Les CJBistes analysent Casino Royale (1967)

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Commander Bond
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Les CJBistes analysent Casino Royale (1967)

Messagepar Commander Bond » 23 sept. 2011, 12:05

Moonraker est le plus mauvais James Bond pour moi, mais en comptant les hors saga, alors Casino Royale '67 prend la place de lanterne rouge. Sous quel angle analyser cette parodie ? Si la version Climax' de '54 pouvait avoir un angle d'attaque prenant en compte les difficultés techniques (télévision, une heure seulement), Casino Royale version '67 semble impossible à analyser tellement il est confus. D'abord comment un film avec autant de personnes dans l'équipe technique peut-il être cohérent et construit ? Six réalisateurs, rien que ça, et pas des petits caractères (John Huston, Robert Parrish, Ken Hughes...) ont travaillé sur le film, en compagnie de trois scénaristes et trois directeurs de photographie. Je pense qu'on ne peut pas faire un film cohérent stylistiquement avec autant de monde.

La vrai force du film, c'est son casting extraordinaire. David Niven joue sir James Bond, Peter Sellers, Ursula Andress, Orson Welles, Woody Allen, Jean-Paul Belmondo, Terence Cooper, John Huston, Barbara Bouchet et bien d'autres se partagent le reste du casting. Mais la bonne ambiance n'était apparemment pas au rendez-vous, étant donné les confrontations d'égo entre tous ces grands noms. La plupart des rôles d'ailleurs sont joués mais sans grande conviction, les acteurs se demandent dans quelle galère ils sont tombés. En même temps l'axe parodique du film était trop grand pour espérer un bon film. Car les gags vont trop loin, et même si c'est assumé pleinement par les multiples scénaristes et réalisateurs, l'humour y est trop lourd et la parodie est parodique. Le final atteint carrément des sommets de nullité avec des soucoupes volantes, des otaries, des cowboys, ou des indiens qui débarquent de nul part.

Résultat, ce film est un gros bordel où il faut s'accrocher pour comprendre quelque chose. Il reste quelques images sympathiques cependant. La première demi-heure n'est pas fondamentalement mauvaise, la musique est excellente et John Huston interprète un M qui aurait pu figurer dans un James Bond tout ce qu'il y a de plus officiel.

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Que pensez-vous de Casino Royale '67 ?
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GUY007
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Re: Les CJBistes analysent Casino Royale (1967)

Messagepar GUY007 » 24 sept. 2011, 19:35

Moi, la première fois que je l'avais vu, j'avais détesté tellement il était loin de l'univers de Fleming et bourré d'incohérences :
- James Bond a un neveu : chose impossible car il n'avait ni frère ni soeur.
- James Bond amoureux de Mata Hari : stupide car elle est décédée en 1917, bien avant la naissance de James Bond.
- M (de son vrai nom Mc Tarry) : insupportable pour moi de faire mourir un tel personnage.
- la révolte d'Ashanti : ça c'est passé fin du XIXème siècle...
Il faut aussi dire que cette fois là, j'avais vu une version coupée de nombreuses scènes (notamment celle avec Jacqueline Bisset).

Depuis lors, mon opinion a changé. J'apprécie beaucoup l'interprétation de David Niven qui, tout compte fait, présente des similitudes avec le personnage de Ian Fleming : tout comme le James Bond littéraire, il est affecté par la mort de celle qu'il aime, il est père et roule également en Bentley.
C'est un des meilleurs films (si pas le meilleur) au niveau Bond girls.
La distribution vaut également la peine.

J'aurais, c'est vrai, beaucoup plus apprécié un film sérieux, c'est évident.

