Albert Finney, et les seconds rôles marquants de la période Craig

Le décès de Albert Finney ce 8 février 2019 donne l’occasion de revenir sur une des richesses des derniers films de James Bond : la qualité de ses seconds rôles.

Bien qu’il ne soit apparu à l’écran qu’une vingtaine de minute dans Skyfall, l’annonce de la mort d’Albert Finney, alias Kincade, m’a beaucoup attristée. Les annonces de personnes ayant participé à des James Bond qui nous quittent sont évidemment de plus en plus fréquentes (derniers en date, Michel Legrand), mais en tant que passionné de 007, on s’attache à certains visages plus que d’autres dans la grande galerie des personnages de James Bond.

Les 24 films de James Bond (25 avec Jamais plus Jamais) ne sont pourtant pas des films comme Marvel, où certains personnages reviennent et évoluent au fur et à mesure des épisodes. Alors au milieu de ces aventures qui sont surtout là pour donner l’occasion à James Bond de courir sur des toits, s’enchainer des vodkas martinis et des Bond girls, et provoquer des explosions, comment se fait-il que certains personnages restent dans notre cœur ?

Soyons honnêtes ! Dans les missions de l’agent 007, les visages qui entourent Bond se résument à 4 catégories avec des fonctions bien définies : 1/ le méchant tire les ficelles dans l’ombre jusqu’à ce que Bond fasse exploser son repère, 2/ les Bond Girls font des étincelles avec James jusqu’à ce qu’il ne les allume dans son lit, 3/ les alliés donnent ses sous-missions à 007 avant de se faire tuer par 4/ les seconds couteaux qui attendent à leur tour une mort atroce des mains de l’espion. On ne demande en fin de compte pas grand chose à ces personnages, en dehors d’être charismatiques, sexys, drôles ou inquiétants, et d’offrir au James Bond en titre l’occasion de briller par son courage, son charme, son humour ou son astuce. Il arrive pourtant des fois où ces personnages dépassent leur fonction, et voila le secret : ils peuvent exister sans Bond.

Les seconds rôles qui restent

La période Craig a été particulièrement riche en personnages secondaires qui sortent de leur fonction de base. Sur le papier, des personnages comme Mr. White, Mathis ou Kincade auraient très bien pu disparaitre du scénario sans que cela ne pose de gros problèmes à l’histoire. Dans le premier Casino Royale de 1954, Valérie Mathis cumulait à elle seule les rôles de Vesper Lynd et René Mathis. Le final de Skyfall aurait très bien pu se faire avec seuls Bond et M faisant face à l’armada de mercenaires de Silva. N’importe quel gus en costard aurait pu remplacer les furtives apparitions de Mr. White à la manière des Patrice, Mitchell, Slate et autres Sciarra totalement interchangeables.

Mais ces personnages restent dans nos mémoires. Pourquoi ? Parce qu’ils ne se définissent pas que par rapport à Bond : on sent dès le premier contact que Kincade n’a pas attendu Bond pour exister. Il n’est pas impressionné par Bond, accorde autant d’importance à M qu’à l’agent secret, et sait très bien se débrouiller tout seul face à des tueurs à gage expérimentés. Mathis est également un personnage dans son élément. On sent tout de suite que Bond ne serait jamais capable de tirer les ficelles comme Mathis qui élimine d’un coup de portable le chef de la police, ou fait disparaitre des corps encombrants. Et c’est avant Quantum of Solace où l’on voit qu’il a eu une vie après 007 (avec sa compagne), et avant (avec ses aventures en Amérique latine). Cotés méchants, le chef de guerre Ougandais Obanno dans Casino Royale reste particulièrement dans ma mémoire : ce n’est pas un homme de main que l’on a envoyé récupérer la tête de Bond. C’est un guerrier qui vient régler ses comptes avec Le Chiffre, et Bond est simplement un mouchard encombrant qu’il réussit presque à écraser dans le couloir de l’hôtel.

