Vivre et laisser mourir : la critique du manga

Vivre et laisser mourir : la critique du manga

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En pleine Bondmania, les fans japonais ont plus découvrir des mangas James Bond de 1964 à 1967 qui se voulaient être des adaptations de quatre romans de Ian Fleming : Vivre et laisser mourir, Opération Tonnerre, Au service secret de Sa Majesté et L’Homme au pistolet d’or.

Première apparition de Bond en manga.
Première apparition de Bond en manga.
Magazine Boy’s Life – décembre 1964

Très peu de choses ont été écrites sur ce curieux chapitre de Bond dans les publications occidentales. Même le livre le plus complet sur les bandes dessinées 007, James Bond: The History of the Illustrated 007 d’Alan J. Porter, accorde très peu de place à ces œuvres (probablement en raison de leur caractère longtemps inaccessible). Selon Porter « les mangas Bond ont été publiés pour la première fois de manière périodique dans un magazine intitulé Boy’s Life de Shogakukan avant d’être ensuite collecté… en 1966 sous l’empreinte de Golden Comics. Tandis que les mangas Bond ont été salués par la critique, les propriétaires de la licence littéraire Bond ont abrogé leur permission [de créer de futures adaptations] ». Les meilleures sources d’information sur ces mangas à ce jour sont Livedoor et un article du blog Double O Section que nous allons traduire ici en grande partie.

L’écrivain et artiste de ces adaptations n’est autre que Takao Saito, qui sera connu peu après pour avoir crée la série de mangas d’espionnage la plus célèbre et la plus ancienne toujours en publication du Japon, Golgo 13. Duke Togo (alias Golgo 13) est un assassin qui a peut-être moins de scrupules que 007, mais qui vit des aventures très similaires et qui physiquement ressemble certainement au James Bond des manga.LALD manga (2) Saito a commencé à publier Golgo 13 en 1968, soit l’année qui a suivi la fin des mangas 007 en 1967.
Quelles que soient les circonstances de son origine, Golgo 13 a connu une solide carrière. Outre une série de mangas en cours de près de 190 volumes, le personnage à eu le droit à deux films d’action (le deuxième est le plus connu, Assignment Kowloon), deux longs métrages animés, une série télévisée animée et six jeux vidéo. Glénat a publié un certain nombre de mangas de Golgo 13 en français.

Mais revenons à Bond. Les quatre mangas font environ 300 pages chacun (pour un total cumulé d’un peu moins de 1200 pages !). Il n’est donc pas étonnant de découvrir que les récits de Fleming ont été étendus, avec notamment beaucoup de scènes d’action rajoutées. Alors que le premier, Vivre et laisser mourir, est relativement fidèle au récit de Fleming avec quelques ajouts et modifications clés, les récits suivants semblent s’écarter de plus en plus du matériel original.

Les mangas 007 de Saito ayant été seulement été republiés dans les années 60 puis dans les années 80, les fans de James Bond se sont demandés durant les 30 années qui ont suivis si ceux-ci seraient réédités un jour ; les anciennes éditions étant difficilement trouvables et pouvant atteindre des prix pas toujours bon marché. Ce fut chose faite en 2015 lorsque Shogakukan a republiés les quatre mangas sous la bannière Big Comic Special (achetable sur Amazon.jp). Cette édition a également le mérite d’inclure une interview de Saito, malheureusement peu intéressante, mais qui nous apprend notamment qu’il n’a jamais avoir lu les romans originaux de Fleming (il dit avoir travaillé à la place à partir de résumés qu’on lui a fournis) et qu’il ne se rappelle plus pourquoi la série s’est arrêté (« je pense que j’avais peut-être assez dessiné à ce moment »).

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Cependant la plupart des fans de Bond ne peuvent pas découvrir proprement ces mangas à cause de la barrière de la langue, dans la mesure où ils ne savent malheureusement pas lire le japonais. En effet, tout comme les comics de Semic ou en langue espagnole, ces bandes dessinés ne furent jamais officiellement traduits dans la langue universelle, l’anglais ; et cela ne semble pas être d’actualité dans un futur proche ou lointain. C’est ici qu’entrent en scène un ou des fan(s) qui se sont récemment lancés dans le projet de fan-traduire les quatre mangas en langue anglaise pour la première fois de leur existence. Le résultat, notamment trouvable depuis 2017-2018 ici et , est des plus convaincant, avec excellente qualité d’image, bien qu’il soit passé au-dessous des radars de nombreux fans.

