L'espion qui m'aimait – une critique

Le dixième James Bond, et sans doute un des plus inattaquables. C’est ce qu’on fait de mieux dans le genre bondien. Tous les éléments que l’on attend d’un Bond film sont là. Roger Moore y est encore jeune, et maîtrise mieux son rôle que dans les précédents. Le film est dynamique, il a donné lieu à une des variation du James Bond thème la plus appréciée (Bond 77), les cascades sont de première qualités et crédibles. Rien à redire ? Si ! Moi je n’accroche pas.

Plutôt étrange vu que tout ce dont on rêverait dans un Bond est présent :

Un acteur incarnant réellement Bond : c’est sans doute dans ce film que Roger Moore est le plus à l’aise ;

  • Une James Bond girl détonante : le Major Anya Amasova / Triple X, espionne russe beaucoup plus habile que sa collègue Tatiana, maniant humour, intelligence, gadgets et beauté. Un alter-ego de notre James qu’il a du mal à la dominer, et qui menace de le tuer. C’est sans doute cette JBG qui se distingue le plus de toute la période Moore ;
  • Un ennemi machiavélique à souhait, lugubre avec une base mythique qui pratique des mises à mort sadiques ;
  • Des second couteaux à profusion : Sandor, Naomi, Requin et les autres ;
  • Des véhicules et gadgets : face à la Lotus, rien à redire, elle est aussi célèbre que Bond. Sans oublier le baton de ski mortel (dans le prégénérique), l’étui à cigarette pour lire les microfilms et les autres ;
  • Des destinations de rêve (bien que parfois cliché en Égypte) ;
  • Un scénario parfait pour un agent secret : cohabitation avec les russes, course à la poursuite d’un microfilm, enquête sur des sous-marins disparus ;
  • Et des scènes d’actions très bien orchestrées !!! Les courses-poursuite bénéficient à chaque fois d’une superbe bande son (poursuite à ski, en Lotus), les cascades sont toutes plus impressionnantes les unes que les autres, les batailles à mains nues sont biens orchestrées ;
  • Une chanson titre magnifique avec Nobody does it better.

Mais malgré tout ça, je n’arrive pas à me passionner ou à m’enthousiasmer pour ce film. Peut-être l’ai-je trop vu (c’est un des / le premier(s) Bond que je me souviens avoir vu). Malgré tout les bons éléments du film, je trouve l’intrigue trop règlée, trop classique, trop comme il faut. Le scénario est réglé comme du papier à musique et le film est filmé de la même façon.

Je n’ai pas l’impression que Bond se foule beaucoup pour cette mission. Je n’ai pas eu le sentiment qu’il soit troublé à aucun moment. Il est évidemment concentré lorsqu’il se bat, mais j’ai la sensation qu’il est tout le temps en vacances. « La secrétaire meurt ? Rien à foutre, on continue. Les gardes russes m’attaquent ? pas de problème, je leur tape dessus, je sors une vanne (j’espère que le spectacle vous a plu) et on continue. Je soupçonne quelque chose de louche chez Stromberg ? Alors là, je lève le sourcil droit, je prends ma voiture et j’explore Atlantis sous l’eau » (comme si il allait au supermarché). Je pense que il manque une tension minimale, un suspense bondien, une acidité digne des espions qui affrontent un ennemi de taille.

Les pics de tensions du film que sont les scènes d’actions sont édulcorés par les beaux paysages et surtout par la désinvolture de Bond. La musique (superbe) donne l’impression d’assister à un spectacle de danse classique bien découpé, que l’on a juste à admirer en savourant le son et les cascades, et de temps à autres les bons mots (je précise tout de même que j’adore la danse classique et en fais moi-même 3h par semaine).

À ce sentiment d’endormissement s’ajoutent les défauts du film. On sait dès le début qui est le méchant, comment il organise tout, et comment tout doit se dérouler. Vous me direz que c’est le cas de presque tous les James Bond, mais ce coup-ci, je n’accroche pas. Peut-être à cause de Stromberg qui est trop sobre. Il lui manque l’étincelle de folie qui lui donnerait plus de personnalité et une présence qui dépasserait le stade de « Blofeld à visage découvert ». C’est surtout le vol des ogives nucléaires qui me barbe. Jusqu’à la fin de la partie en Sicile, j’étais encore à fond dans le film. Mais à partir du moment où Bond rentre dans le sous-marin, j’ai l’impression de revoir On ne vit que deux fois. Les décors sont bien, mais les scènes de batailles me saoulent, et ce qui suit après aussi.

Je dirai donc pour conclure que malgré le fait que ce Bond ait tout les bons ingrédients, l’histoire m’apparaît et est traitée de manière trop classique pour émettre des saveurs suffisamment fortes, me permettant de savourer efficacement l’intrigue, et tout ce qui suit du même coup.

Mais c’est peut-être ce dont avait besoin l’ère Roger Moore pour exister aussi longtemps : un Bond classique pour lancer la Bondmania.

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