Je ne sais pas si les défauts du films sont dus au fait qu'il y ait eu six réalisateurs. Je pense plutôt que c'est à cause du montage. En effet, il y a d'abord une erreur grossière : deux scènes sont inversées : lorsque James Bond est en Ecosse, il apprend que «l’Autorité» (le secours international des mères à Berlin-Est) le menace. Il retourne alors en Angleterre. On peut après voir l’entrainement de Cooper. Dans la scène qui suit, on voit James Bond qui va trouver Vesper Lynd et la convaincre de s’attacher les services d’Evelyn Tremble, un spécialiste de Baccarat afin de jouer contre Le Chiffre.
A ce moment, on n’en connait pas la raison. Qui est ce Le Chiffre ? Que vient-il faire dans l’histoire ? Pourquoi faut-il jouer contre lui ? Autant de questions qui rendent le film difficile (voir impossible à comprendre).
Puis, nous voyons un entretient entre Evelyn Tremble et Q. Et dans la scène suivante, Bond va trouver Mata Hari et l’envoie à Berlin afin d’espionner cette «Autorité». C’est alors qu’on apprend que Le Chiffre organise une vente aux enchères car il a perdu l’argent du SMERSH. Grâce a Mata Hari, la vente est un échec, et seulement alors, le Chiffre décide de jouer au baccarat.
Si on reconstitue ces scènes dans l’ordre, le film prend quand même un autre aspect.

On a également l'impression qu'il manque des passages : la mort de M, est-ce lors de l'explosion du château de James Bond, ou lorsque Evelyn Tremble se fait prendre par le Chiffre ?

Certaines scènes ont également beaucoup vieilli : je pense par exemple à la scène de vente aux enchères lorsque tous les soldats se battent ou encore la scène finale avec les cow-boys et les indiens qui ne me fait pas rire du tout (mais qui peut être une référence au roman : l'allusion aux cow-boys et aux indiens que Le Chiffre dit à Bond).

La scène avec la soucoupe volante ne me dérange par contre pas du tout. De même que le méchant veuille utiliser une bombe qui tuera tous les hommes de plus d'1m20 et rendra belles toutes les femmes. Je trouve que ça préfigure un peu la période Roger Moore avec L'espion qui m'aimait et Moonraker (les méchants qui veulent construire leur monde parfait).

Enfin, mis à part Peter Sellers, je n'ai pas eu l'impression qu les acteurs se sont ennuyé sur le film (j'ai même eu l'impression que Joanna Pettet s'amusait beaucoup). D'ailleurs, il parait que Peter Sellers a quitté le plateau avant que toutes ses scènes ne soient tournées...

En conclusion, je dirais qu'avec du recul, c'est un film agréable à regarder même s'il a beaucoup (trop ?) vieilli.

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Re: Les CJBistes analysent Casino Royale (1967)

Messagepar Commander Bond » 24 sept. 2011, 21:40

Je me rappelais Guy que tu étais un "supporter" assidu de ce film, tout comme l'autre Casino Royale hors-série d'ailleurs.

GUY007 a écrit :Depuis lors, mon opinion a changé. J'apprécie beaucoup l'interprétation de David Niven qui, tout compte fait, présente des similitudes avec le personnage de Ian Fleming : tout comme le James Bond littéraire, il est affecté par la mort de celle qu'il aime, il est père et roule également en Bentley.


Le personnage présente des similitudes oui, mais uniquement sur la forme. S'il suffisait de rouler en Bentley, d'avoir un fils et de regretter la mort de sa femme pour être James Bond, alors il y aurait des milliers de James Bond sur Terre. C'est la même chose que ceux qui disent que Daniel Craig n'est pas fidèle à Ian Fleming que parce qu'il est blond, assez petit et musclé. James Bond ce n'est pas qu'une silhouette.