Cette semaine on a lu Vivre et laisser mourir, et la première chose à remarquer est que comme tout manga il se lit de droite à gauche, un sens que nous pourrions considéré comme « à l’envers » en temps que public occidental. L’aventure est divisée en cinq chapitres qui varient de 40 à 75 pages et l’une des choses qui ont surpris l’auteur de cette critique c’est la fidélité du manga par rapport au roman.

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D’un sens le lecteur va vite retrouver l’intrigue et des éléments qu’il connaît déjà, en effet le manga reprend dans son ensemble les grandes lignes du roman. Toutefois d’un autre sens le lecteur va avoir en parallèle une impression de découverte avec tous les scènes d’action ajoutées et les éléments/personnages altérés. Par exemple la Bond girl du manga n’est pas la voyante de M.Big, Solitaire, mais une collègue de Felix Leiter nommée Kitty, avec qui Bond aura pourtant des scènes similaires par rapport au roman (voyage dans le train, kidnapping). C’est ce que l’on pourrait considérer comme l’une des grandes forces du manga, cette sensation de découverte en territoire pas si inconnu qui vous donne envie de tourner la page pour découvrir la suite (hé oui, du coup ça ajoute du suspens pour ceux qui connaissent pourtant le roman par cœur). Saito n’ayant pas lu les romans, les dialogues ne sont pas des paraphrases du roman mais sont originaux.

À un moment le manga va même plus loin en « anticipant » le futur film avec Roger Moore dans un passage avec Bond devant aller à la rescousse de la Bond Girl qui s’apprête à se faire sacrifier lors d’un rituel religieux. Scène complément absente du roman mais dont on retrouve quelque chose de similaire dans le film, d’autant plus que notre cher 007 y porte une tenue noire au-dessus duquel se trouve un holster d’épaule (même si certes le film n’osera pas la cravate qui se trouve avec dans le manga).

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Du côté dessins on pourrait reprocher le design de Bond, qui à mon sens fait un peu trop Japonais et qui est différent de tout ce qui se ferra pour le personnage en bande dessinée (notamment à cause de la barbichette que Bond n’a jamais osé reporter depuis). Toutefois dans son semble il faut reconnaître que les dessins sont vraiment bons, même si variables : parfois ils sont très détaillés, parfois « minimalistes ». Il y a vraiment un sens du mouvement, les personnages n’ont pas du tout l’air statiques, et les scènes d’actions rendent bien (avec de la clarté et des détailles comme ceux des coups de poings, des dégâts des véhicules, explosions) et son sympathiques dans leurs chorégraphies.

On remarquera aussi une légère volonté de créer de la variation dans le placement et la taille des cases, un petit peu de sang aussi et un 007 fumeur (mais privé de sexe). En revanche on aura bien du mal à pardonner le nez de Felix Leiter qui est bien trop long et bien trop pointu. Les personnages noirs sont aussi dessinés de manière que l’on pourrait qualifier de caricaturale, avec des traits déformés et de grosses lèvres ; toutefois le racisme du roman n’est presque pas présent dans le manga.

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Il est également assez surprenant de constater que dans la première partie du manga Bond utilise un Walther P38 (qui sans explication deviendra un Walther PPK lors des deux derniers chapitres). On retrouve aussi certains éléments qui font penser aux films comme quelques gadgets et de l’humour, notamment à travers du personnage de Tanto : un petit garçon qui accompagne Bond pendant une partie du roman. Outre le coté kawaii (« mignon ») du petit garçon, l’apparence de la Bond girl s’inscrit dans le look « jeune poupée » que je trouve typique des animés/mangas japonais.

Bref en résumé, Vivre et laisser mourir est un manga que l’ont vous recommande de découvrir.

