Louis Jourdan : un ennemi princier

Louis Jourdan aurait pu être un des grands méchants de la saga James Bond.

Cela n’a pas eu lieu, et c’est bien dommage. Alors que l’on a appris samedi 14 février son décès, c’est l’image d’un méchant souriant et décontracté qui se rappelle à nous, en même temps que son autre célèbe apparition dans le très amusant Gigi.

Pourquoi ces deux films ? Sans doute parce que ce sont ceux qui repassent le plus facilement à la télé : le dandy las en mal d’amour dans le film de Vincente Minelli, et le rôle de méchant de service dans un Bond égal à tous les autres de l’époque Roger Moore.

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“Une espèce rare qui aura bientôt totalement disparue”

J’aurais voulu que Louis Jourdan reste dans les mémoires comme un méchant à la hauteur de son talent. Il avait fait ses débuts chez Hitchcock et Charles Vidor, il était était très cultivé, il a partagé l’écran avec les stars hollywoodiennes les plus éclatantes de son époque sans qu’elle lui fasse de l’ombre. Au moment de l’après-guerre, il était un de ces rares français qui arrivaient à parler un anglais parfait avec une touche d’accent français suffisante pour donner une touche d’exotisme sexy.

Avec Maurice Chevalier, on lui doit sans doute d’avoir créé ce personnage du Français élégant, raffiné, légèrement snob et qui fait tomber les demoiselles sans le chercher. Louis Jourdan, malgré sa longue filmographie qui s’est diversifiée par la suite vers de nombreux autres genres, incarnait cette époque du Grand Technicolor, avec ses couleurs criardes, sa joie de vivre et ses grandes romances.

10390580C’est sans doute cela qui a amené la production en 1983 à engager Louis Jourdan, alors qu’il était dans la soixantaine, pour apporter un peu de cette époque à la nouvelle aventure de James Bond. Alors que Bond se battait contre de vils truands depuis plusieurs films, son méchant aurait été à la fois parfaitement suave, et totalement exotique. Après des méchants qui rêvent de dominer le monde, on nous offrait un méchant qui était déjà prince (en exil), et répondant simplement à l’appat du gain.

Le décors était posé pour peindre un ennemi haut en couleur dans un décors surdimensionné. Cela ne fonctionne hélas pas.

La faute sans doute à la “méthode Moore”. Faire un James Bond est à l’époque un processus rodé. La production aligne les moyens, s’embarque pour un endroit exotique, et pendant que l’équipe des scènes d’actions filme les cascades qui crèveront l’écran, ‘Cubby’ Broccoli et Roger Moore vont jouer au Badgammon. Peu importe le fait qu’un scénariste spécialiste de l’Inde ait été engagé : on est entre amis, et on improvisera les dialogues autour d’un bon repas.

Cela s’en ressent. Que ce soit Roger Moore ou Louis Jourdan, on sent que les deux sont en roue libre, avec des rôles types pour lesquels on ne leur a pas vraiment dit quoi faire. Alors ils font de leur mieux pour faire ce qu’ils savent faire de mieux : rivaliser d’élégance et de courtoisie.

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Désolé, mais un méchant ne devrait pas se confondre avec le paysage.

Le problème est que pendant qu’on mettait en scène ces parties de campagnes exotiques, on oubliait les autres éléments qui font un grand méchant : la démonstration de sa menace et de sa puissance. Les scènes clés des méchants dans les James Bond sont : 1/ la présentation du méchant au sommet de son empire (dans son château, son île, sa résidence), où il montre qui est le patron ; 2/ La confrontation finale avec Bond.

Alors qu’il est censé gouverner un palais, on ne lui donne aucun sous-fifre à exécuter. Alors qu’il annonce à Bond une torture digne de ce nom, la caméra s’attarde sur le gag de la tête de veau sans que les dialogues ne viennent réveiller le spectateur. La chasse à l’homme qui aurait du être un grand moment du film, modernisant les chasses du Comte Zaroff ne fait peur à aucun moment. Sorti au même moment, Indiana Jones et le Temple Maudit offre des scènes d’action du même niveau, mais avec en prime des Thugs plus terrifiants que nature.

Heureusement, lorsque l’on repars dans les scènes tournées en Europe et en studio, on sent l’acteur mieux encadré. Les scènes sont de suite plus sérieuses. On sent Kamal maître d’un jeu qu’il maîtrise, il envoie ses hommes de mains à leurs morts sans sourciller, il négocie avec Orloff d’une façon plus qu’habile, remporte des enchères avec un regard inquiétant. Dommage qu’il s’agisse de scènes secondaires.

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En somme, Kamal Khan aurait pu être le prototype du parfait gentleman, mais avec une habileté et une efficacité redoutable, comme l’était Largo, mais avec plus de classe et de puissance. Il aurait pu alors jouer et détourner son image de Lord français séduisant. Les dialogues écrits avaient sans douté été oubliés dans l’avion pendant que la réalisation s’endormait pendant le tournage de ces scènes, comme celle ennuyeuse de la partie de Badgammon sans suspense.

Louis Jourdan n’en est pas moins tout à fait adapté pour son rôle, et le résultat est là : au moment où on lui rend hommage, c’est bien Gigi et Octopussy que l’on cite. On lui aurait souhaité de meilleure condition pour développer son jeu, mais en bon professionnel, l’acteur français fait son boulot impeccablement.

Et on se souviendra de lui !

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Pour aller plus loin, relisez notre chronique : Octopussy, le dernier des Bond

Ainsi que les articles du 30e anniversaire du film

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2 pensées sur “Louis Jourdan : un ennemi princier

  • 21 février 2015 à 12 h 01 min
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    Kamal Khan est un des méchants que je préfère dans la série, par son côté distingué et suave. Mais comme le dit cet excellent article, il aurait gagné si on avait pu voir sa puissance.

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  • Ytterbium
    21 février 2015 à 13 h 51 min
    Permalink

    En tout cas, je trouve flatteur pour le personnage qu’il ait autant marqué les mémoires, alors que Octopussy reste un James Bond mineur. Heureusement que même s’il s’agissait de films léger, les James Bond prenaient et continuent à prendre de vrais et bons acteurs pour les personnages !

    Répondre

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