Edito : Pourquoi James Bond mérite mieux que #JaneBond

Et les rumeurs continuent. 7 mois après la sortie de 007 SPECTRE, la toile, les journaux, les tabloids semblent incapables de parler d’autre chose que du prochain acteur à devenir Bond.

un fan art fait à l'arrache (notez la balance des noirs) à l'origine du buzz
Le fan art à l’origine du buzz

Bond devrait être noir, Bond devrait être une femme, Bond devrait être ces derniers acteurs anglais entre 30 et 40 ans qui ont montré qu’ils savaient porter un smoking dans un film ou une série… Gilian Anderson, Tom Hiddelston, Jamie Bell, Idris Elba (toujours lui), Aidan Turner, Emilia Clarke… la valse des noms se poursuit comme autant de pièges à clic.

Et tout le monde y va de son avis : tops, classements, paris. Questions posées à toute star du moment… Et puis les éternels affrontements entre bondistes conservateurs et bondistes progressistes, avec des arguments plus ou moins sexistes ou racistes des deux cotés.

On l’avait déjà dit précédemment, il est exaspérant de voir toute cette énergie gaspillée autour de rumeurs sans aucun fondement. Malgré les démentis de la BBC face aux bruits de couloirs basés sur du vent, et même les déclarations de Sam Mendes comme quoi le choix du prochain Bond n’appartient aucunement à la twittosphère, rien ne semble arrêter la fureur d’un #NextBond aussi fictif qu’inutile, mais qui pourtant occupe toute la place de nos écrans d’ordinateurs et de smartphones.

Le pouvoir de Twitter est une chose formidable, avec sa capacité incomparable de transformer une remarque légère en couverture de tous les journaux.
Catherine Shoard – the Guardian

Tout cela est, au final, du grand n’importe quoi qu’on pourrait laisser filer, dans la poubelle à tabloïds. Après tout, les producteurs ont mieux à faire que lire ces rumeurs, et ont affronté de pires campagnes lors de l’annonce de Daniel Craig comme nouveau James Bond en 2006.

Bond

Tout cela serait futile si James Bond ne méritait pas mieux !

D’abord pour Daniel Craig, un acteur impeccable qui s’est investi à 100% dans le rôle et la production des films, comme aucun interprète de Bond auparavant, et a eu les épaules pour porter sa vision du personnage, malgré les réactions contrastées du public. Alors que l’acteur goûte un repos bien mérité de 007 en préparant une adaptation de Shakespeare à Broadway, et alors qu’aucune source fiable n’indique son départ, ne pourrait-on pas donner plus d’importance à l’acteur en titre ?

Après tout, même sans nouveau film à l’horizon, pourquoi ne parlerait-on pas de ce que Mr. Craig a apporté à la franchise ? De ce que ces dix dernières années et ces quatre derniers Bond disent de l’évolution de 007 ? Que ce soit SPECTRE, Mission Impossible, The Night Manager ou Kingsman, le monde de l’espionnage au cinéma s’agite ! Entre les codes bondiens que l’on retrouve partout, et les nouveaux enjeux de thriller, voila qui pourrait alimenter des discussions intéressantes sur notre agent secret favoris !

CraigisBond

Ensuite parce que Bond mérite mieux que les débats autour de la couleur de peau ou le sexe de son interprète. Ce qu’on avait dit à propos de Idris Elba s’applique aussi au nouveau sujet tendance sur #JaneBond : Le problème du cinéma actuel n’est pas ces héros cinquantenaires mâles, blancs et hétéros, mais le manque de héros de couleur et d’héroïnes dignes de ce nom dans les blockbusters d’aujourd’hui. Les films méritent de nouveaux types de personnages auxquels on a envie de s’identifier, plutôt que des personnages recyclés par un changement de sexe ou de couleur. Certains films comme Elle de Paul Verhoeven ou Haywire de Steven Soderbergh montrent le bon exemple.

Et puisque l’on parle de cela, pourquoi, plutôt que de vouloir un Bond si politiquement correct qu’on ne le reconnaitra plus, ne pas appliquer ces codes aux autres rôles de la franchise ? Pourquoi ne pas varier la galerie des personnages habituels gravitant autour de Bond ?

Ne devrait-on pas réfléchir à de nouvelles héroines plutôt que de mettre de vieux héros dans des robes ?

Catherine Shoard – the Guardian

Et, surprise, Bond est déjà largement en avance sur ce sujet ! Miss Moneypenny est un personnage fort, rusé et indépendant au lieu d’être une secrétaire sagement dans son bureau. Judi Dench est devenue dans Skyfall la première James Bond Girl âgée de plus de 70 ans autour de qui gravite tout le film. Nous avons eu aussi des méchantes intrigantes et vulnérables comme Séverine, ou intrigantes et détestables comme le personnage trop vite passé de Helen McCrory dans Skyfall.

