements de la réalité propices à de cauchemardesques visions ou des rappels d’évènements traumatiques. On se rappelle notamment des souvenirs de Vesper qui reviennent à notre agent secret après avoir été empoisonné dans « Goldfinger ».

Mais le roman qui embrasse le plus concrètement le fantastique est évidement « Dr. No ». Publié en 1958 et plus ou moins officiellement pensé comme une brochure touristique pour la Jamaïque, le roman de Fleming mêle une histoire de chevalerie classique : un méchant sorcier isolé sur son île/château, une princesse à délivrer et même un dragon, à une histoire fantasmagorique d’exploitation de guano cachant une base de sabotage de missiles américains.
Tout un programme.

Tout ceci pourrait rester de l’ordre de l’improbable mais possible, même l’invraisemblable histoire du coeur du docteur No. Mais le roman fait un pas de plus vers le fantastique quand James Bond doit affronter, à la fin d’une série d’épreuves insoutenables infligées par le terrible docteur… une pieuvre géante. Difficile de ne pas penser au romans de William H. Hodgson et ses effrayantes aventures maritimes.

Ian Fleming ne cache plus son amour pour les romans d’aventures fantastiques.

Plutôt que d’aller frontalement dans le fantastique, Fleming l’utilise comme un décrochage de la réalité. Il ancre ainsi ses histoires dans une réalité autre, à la fois proche de nous mais légèrement différente. La notion d’inquiétante étrangeté n’est jamais loin.

L’auteur ré-utilisera l’imagerie chevaleresque pour le roman de 1964, « On Ne Vit Que Deux Fois ». Ici un chateau fort gardé par un chevalier noir est entouré par un jardin de plantes empoisonnées qui rendent fous tous les courageux qui auraient l’audace de s’en approcher. Ce sera encore l’occasion pour Fleming de mettre son héros à l’épreuve.
Ecrit dans une période plus difficile pour l’auteur, le roman possède un ton plus désespéré que par le passé. « On Ne Vit Que Deux Fois », qui est à la base une quête de rédemption pour Bond, propose une ambiance proche du conte de fées pour adulte. Le roman est violent et la fin, par sa poésie noire, détache le livre du réalisme de l’espionnage classique.
John Le Carré semble bien loin.

Voyage au Japon en mode « brochette-fromage » pour Ian Fleming.

Dans la longue liste des continuateurs de la saga Bond en littérature, nous devons évidement citer le premier tome de la série sur la jeunesse de James Bond par Charlie Higson. L’auteur déploie en effet tout un arsenal gothique surprenant avec son chateau hanté perdu dans la lande écossaise, son scientifique fou et même des créatures mutantes. Une manière pour Higson d’affirmer dès le départ que l’univers du futur 007 sera toujours plus étrange que le nôtre ?

Les Films : La création du Spy-Fi

Dans les films adaptés des romans Bond, le fantastique est souvent balayé du récit. Dès 1962 et la sortie de « James Bond contre Dr. No », la scène de l’attaque de la pieuvre géante est jetée aux oubliettes. On aurait en effet difficilement pu envisager une telle scène dans un film au budget d’un petit million de dollars. On rappelle que 10 ans plus tôt, Richard Fleischer a eu besoin de 5 millions pour réaliser son inoubliable « 20.000 Lieux Sous les Mers ». La scène aurait de plus, dénoté avec le réalisme du film.

Le ton est donc donné pour les aventures de Bond au cinéma. De l’espionnage, de l’aventure et de l’action avant tout. Pourtant, un autre sous-genre du fantastique va naître avec la saga James Bond.

Non, non, ce n’est pas Blofeld…

Sans réel équivalent en langue française, le genre du Spy-Fi possède encore aujourd’hui des contours assez flou. Ce qui est certain c’est qu’avec la scène d’ouverture de « On Ne Vit Que Deux Fois », le réalisateur Lewis Gilbert utilise l’arsenal de la science-fiction pour poser les enjeux du récit.
Les principaux éléments du genre Spy-Fi sont dans cette scène. L’espionnage est au service d’un récit aux accents futuristes et les actions dépeignent une vision fantasmée de nos réalités scientifiques. Les autres représentants du genre sont : « Mission Impossible », « Austin Powers », « Chapeau Melon et Bottes de Cuirs » ou encore « Des Agents très Spéciaux ».