GUY007 a écrit :Je ne sais pas si les défauts du films sont dus au fait qu'il y ait eu six réalisateurs. Je pense plutôt que c'est à cause du montage. En effet, il y a d'abord une erreur grossière : deux scènes sont inversées : lorsque James Bond est en Ecosse, il apprend que «l’Autorité» (le secours international des mères à Berlin-Est) le menace. Il retourne alors en Angleterre. On peut après voir l’entrainement de Cooper. Dans la scène qui suit, on voit James Bond qui va trouver Vesper Lynd et la convaincre de s’attacher les services d’Evelyn Tremble, un spécialiste de Baccarat afin de jouer contre Le Chiffre.
A ce moment, on n’en connait pas la raison. Qui est ce Le Chiffre ? Que vient-il faire dans l’histoire ? Pourquoi faut-il jouer contre lui ? Autant de questions qui rendent le film difficile (voir impossible à comprendre).
Puis, nous voyons un entretient entre Evelyn Tremble et Q. Et dans la scène suivante, Bond va trouver Mata Hari et l’envoie à Berlin afin d’espionner cette «Autorité». C’est alors qu’on apprend que Le Chiffre organise une vente aux enchères car il a perdu l’argent du SMERSH. Grâce a Mata Hari, la vente est un échec, et seulement alors, le Chiffre décide de jouer au baccarat.
Si on reconstitue ces scènes dans l’ordre, le film prend quand même un autre aspect.


C'est là le gros problème du film tu as raison de le souligner. Peut-être que remonté ce film aurait été meilleur. Mais malgré tout je pense que le niveau serait resté bas, étant donné que le scénario est passé dans les mains d'une dizaine de personnes. C'est le principal (mais pas l'unique) défaut de ce film, le scénario, pas le montage. C'est l'angle d'attaque donné au film qui le fait tirer vers le bas et non vers le haut. Je ne dis pas que la parodie donne forcément des mauvaises choses. Diamonds are forever a un axe parodique aussi. Sean Connery interprète un James Bond je-m'en-foutiste et ça donné un film avec je trouve un humour noir qui fait grincer des dents. Il se moque du personnage mais il n'y a que lui qui pouvait faire ça puisqu'il l'a symbolisé durant les années 60. Mais concernant Casino Royale '67 et les multiples James Bond, ça va encore plus loin et c'est dommage. C'est le "nom" James Bond qui est ridiculisé (le mot est fort mais je pense que c'est le cas).

GUY007 a écrit :Certaines scènes ont également beaucoup vieilli : je pense par exemple à la scène de vente aux enchères lorsque tous les soldats se battent ou encore la scène finale avec les cow-boys et les indiens qui ne me fait pas rire du tout (mais qui peut être une référence au roman : l'allusion aux cow-boys et aux indiens que Le Chiffre dit à Bond).


Dire que certaines scènes ont vieilli c'est une lapalissade. Quel film avant Goldeneye n'a pas pis un coup de vieux ? Et les quatre Pierce Brosnan sont très marqués années 90 dans la symbolisation du héros. Par contre, dire que l'humour a vieilli, oui. C'est peut-être de ça que tu voulais parler. C'est sûr que l'humour anglais de l'époque est très marqué.

GUY007 a écrit :Enfin, mis à part Peter Sellers, je n'ai pas eu l'impression qu les acteurs se sont ennuyé sur le film (j'ai même eu l'impression que Joanna Pettet s'amusait beaucoup). D'ailleurs, il parait que Peter Sellers a quitté le plateau avant que toutes ses scènes ne soient tournées...


Oui. Peter Sellers n'a jamais joué avec Orson Welles, ils ne se supportaient pas. Il y avait trop d'égos dans ce film. C'est un peu comme le Real Madrid des années 2000. On prend plein de stars, mais la sauce ne prend pas. ;)
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Re: Les CJBistes analysent Casino Royale (1967)

Messagepar GUY007 » 24 sept. 2011, 23:23

En fait, Peter Sellers a quand même joué avec Orson Welles (quand tu regardes le film, on voit clairement des plans où ils apparaissent tous les deux). Mais il est vrai qu'après une dispute entre les deux acteurs, parce que Peter Sellers était arrivé en retard et mal rasé, je crois, ce dernier n'a plus voulu jouer avec Orson Welles.

C'est vrai que je voulais parler de l'humour qui a mal vieilli.


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