De ce point de vue, SPECTRE ressemblerait presque à un pas en arrière, entre un Blofeld européen complotant de loin comme il l’a toujours fait, une Madeleine Swann qui n’arrive pas à être plus qu’une demoiselle en détresse, ou une Lucia Sciarra trop vite évacuée de l’intrigue malgré sa personnalité intéresante.

Vous voulez du changement avec James Bond ? On peut donc aller plus loin, mais ce n’est pas avec 007 lui même que le changement devrait arriver :

Pourquoi ne pas donner un rôle plus important et plus complexe aux personnages habituels ? Je sens que Daniel Craig a encore des choses à nous montrer, et que l’on peut encore traquer le Bond actuel, et le pousser dans ses retranchements.

Pourquoi ne pas donner un rôle de méchant à une femme forte, ou à un acteur noir, sans avoir peur de se faire accuser de racisme ou de sexisme, sans autre critère que le mérite de l’acteur ou de l’actrice ? Cela nous changerait d’un énième méchant caucasien complotant derrière une organisation.

Pour que le genre de Bond survive, le SPECTRE devrait être ouvertement présenté comme une élite globale exploitant la misère du monde.  Bond pourrait permettre de se battre contre les magnats de la finance ou les directeurs de compagnie volant les ressources financières de notre monde.

Paul Mason – the Guardian

HughLaurie
Hugh Laurie plus prometteur que Tom Hiddelston ?

Et enfin, pourquoi ne pas donner plus de complexité aux ennemis que Bond doit affronter ? Plutôt que de faire réapparaître des méchants emblématiques, des vilains comme Richard Roper (le personnage interprété par Hugh Laurie dans The Night Manager) nous montrent de quoi serait capable un méchant de type nouveau.

Donc terminons cette tribune ! James Bond mérite mieux que les discussions sans buts sur la nouvelle star que l’on rêve de voir en smoking. Le monde de 007 a encore beaucoup de choses à nous offrir. Pourquoi ne pas s’intéresser à cela ?

Et vous ? Que voudriez vous pour le futur de 007 ?

Ytterbium

Ytterbium

Webmaster de Commander007.net Ne reculant devant aucun monologue, aucune traduction et aucun codage de site internet, l'Ytterbium ne vit que pour le plaisir de parler de Jamesbonderies... entre autres !

7 pensées sur “Edito : Pourquoi James Bond mérite mieux que #JaneBond

  • 31 mai 2016 à 19 h 11 min
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    Ce que dit Paul Mason a propos de ce que devrait être le spectre est quand même la description quasi-exacte de Quantum!

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  • Ytterbium
    31 mai 2016 à 22 h 21 min
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    C’est ce qu’il disait dans son article où il voudrait voir un Bond plus politisé. Il explique que Quantum of Solace était parti sur la bonne voie en montrant un Spectre plus en rapport avec son époque, mais que après avoir récupéré les droits, les producteurs étaient revenus à la simplicité en faisant de Quantum une sous branche de Spectre, et le Spectre lui même était passé à coté du potentiel altermondialiste et critique de Quantum pour revenir en terrain connu.
    Ca vaut le coup de le lire:
    http://www.theguardian.com/commentisfree/2016/may/30/james-bond-007-relevant-donald-trump-oligarchs

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    • 1 juin 2016 à 15 h 06 min
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      Article intéressant et juste dans son ensemble. Quelques remarques tout de même car certaines choses peuvent être précisées.
      Bond est politisé depuis longtemps. Quantum et Casino Royale ne faisant qu’enfoncer le clou. Le passage de Mendes, Skyfall inclus, a doucement de nouveau dépolitisé Bond. C’est ce qui donne ce sentiment de retour en arrière au grand public. Peut-être est-ce un processus inconscient.
      En devenant une femme la symbolique sexuelle et ésotérique de Bond est cassée. En devenant autre chose que caucasien, c’est à dire britannique et blanc, la symbolique historique et sociologique est casée. Les arguments des uns et des autres ne sont généralement pas racistes ou quoi que ce soit d’autre. Ce sont justes des arguments, fréquemment valables et émis par des connaisseurs et des fans. L’étiquetage de ces arguments devraient cesser pour pouvoir avoir un débat serein, plus objectif et donc plus intéressant.

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      • Ytterbium
        1 juin 2016 à 15 h 47 min
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        Je suis d’accord avec toi.

        Les discussions sur le genre ou la couleur de peau de Bond ne sont pas racistes ou sexistes en soi, et comme tu le dis, ça amène à réfléchir sur la valeur symbolique de ce que représente Bond. mais bien souvent, quand la discussion et le débat s’engage, ça retombe souvent vite autour d’arguments vaguement racistes ou sexistes, d’un coté comme de l’autre.