Suite à cela, la saga au cinéma ne cessera jamais d’utiliser les armes de la science-fiction pour justifier les incroyables aventures de 007. De « Les Diamants Sont Eternels » à « Moonraker », de « L’espion qui m’aimait » à « Meurs un Autre Jour », l’agent secret de sa majesté doit se battre contre des scientifiques fous qui utilisent la technologie pour conquérir: le monde, les océans, ou peut-être même l’univers .

La saga part faire la guerre… dans les étoiles.

On notera tout de même que, à chaque fois que la saga semblait aller trop loin dans ses enjeux, le film suivant avait la charge de redescendre sur terre. Après « Moonraker », les producteurs choisissent pour « Rien Que Pour Vos Yeux » de revenir au film d’action plus classique. Après les excès de « Meurs un Autre Jour », la saga se transforme avec le début de l’ère Daniel Craig et son orientation plus sombre et réaliste.

Il reste tout de même deux films qui vont embrasser le fantastique et l’arsenal horrifique à bras le corps :

Atmosphère ! Atmosphère ! Est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ?

Premièrement « 007 Spectre »: La quatrième aventure de Daniel Craig dans le rôle de James Bond possède un ton à part dans la saga. La quête de vengeance et de salvation de l’agent secret passe par une introspection plus profonde. Le film s’ouvre sur l’incroyable plan-séquence de la fête des morts à Mexico. L’idée étant de nous montrer que, par leur présence à nos cotés, les morts vivent avec nous. Une belle idée gothique qui sera également utilisée pour le film suivant du réalisateur « 1917 ».

Cette volonté de créer des ambiances nébuleuses, noires et oniriques reste le principal intérêt d’un film que beaucoup ont relégué au rang d’épisode fade de la saga. Bien que pétri de défauts, dont une fin particulièrement gênante, le film propose tout de même une atmosphère saisissante et qui participe à la pluralité de cette saga cinématographique qui ne ressemble, décidément à aucune autre.

James Bond et la Blaxploitation… accrochez-vous.

Nous ne pouvions pas terminer cet article sur le rapport entre James Bond et le fantastique sans parler du cas le plus évident de la saga.

« Vivre et Laisser Mourir », sorti en 1973 s’ancre dans la mouvance de la Blaxploitation. Ce sous-genre du film d’exploitation américain mettait principalement en scène des personnages afro-américains. Fort d’un nouvel acteur pour le rôle de James Bond en la personne de Roger Moore, les producteurs de la saga tentent de surfer sur les succès de l’époque que sont « Shaft » de Gordon Parks.

Comment cela se résume-t-il à l’écran ? Tout d’abord par un amalgame bien ancré dans son époque de la banlieue de Harlem (à une époque où New York n’avait rien à voir avec la ville d’aujourd’hui) et le mythe du vaudou haïtien. Si un tel raccourci peut faire grimacer aujourd’hui, force est de constater que ce mélange donne au film sa principale qualité, il va à fond dans l’exploitation pulp du folklore qu’il aborde.

D’une cérémonie vaudou délicieusement kitsch à la présence fantomatique de l’étrange Baron Samedi, le film multiplie les écarts fantastiques pour mieux assoir son ambiance surnaturelle et se paie même le luxe de se clore sur l’image d’un Baron Samedi hilare revenu d’entre les morts.

Pour conclure, la saga James Bond, romans comme films, s’inscrit-elle dans le genre du fantastique ?

Bien entendu à cette question, la réponse est non. Pas plus qu’elle n’appartient au genre de l’espionnage d’ailleurs. La série créée par Ian Fleming ne se rapproche pas plus des ambiances gothiques d’Edgar Allan Poe que des bureaucrates froids et calculateurs de John Le Carré.

La saga James Bond appartient au genre de l’action/aventure. Genre protéiforme qui lui permet une multitude d’inspirations et d’emprunts. Il n’est donc pas étonnant que, pour une saga dont l’ambition ultime a toujours été de faire frissonner son public, le fantastique soit un genre de choix dans lequel aller piocher.

James Bond contre Dracula
James Bond contre Dracula

Merci à Pauline Giolland pour la relecture et la correction.

Paul Darbot

Si vous n'êtes pas intéressé par le sujet, il est probable que ce soit l'une des passions de Paul. Passionné de musique, de cinéma et de l'univers de James Bond, il pourrait vous en parler pendant des heures. Donc, si vous décidez d'aborder ce sujet avec lui, faites-le en connaissance de cause ! Vous pouvez écouter ses compositions musicales sur son site web : https://pauldarbot.com

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