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Et puis puisque des résumés de ces mangas sont introuvables sur le net et pour nos amis qui ne comprennent pas ni japonais, ni l’anglais, on s’est dit qu’un petit résumé détaillé de l’intrigue serait une bonne idée :

Chapitre 1 : Monsieur Big, le seigneur du crime

L’histoire commence de manière similaire au roman, avec un Bond envoyé à New York pour enquêter sur le gangster M. Big (qui a reçu un « entraînement à Moscou » et) que l’ont croie lié à la récente recrudescence d’anciennes pièces de monnaie britanniques en or. Arrivé à son hôtel il rencontre un membre du FBI ainsi que son ami Felix Leiter de la CIA et alors qu’il discute avec ce dernier, un groom apporte un paquet destiné à Bond. 007 et Leiter parviennent à éviter de mourir dans l’explosion du paquet qui contenait en fait une bombe ; il semble que l’opposition soit au courant de la présence de Bond en ville. En essayant de sortir discrètement de l’hôtel, ils sont repérés et capturés, mais parviennent à échapper aux ravisseurs grâce à un de gadget de Bond maquillé en banale cigarette.

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Le lendemain nous retrouvons 007 en compagnie de Leiter et Kitty (une membre de la CIA). Les deux hommes s’en vont enquêter du côté de Harlem et finissent par se rendre au cabaret de M. Big lorsque soudain la table à laquelle ils sont assis s’enfonce dans le sol via un ascenseur secret. Capturés de nouveau, Bond est interrogé par Sam Miami (le bras droit de M. Big) qui le menace de le brûler vivant s’il ne parle pas.

Nina (la petite sœur de M. Big, chanteuse de cabaret) intervient et ordonne à Sam Miami de cesser son interrogatoire jusqu’à ce que M. Big soit là. 007 est alors enfermé seul dans une cellule mais Nina, qui ne cautionne pas les activités de son frère, l’aide étrangement à s’y évader avant de s’en aller. 007 libère alors Leiter de sa propre cellule et ils s’évadent du cabaret.

Un peu plus tard Bond apprend de Kitty que Leiter est partie pour St. Petersburg (en Floride, pas celui en Russie) où se trouverait M. Big. Bond et Kitty se rendent en voiture à Philadelphie (pour prendre un train direction St. Petersburg). Sur la route ils sont pris dans une embuscade de Sam Miami (durant laquelle leurs voiture est notamment prise en sandwich entre deux camions, et une poursuite qui inclut plein de grenades), mais réussissent à s’en tirer avec l’aide de Leiter qui apparaît dans un hélicoptère.

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Chapitre 2 : La terreur de G, l’assassin

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À Philadelphie, Bond, Leiter et Kitty embarquent dans le train, ignorant qu’un assassin de Big, connue comme « G », est aussi à bord. Bond va enquêter les personnes se trouvant dans les compartiments près du sien, lorsqu’il revient Kitty lui montre un papier qu’elle vient de trouver sur lequel est écrit « G » ; Leiter a trouvé le même dans son compartiment. Dans le train se trouve un gamin avec ce qui semble être un faux revolver et qui joue à « attraper des méchants » ; soudain Bond entend un coup de feu et trouve Leiter sur le sol du train, blessé par balle. Des agents du FBI qui ont aussi entendu le coup se présentent à 007 et l’aident à transporter Leiter dans un compartiment. Durant le trajet, Bond trouve une bombe dans le compartiment (qu’il jette hors du train), trouve les corps des agents du FBI, et fini par découvrir que « G » est le gamin. Bond confronte le gamin (qui est en réalité un nain) et sa (complice de) « mère », et tue « G » lors d’un affrontement au pistolet sur le toit du train.

Chapitre 3 : Danse avec le poisson venimeux

À St. Petersburg, Bond fait la rencontre de collègues de la CIA de Kitty : Jim Drake et Paul Kenz (Leiter est à l’hôpital). Ceux-ci apprennent à 007 que M. Big a une entreprise qui vend des poissons tropicaux dans le coin ; Bond et Kenz décident de s’y rendre tous les deux mais le propriétaire, un certain Robber, ne souhaite pas les recevoir. Bond retourne voir Kitty alors que Kenz décide de rester dans le coin. Alors qu’il est avec elle, 007 reçoit un paquet : le corps de Kenz, mort, comme s’il avait été mordu par des requins.

De nuit, Bond retourne à l’entreprise de poissons tropicaux et découvre que M. Big fait voyager ses pièces d’or cachées dans les fonds des aquariums. Surpris par Robber et Sam Miami, Bond fini par être capturé et attaché à une poulie au-dessus du bassin des requins. Bond parvient à se libérer et blésé par Sam Miami qui fini par mourir dans l’explosion de l’entrepôt (il avait activé un système d’autodestruction pour tuer 007).