        Plus généralement, ce qui me dérange, c’est que même si ces changements pourraient être intéressants sur la symbolique de Bond, sa place dans le cinéma, etc, les discussions n’arrivent en général jamais à ce niveau de profondeur, et on se retrouve simplement avec des listes de choix de casting plus ou moins intéressants qui ne décollent pas.

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        • 27 juillet 2016 à 11 h 58 min
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          Techniquement, une méchante forte et un méchant noir…on en trouve déjà dans James Bond.
          Elektra King (Sophie Marceau, Le Monde ne suffit pas) et Kananga/M.Big (Yaphet Kotto, Vivre et laisser mourir)

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  • 14 septembre 2017 à 18 h 32 min
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    Perso je suis de la team #Bondblanc mais je trouve ton analyse intelligente et constructive

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  • 9 avril 2019 à 15 h 04 min
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    Totalement d’accord avec cet article, à quelques détails près …

    D’abord, comme le rappelle JB, Elektra King et Kananga/Mr Big constituent des méchants autre que masculins et caucasiens. Le méchant masculin et caucasien n’a de sempiternel que ses 15 volets contre 9 volets disposant de méchants principaux qui ne correspondent pas à ces critères (Dr No est un métisse germano-japonais, Moon et Zao sont coréens, Sanchez est mexicain, Kamal Kahn est indien, etc…). Intéressons-nous aux réels méchants sous-représentés, les transhumanistes: Karl Stromberg et ses mains palmées, Max Zorin génétiquement créé et Gustav Graves génétiquement modifié.

    Ensuite, Bond se serait politisé avec Casino Royale- Quantum puis dépolitisé avec Mendès. C’est vrai, mais parler d’un retour aux classiques quand on parle de dépolitisation, c’est quand même un scandale !
    Dr No = crise des missiles de Cuba, conquête spatiale;
    FRWL = guerre froide, course à l’armement et à la technologie;
    Goldfinger = danger oriental, bombe nucléaire, radioactivité, spéculations boursières, avancées du laser;
    Opération Tonnerre = péril nucléaire, guerre nucléaire;
    YOLT= conquête spatiale, guerre froide;
    OHMSS = bombe sale, grippe de l’époque semblable à notre récent H5N1;
    DAF = conquête spatiale, Howard Hugues, les avancées du laser;
    LALD = les dérives du marché de la drogue;
    TMWTGG= la quête d’une énergie stable / visionnaire: l’énergie solaire;
    TSWLM= guerre froide et détente, guerre nucléaire;
    Moonraker: conquête spatiale / tourné vers la géopolitique passée: Hitler et le nazisme / visionnaire: le transhumanisme;
    FYEO= la guerre froide, la course à la technologie, la situation grecque en pleine guerre froide, le sport comme lieu de représentation de la guerre froide (cf. aussi Rocky IV sur ce thème);
    Octopussy= guerre froide et situation de Cuba, le désarmement total, la détente, les trafics d’oeuvres d’art, la situation orientale dans la guerre froide (mieux traitée dans Tuer n’est pas jouer);
    AVTAK= guerre froide, les conséquences de l’embauche des scientifiques nazis par l’URSS,la modernité technologique et son impact politique;
    LD= Maghreb et guerre froide (les origines du 11 septembre par des gens du temps pas encore conscients de la chose), la neutralité intéressée des producteurs et vendeurs d’armes (cf. aussi Lord of War et Les Derniers Jedi sur ce thème);
    LTK= les barons de la drogue et l’omerta des républiques bananières d’Amérique du Sud;
    Goldeneye= tourné vers le passé: les cosaques de Lienz, le bilan de l’URSS / tourné vers l’avenir: le tout numérique
    TND= visionnaire: le tout numérique, la société de l’information, la 3e révolution industrielle (D Castells), Assange/Snowden
    TWINE = la marée noire dans le Bosphore et ses en jeux politique, l’économie du pétrole, la haute finance
    DAD = la situation coréenne, survivance de la guerre froide, les dérives de la science génétique, la veste caméléon chinoise adaptée à la carrosserie d’une voiture (= les avancées orientales en matière de technologie)
    CR= le terrorisme et l’influence de la politique (voire l’exploitation du terrorisme par le politique), les dictatures africaines [déjà moins politisé que le roman adapté]
    QOS= la situation bolivienne, les grandes firmes internationales et la Haute Finance, les républiques bananières d’Amérique du Sud, le machiavélisme des Nord avec le terrorisme, la dictature et les financiers à des fins économiques et politiques
    Et depuis, Snowden-Assange en vague toile de fond …
    C’est donc bien Mendès et Mendès seul qui a dépolitisé James Bond. Ou du moins ses scénaristes, les pusillanimes Wade&Purvis et l’éthéré Logan.

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