Everything or nothing : que vaut le documentaire ?

Voyons ensemble ce que vaut le dernier documentaire dédié à l’agent 007.
Chaque nouvelle édition DVD a généralement droit à sa nouvelle fournée de documentaires. Ils sont suffisamment rares ces derniers temps pour que l’on s’intéresse au plus récent d’entre eux Everything of nothing, produit par la MGM et réalisé par Steven Riley.

Avec le 50e anniversaire de la franchise, les producteurs se devaient de sortir quelque chose de consistant sur la saga avant que quelqu’un le fasse à leur place. Les gros moyens ont été mis sur la table, le répertoire des anciens James Bond à leur disposition, il n’a donc pas été difficile de réaliser ce petit film d’une heure et demi avec moult extraits des films et de la bande son.

Lorsqu’on est aussi fan que vous et moi, on a l’impression de se voir raconter une nouvelle fois une histoire que l’on connaît bien. C’en est d’autant plus intéressant pour décrypter la façon dont on nous le raconte.

Everything or Nothing se distingue de ses autres confrères documentaires par le scénariste qui a énormément dramatiser l’histoire de la franchise. La plupart des personnes impliquées dans la saga sont donc résumés à quelques traits valorisants, et auxquels contribuent les choix des témoignages élogieux à leur sujet.

Le documentaire commence donc bien évidemment par Fleming présenté comme un auteur visionnaire et mélancolique, dont les tentatives de faire valoir le potentiel des Bond pour le cinéma ratent systématiquement.  Ensuite, le documentaire dresse le portrait séparé de deux hommes : Cubby Broccoli, l’homme déterminé dont la seule idée est d’adapter Bond, et Harry Saltzman, homme de cirque voulant mener une grande vie en faisant exister Bond.

Leur alliance est glorifiée comme un paris sur l’avenir donnant naissance à la plus incroyable des séries. À partir de là, leur détermination est mise en valeur pendant une demi-heure, avant de dresser un drame formidable sur la séparation des deux producteurs. Avec des larmes dans les yeux, on nous apprend que Saltzman a du à contre-coeur quitter Bond qui était toute sa vie car il avait besoin d’autre chose. Kevin Mc Clory a le droit au rôle du bad guy qui fait peser une menace sur sa franchise à plusieurs reprises et a même, selon les témoignages, “causé l’arrêt cardiaque de Ian Fleming”. Un méchant obsessif calculateur, qui aura tout de même droit à l’indulgence de quelques témoignages de ses proches “C’est tout ce qu’il a fait de sa vie le pauvre”.

Du coté des acteurs, les interprètes de James Bond sont là pour parler de l’influence de Bond sur leur carrière. Sean Connery, absent pour les témoignages comme à son habitude, est présenté comme un diamant brut dont la célébrité vient au final à bout de sa gentillesse, le remplissant de rancœur. Georges Lazenby joue carte sur table en expliquant qu’il n’était là que pour être Bond et a passé le tournage d’Au Service Secret de sa Majesté à collectionner les filles. Roger Moore parle de son pacifisme qui est venu à bout du personnage de Bond. Le grand Tim Dalton procure les seuls moments excitant du documentaire avec sa voix formidable nous faisant revivre sa nomination pour un Bond différent. Pierce Brosnan, égal à lui même, raconte l’excitation du rôle pour sa carrière. L’ami Daniel Craig quant à lui reste fidèle à son “faisons le meilleur travail possible”.

Toujours aussi dramatique, le documentaire mettra en scène de purs moments de réconciliation entre Saltzman et Cubby, puis le pardon de Connery à Cubby sur son lit de mort, il peindra les décès des producteurs et de l’auteur comme le départ d’hommes formidables conscients de l’héritage qu’ils ont voulu transmettre. Pour les autres acteurs, Lazenby sera résumé à l’époque des 60s auquel il voulait retourner plutôt que d’incarner le froid James Bond, Moore reste le tonton sympathique pilier de la franchise avec sa bonhomie, Dalton a le droit au “Too bad, il était en avance sur son temps mais ça n’a pas marché”, et Pierce joue le jeu du “Thanks for the ride”, en s’excusant une nouvelle fois du coup de la voiture invisible.

Le saut à ski de l’espion qui m’aimait, seul dans le vide et l’inconnu est une métaphore du risque pris par Cubby Broccoli.
Barbara Broccoli

Et en dehors de ça ? Pas grand monde. Terrence Young est le seul réalisateur, si on fait exception de Sam Mendès qui vient dire du bien de ses producteurs. Ken Adam et les premiers techniciens de la franchise sont aussi rapidement nommés. Pour le reste, on a une Bond Girl (Famke Janssen), un méchant (Christopher Lee qui a connu Fleming), un président (Bill Clinton, sans doute ami des producteurs), et quelques anciens des studios pour se prêter au “James Bond a toute sa place dans notre époque et dans notre cinéma, merci les producteurs”.*

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Bref, en un mot comme en cent, Everything of Nothing (à l’origine de EON) est tout à la gloire des producteurs, ce qui est renforcé par le montage. La partition recycle John Barry de façon parfaitement millimétrée pour faire ressentir de la tristesse, de l’excitation ou de la crainte selon les moments de la franchise. Les extraits des Bond sont utilisés pour illustrer les propos des témoignages qui n’ont souvent rien à voir (cirque pour Harry Saltzman, scènes de casino pour l’argent rassemblé par les producteurs, scènes où Bond meure pour les moments où il est en difficulté, Bond en mouvement quand la série de films rencontre le succès, scènes de coffre fort pour les vilaines crises qui mettent en péril les nouveaux films). Pas beaucoup d’images d’archives hélas. Les histoires et motivations pécuniaires sont abordées, mais les témoignages choisis et la réalisation font tout pour nous faire voir les choix des producteurs comme de parfait produits de la détermination des grands hommes.

Mis à part cette narration élogieuse, Everything or Nothing reste un bon documentaire partial sur l’histoire de la production (mais pas de la réalisation) des films de James Bond, et constitue un sympathique blind test pour situer de quel film les musiques du documentaires sont tirées.

Ytterbium

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