On doit bien évidemment cela aux acteurs qui font briller ces personnages subalternes, mais il faut quand même une intelligence pour écrire ces rôles. Dans le monde des blockbusters, les caméros d’acteurs renommés font rarement des vagues et n’ont pas vraiment le droit à un temps d’écran correct. Les derniers James Bond ont le mérite de prendre du temps pour définir, donner du caractère et rendre intéressant ces figures de l’ombre. La plus grande réussite de ce point de vue est Mr. White. Sans rencontrer 007 dans Casino Royale, Jesper Christensen fait de cet entremetteur inquiétant une vraie force menaçante, un SPECTRE qui ne dit pas son nom. Dans Quantum of Solace, il arrive à être un des rares personnages qui échappent à Bond déjouent ses ruses. 007 SPECTRE va même plus loin en donnant un tête à tête magnifique entre lui et Bond, une famille, et des remords à White. Par comparaison, Madeleine Swann est une Bond girl assez transparente, et la vengeance de Blofeld-Demi-Frère-Jaloux-De-Bond donne envie de s’arracher les cheveux jusqu’à être aussi chauve que Dr. Denfer ou Mr. Bigglesworth.

Finissons cette galerie de personnage avec un autre second rôle qui pour moi reste un des plus signifiants de ces dernières années : celui de Camille dans Quantum of Solace. La où la plupart des Bond Girls perdent de leur intérêt deux ou trois scènes après leur premier contact avec Bond, Camille reste un personnage fort, avec ses motivations, et sans avoir besoin de Bond jusqu’à la fin du film. Quand Bond retrouve Camille dans l’hôtel en feu, elle ne demande pas à être sauvée mais juste à mourir sans souffrance. Et quand ils échappent aux flammes, on la voit partir vers un futur qui n’a pas besoin de passer par Bond dans son lit. A coté de cela, des figures prometteuses comme Fields, Severine ou Lucia Sciarra ne font que perpétuer les clichés de James Bond où les girls sont des jolies figures que Bond cueille et qu’on oublie rapidement.

Bravo donc, aux scénaristes et réalisateurs qui ont su donner le temps à leurs acteurs de faire briller des personnages, sans pour autant faire de l’ombre à Bond.

La famille MI6

Une autre nouveauté de ces dernières années est la façon dont la franchise a réinventé le staff du MI6. Faut-il casser une formule qui fonctionne bien ? La réponse est oui si ça permet de s’attacher encore plus aux visages qui suivent.

La, l’exemple a été donné par Mission Impossible. En 1996, Brian de Palma fait littéralement exploser l’équipe de Mission Impossible, et transforme le seul personnage de la série TV en vilain. Tout au long des 6 films qui suivent, Ethan Hunt va constituer une nouvelle équipe de seconds rôles qui deviennent, au fil des épisodes, une famille. On vient maintenant voir Mission Impossible autant pour les cabrioles de Tom Cruise que pour les répliques cyniques de Luther, l’humour de Benji, le professionnalisme de Brandt ou la complicité de Ilsa Faust.

Sam Mendes a eu l’intelligence de faire de même dans Skyfall : il a sorti Moneypenny de son bureau pour en faire une femme de terrain complexée d’avoir tiré sur 007, Mallory ne devient M qu’en essuyant des assauts communs et en gagnant la confiance de Bond, Q est maintenant une présence dans les missions de Bond qui ne se limite pas qu’à fournir des gadgets. La plus grande réussite de Mendes n’aura d’ailleurs pas été de remettre Bond d’aplomb, mais d’avoir transformé la M de Judi Dench en Bond Lady à part entière.

J’attends pour ma part encore que Bond 25 marque le pas en permettant à Bill Tanner de sortir de sa discrétion.

Et après ?

Évidemment, on n’a pas attendu Casino Royale pour avoir des personnages marquants : Q était déjà sur le terrain dans Permis de Tuer, Tracy et Aki étaient déjà des femmes fortes qui pouvaient vivre sans Bond. On a aussi eu des alliés comme Draco, Pushkin, Tanaka ou Zukovski qui ne sont pas au garde à vous de 007. Mais je suis convaincu que si les James Bond sont encore des films que l’on attend avec enthousiasme et curiosité, c’est tout autant grâce au charisme de Bond que grâce à son monde peuplé d’agents rusés, de femmes déterminées et de méchants sinistres, qui n’attendent pas que Bond soit présents pour rendre le monde plus excitant !

Vous êtes encore là ? Dans ce cas, je ne peux que vous encourager à aller faire un tour sur l’encyclopédie des personnages que nous avons fait pour le Club James Bond France.

Ytterbium

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Webmaster de Commander007.net Ne reculant devant aucun monologue, aucune traduction et aucun codage de site internet, l'Ytterbium ne vit que pour le plaisir de parler de Jamesbonderies... entre autres !

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