Destinations mystères

Ce sont des destinations bondiennes, exotiques, mais complètement fictives. Elles assouvissent un besoin nécessaire : être un objectif à faire exploser. Or, ça ne fait jamais très plaisir pour un pays d’être accusé d’être un méchant, surtout pour le simple plaisir de se faire éliminer en un pré-générique ou d’être montré sous l’angle d’un pays soumis à un ennemi, et peuplé d’hommes de main incapables.

C’est pourquoi, ces blockbusters contemporains que sont les films de James Bond vont tomber dans le fantastique. C’est pourtant rare dans des thrillers d’espionnages qui prétendent au réalisme.

onuEn effet, Bond évolue toujours sur un fond géopolitique connu, sans pour autant insister trop lourdement sur le fait que certains pays sont par natures « méchants » (comme les pays désignés comme terroristes, les communistes, etc). C’est ce qui rend intéressant la façon de présenter les intrigues des James Bond : montrer des pays méchants, sans les désigner ouvertement (puisqu’ils n’existent pas), et qui permettent à l’agent britannique de donner libre cours à ses tendances dévastatrices.

Ces destinations sont aussi bien utiles pour renforcer l’image des ennemis. Les mégalomanes qui affrontent 007 sont souvent riches, mais associer un pouvoir politique à leur pouvoir économique les rend plus forts. C’est pourquoi certains pays vont s’avérer être des boîtes vides pour appuyer les méchants.

Pour les rendre crédibles afin qu’ils se fondent dans l’intrigue, on va leur donner un nom plausible, et un drapeau ressemblant à ceux de la région (le drapeau d’Isthmus ressemble à ceux du Nicaragua Honduras, Salvador etc, celui du Nambutu à la Guinée ou au Soudan) : cela donne l’impression au spectateur de découvrir l’étendue de son ignorance, puisqu’il ne connaît pas ces petites républiques microscopiques. Elles sont pourtant présentées comme classiques, et après tout, qui se soucie de ne pas connaître le nom d’un petit pays d’Amérique centrale ou d’une île quasi-anonyme qui se perd dans les sièges de l’ONU ?

Pour ne pas trop troubler le spectateur, on va rajouter de bons vieux clichés permettant de ranger le pays dans une case géographique, et on va saupoudrer le tout de traits de caractère rendant ces républiques antipathiques.

Quelles sont ces destinations ?


  • crabkeyCrab Key : d’accord, Crab Key est à la Jamaïque. Mais son statut d’île en fait presque un royaume indépendant où le mystérieux Dr No impose sa domination. C’est même une plaie sur l’ancienne colonie britannique que Bond va se faire un devoir d’éliminer.

  • goldfingerRépublique bananière 1 : ou plus précisément de bananes à l’héroïne. Bond se contente d’y faire exploser une usine qui n’a pas l’air de plaire aux britanniques, ni au contact local qui attend 007 au bar. Le livre nous dit qu’il s’agit du Mexique, mais les clichés peuvent nous faire croire à un de ces anciens comptoirs anglais d’Amérique latine touché par la drogue.

  • yoltLe gouvernement satisfait : qui sont ces hommes d’affaires asiatiques qui négocient avec Blofeld dans le cratère de son volcan ? Trop discrets pour être honnêtes, suffisamment puissants pour pouvoir financer le QG de Blofeld, et suffisamment idiots pour se faire extorquer par ce dernier. On peut y deviner une Chine communiste qui tente de se faire indépendante, mais pas réellement plus.

  • sanmoniqueSan Monique : premier pays à appartenir au méchant du film. Premier pays également à avoir un gouvernement et une existence politique, puisque Kananga et Solitaire le représentent sagement dans les sièges de l’ONU. Premier pays également à avoir un nom totalement fictif, puisque cette île des Caraïbes n’existe pas. Mais les clichés l’accréditent comme une île de sauvages aux croyances vaudou, dans le sillage de l’Amérique puisque la CIA l’observe. On nous le présente comme un instrument unique de Kananga, puisque le pays ne semble exister qu’à travers lui. Le pays est à ses ordres, et les épouvantails règlementent ses quartiers privés.

  • cubaRépublique bananière 2 : Ce coup-ci, pas besoin de nom. Les qualificatifs et les clichés désignent explicitement un régime de type castriste. Dès le début du prégénérique d’Octopussy, des militaires sud-américains habillés en généraux et fumant le cigares nous évoquent Cuba. En plus de cela, ce sont des voyous que se rincent l’œil sur la complice de Bond, ils ne vivent qu’à travers un pouvoir militaire. Bond a bien raison de les faire exploser, surtout qu’ils ont l’outrecuidance d’organiser des manifestations de type occidental avec leurs concours hippiques. Leur général Toro mérite donc bien de recevoir son propre missile dans la tête, lui qui vit au service d’un pays si méchant, et si militaire.

  • isthmusIsthmus City : Sanchez n’est pas exactement le chef du pays. Il préfère utiliser une marionnette factice en la personne du presidente Lopez qui se tient au garde-à-vous devant lui. Mais c’est bien le baron de la drogue qui dirige le pays. Il a son propre casino, décide de tout, profite des hôtels luxueux et utilise ses banques afin de blanchir son argent, sans oublier toute la fabrique d’héroïne produite dans un monastère. On voit même dans une scène supprimée que Sanchez est une personnalité médiatique à part entière qui soutient la campagne d’Hector Lopez. C’est donc un pays riche de type paradis fiscal, apparemment en Amérique centrale, peuplé d’hispaniques obéissant sans protester à la loi de Sanchez, et n’hésitant pas à se servir de centre de méditation pour produire de la drogue : Bouh les méchants !!!

  • nambutuNambutu : pauvre pays que celui-ci. Son ambassade implantée à Madagascar dans Casino Royale semble le rendre bien réel (et son nom semble probable), mais il ne fait pas le poids devant un Bond lancé à pleine vitesse, et qui en un tir, disperse toute l’armée de l’ambassade (en même temps qu’il la fait exploser). Celle-ci n’est pas bien équipée (avec de simples AK), et en plus de cela, on entend son ambassadeur dire à Mollaka qu’il ne travaille plus pour eux. En d’autres termes, Nambutu emploie souvent des mercenaires. Ce dirigeant sera d’ailleurs puni par Bond qui assomme ce représentant d’un pays sûrement totalitaire, avec le buste de son dictateur.

Les clichés exotiques ont décidément la peau dure, même dans les films les plus récents !


Des Jamesbonderies... entre autres

Des Jamesbonderies... entre autres

Avant de devenir webmaster du site, Yvain / Ytterbium faisait vivre son blog "Des Jamesbonderies... entre autres". Un monde de chronique et de dossiers plus ou moins pertinents aujourd'hui disponibles sur CJB !