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Lorsque Bond va retrouver Kitty, il ne la trouve pas : elle a été kidnappée par Robber. Ayant appris par un de ses hommes que Robber se dirigeait vers Grand Bahama, Bond décide de s’y rendre.

Chapitre 4 : Prompter, le magicien

Sur place Bond rencontre un gamin nommé Tonto qu’il engage comme guide, et rencontre un mystérieux homme qui le suit et qui lui dit qu’une femme ressemblant à Kitty va être sacrifié au « Dieu Prompter ». Les habitants de l’île semblent être effrayés par Prompter mais pas Tonto, il aide Bond a retrouver l’homme mystérieux (et l’acolyte qui l’accompagne, un certain Dachika). Celui-ci dit finalement s’appeler Hayato Oogaki, c’est un japonais dont la mère fut autrefois sacrifiée au Dieu Prompter ; Dieu qui est en fait M. Big selon Oogaki.

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Oogaki et Dachika décident d’accompagner Bond au lieu où a lieu le rituel dévoué au Dieu Prompter ; Tonto décide de venir aussi, malgré la réticence de Bond. Là-bas, Bond voit M. Big de ses propres yeux pour la première fois du manga, ainsi qu’une femme ressemblante à Kitty (peinte en noir et) en mauvaise posture. À l’aide de l’avion télécommandé de Tanto, 007 crée une diversion pour éloigner les adorateurs du Dieu Prompter et se retrouver face à dernier. 007 sauve la femme ressemblant à Kitty (mais il découvrira un peu plus tard que ce n’est pas elle), il décide d’épargner M. Big avant de s’en aller. Bond et ses acolytes tombent sur Robber durant leur fuite et se retrouvent vite poursuivit. Après avoir échappé aux poursuivants, Bond apprends que M. Big à quitter l’île pour la Jamaïque ; Oogaki souhaite accompagner Bond là-bas.

Chapitre 5 : Le challenge de l’océan

Dans l’avion qui les mène en Jamaïque, ils sont repérés par deux assassins jumeaux du réseau « ABC » (réseau d’assassins de M. Big auquel appartenait « G »). À l’aéroport Bond et Oogaki sont accueilli Jim Drake ; Bond décide de les laisser tous les deux pour aller voir Trains, le chef du service secret britannique aux Caraïbes. Sur le trajet les jumeaux assassins essayent de semer les l’énervement et la confusion dans la tête de Bond par diverses actions, en se montrant avec de disparaître, Bond parvient à en éliminer un.

Avec Trains, Bond observe de loin l’île de l’ancien pirate « Bloddy » Morgan d’où M. Big extrait ses pièces d’or. À la nuit tombée, Bond et Hayato Oogaki plongent dans le but de s’infiltrer sur l’île. Après avoir réussi à éviter de se faire manger par des requins, ils se font finalement capturer. Le jumeau voulant venger son frère, M. big organise un duel au pistolet entre lui et Bond ; 007 gagne en tuant le jumeau.

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Bond et Oogaki sont enfermés dans une cellule mais parviennent à s’en évader avant d’être très rapidement recapturé et réenfermé. Étrangement Kitty essaye de les libérer mais est surprise et capturer (M. Big voulait l’épouser, c’est pour cela qu’elle n’était pas enfermée). Bond, Oogaki et Kitty sont laissés ligotés près d’une bombe, mais grâce à une lame cachée dans le talon de la chaussure de 007, ils se libèrent. Bond décide de retourner la bombe contre M. Big en faisait exploser avec le bateau sur lequel il se trouve (en compagnie de Robber), le Secatur. M. Big est présumé mort dans l’explosion de son bateau.

Au passage, si vous l’avez loupé, sachez aussi qu’un autre fan s’est lancé dans le pari fou de prendre les comics James Bond qui ne sont jamais sortis en anglais pour les traduire en langue anglaise ! Quelques-uns sont déjà trouvables sur son site, ainsi que les parties 2 et 3 du comics GoldenEye de Toops qui ne furent jamais publiés…

About the author

Clément Feutry
Fan passionné de l'univers littéraire, cinématographique et vidéoludique de notre agent secret préféré, Clément a traduit intégralement en français le roman The Killing Zone et vous amène vers d'autres aventures méconnues de James Bond...

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