Dominic Greene (1/2)

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À l’image du film, Dominic Greene est sans conteste un ennemi des plus aboutis et travaillé, mais également inhabituel par rapport aux autres ennemis de la saga bondienne. Il est extrêmement difficile à cerner, d’autant plus que le film ne laisse qu’entr’apercevoir l’étendue du personnage. Ma critique sur cet ennemi hors du commun, trouble et dangereux.

Un ennemi innovant

Dominic Greene arrive dans la saga en même temps que cette nouvelle gamme de méchants faillibles qu’à initiée Le Chiffre. Si l’ennemi de Quantum of Solace récupère certains aspects de ce qui rend les ennemis bondiens menaçants, il lui apporte un plus, avec sa personnalité, qui place cet ennemi en marge de la saga.


Le Chiffre était un condensé de tout ce qui fait peur et rend les méchants délectables, dans les adversaires de Bond. Dominic Greene n’emprunte que quelques caractéristiques à ses prédécesseurs : lui aussi est menaçant, à la tête d’une énorme fortune, fourbe dans les affaires, avec une façade honnête. Ses yeux sont la seule différence physique et inquiétante qu’on attend chez les ennemis bondiens, et qui le distingue du commun des mortels. Cependant, ces aspects bondiens ont été avalés et digérés pour être réinterprétés dans une personnalité hors du commun. C’est là qu’est toute la difficulté du personnage créé par Mathieu Amalric. Son personnage est ce qu’on fait de mieux en terme de méchant bondien, mais pris individuellement, il est difficile de repérer les stéréotypes bondiens, dilués dans une personnalité innovante et présentés d’une manière différente par le film.


Une personnalité double

Beaucoup des méchants bondiens existaient à l’écran par un monologue expressif et une personnalité menaçante extériorisée qui éclataient sur l’écran. Dominic Greene lui est tout le contraire : toutes ses tares, ses capacités, sa folie, sa dangerosité, ses motivations sont regroupées et contractées dans un corps chétif et petit. Celui-ci refroidit l’animosité qu’on devine à l’intérieur, et ne laisse filtrer que quelques éléments de sa personnalité à travers notamment ses yeux, ou sa bouche.


Ainsi, de loin, on ne voit qu’un petit homme, ridicule en smoking face aux grands du monde, peu crédible dans sa chemise hawaïenne, et pathétique avec ses cheveux qui plutôt que d’être tirés en arrière comme la plupart des autres ennemis, retombent dans un espèce de brushing bizarre lorsqu’il n’est pas en société.


Pourtant, si l’on regarde ce personnage évoluer et se mouvoir par rapport aux autres, il est tout de même inquiétant. On devine une espèce fou psychopathe et calculateur qui n’est visible que par a-coups, lors de ses sautes d’humeur, ou lorsque l’on regarde ses yeux impressionnants. La personnalité de Greene est donc un contraste entre un feu bouillonnant à l’intérieur qui relève d’un traumatisme personnel, et un code de conduite façonné en société. Le résultat est une façon de s’exprimer proche du marmonnement, sèche, peu recherchée. Comme si tout ce que pensait le cerveau criminel de cet homme passait au filtre d’une conduite en société le rendant plus neutre.


Son aspect menaçant provient alors du contraste de ses paroles au ton doucereux avec son regard inquiétant et la rudesse de ses propos. Cela devient réellement impressionnant lors de ses sautes d’humeur où la folie dépasse l’apparence extérieure : cela se voit dans ses dialogues avec Camille («Ne me parle pas comme si j’étais STUPIDE ! », ou quand il tente de la pousser du haut du balcon).


Une folie intériorisée

Les motivations de Dominic Greene restent alors secrètes, dissimulées, et on ne sait pas ce qui le motive. Le seul plaisir que l’on voit, c’est sa jubilation quand il est immergé dans le grand monde. Il adore serrer les mains, être considéré comme un grand, voir les directeurs de CIA ramper devant lui et les grands dirigeants lui taper dans le dos. Il aime aussi rester mystérieux, faire celui qui a un secret connu de lui seul (alors qu’il est élaboré avec Quantum). Cela se voit à chaque fois qu’un des moustachu l’interroge sur sa volonté de posséder le désert bolivien. Enfin, il aime diriger, donner des ordres, et être obéi.


Cette mégalomanie démesurée par rapport à son apparence chétive le rend pathétique, mais il montre un plaisir manifeste à dire « Nous », à demander qu’on le débarrasse d’un agent, ou proférer des menaces en mangeant des pommes. Il est également très fier de la confiance que lui accorde Quantum. Ce socle l’élève alors face à son entourage qui lui obéit au doigt et à l’œil.


Cela explique ce qui contrarie Dominic. Il déteste qu’on lui parle comme a un inférieur. La forte supériorité de Camille l’incommode, malgré le fait qu’on devine le plaisir qu’il a dû ressentir en voyant la belle bolivienne se livrer tout entière au lit. Bien qu’il se soit attaché à elle, il ne supporte pas qu’elle le prenne pour un idiot. C’est pourquoi il prend d’abord les plaintes de Camille avec détachement et humour, avant de s’énerver pour la faire taire (cela se voit à Haïti et en Bolivie).


La peur est ce qui le guide en second lieu. Il a tout de suite vu en Bond un danger pour lui. C’est pourquoi il a tout fait pour qu’on l’en débarrasse. Pourtant lorsqu’il se retrouve finalement en face de Bond à la soirée de Greene Planet, il tente de le battre sur le plan de la discussion. On a vu que Bond, dans QOS, était assez avare de discours, et n’avait aucune envie de s’engager sur le terrain de la joute oratoire. On voit alors la colère de Greene qui, quand il n’est pas pris au sérieux dans les discussions, tombe dans les insultes, les menaces, avec un vocabulaire peu élégant, alors qu’il sait être convaincant dans ses discours.


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Avant de devenir webmaster du site, Yvain / Ytterbium faisait vivre son blog "Des Jamesbonderies... entre autres". Un monde de chronique et de dossiers plus ou moins pertinents aujourd'hui disponibles sur CJB !

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