Les 6 visages de Daniel Craig

C’est aujourd’hui l’anniversaire de Daniel Craig, le 6e acteur officiel à jouer James Bond, qui fête ses 49 ans. La semaine dernière, l’acteur britannique passait devant Pierce Brosnan, en nombre d’années passées dans le rôle (depuis son annonce comme nouveau James Bond jusqu’à l’annonce de son départ), juste après Roger Moore qui garde toujours le record (si on excepte Jamais plus Jamais).

Cela fait donc 11 ans que Daniel Craig a surpris tout le monde en étant annoncé comme nouveau James Bond ‘blond’ en octobre 2005. Depuis lors, deux cartons critiques et populaires avec Casino Royale et Skyfall, qui se sont hissés en tête des classements, et deux expériences avec Quantum of Solace et SPECTRE qui ont peiné à convaincre.

Quatre films à l’image de l’acteur : s’il est célébré comme meilleur interprète de 007 par beaucoup, l’agent blond à la froide musculature n’a pas non plus convaincu tout le monde. La raison ? Son James Bond n’est peut-être pas encore arrivé en dépit du smoking, à clairement se définir.

Alors le Bond de Daniel Craig, c’est quoi ? Petite rétrospective.

Sentimental ou dur à cuir ?

Daniel Craig a surpris tout le monde avec son Bond très violent et musclé dans Casino Royale : par rapport aux précédents Bond qui plongeaient dans l’action avec élégance pour en sortir en refaisant simplement leur nœud de cravate, ce Bond cogne durement, il saigne systématiquement, s’en prend plein la figure et est physiquement plus impliqué.

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Comment faire oublier Pierce Brosnan en un seul plan

Tout au long de ses quatre films, le Bond de Craig s’est toujours déplacé comme un boxeur allant au contact de l’action de la façon la plus directe possible, ne se retenant jamais sur la brutalité des combats. Mais le Bond de Craig est aussi un 007 sensible. Quand il n’est pas en conflit au milieu d’une mission, il se montre sentimental, tombe facilement amoureux et fait preuve d’une fidélité plus marquée à l’égard de ses conquêtes (c’est à dire celle qui apparaissent plus d’une scène) : Vesper Lynd, Camille, M et Madeleine ont chacune réussi à faire sortir Bond de sa réserve pour se confier un tant soit peu.

Le 007 de Daniel Craig est donc plus extrême : par rapport à ses prédécesseurs qui passaient de combats en conquêtes sans jamais sembler trop bouleversé, le Bond de Craig s’émeut et se bat de façon beaucoup plus  intense. L’élégance et le détachement purement bondien sont devenues une façon pour 007 de cacher ses états d’âmes ou de contenir sa violence : on y a perdu le charme de playboy de 007 pour y gagner un nouveau charisme apporté à ce personnage d’espion.

Un James qui n’en finit pas de devenir Bond

Une des raisons pour lesquelles le Bond de Craig est difficile à cerner, c’est qu’il n’en finit pas de changer. Martin Campbell a imaginé un Bond en devenir qui se perfectionne au fil du film, et cela a si bien marché que tous les réalisateurs ont voulu faire prendre le même chemin à leur acteur fétiche. Marc Forster a choisi la vengeance, Sam Mendes le retour aux origines puis les histoires de famille, pour le simple plaisir de voir un Bond hésitant regagner sa maîtrise et sa classe.

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Ça vous amuse de me voir souffrir ?

Chapeau bas à Daniel, qui du coup, a réussi à ne pas rejouer la même déprime dans chaque James Bond : amoureux en deuil dans Casino Royale, puis vengeur taciturne dans Quantum of Solace, il se la joue agent déprimé sur le retour dans Skyfall avant de s’amuser à faire l’agent décomplexé face aux spectres de son passé.

Le Bond de ces deux dernières années est difficile à cerner, parce qu’il est toujours en mouvement. Chaque nouveau film vient contredire la promesse faite au précédent épisode que James Bond est devenu le 007 que l’on connait. L’écriture ère, mais Daniel Craig reste impeccable dans ses interprétations.

Anti-héros dans un monde héroïque

Depuis 2006, les James Bond ont arrêté d’être des missions de 007 pour devenir des films sur James Bond. James a passé plus de temps à échouer dans ses missions qu’à les gagner. Il se fait virer dans presque chaque épisode. Les méchants le réduisent en miette une fois sur deux, mais vaillamment, Bond se relève, enfile un smoking, et reprend bravement le service au son du James Bond Theme.

Etes vous prêt à reprendre le travail... encore une fois ?
Etes vous prêt à reprendre le travail… encore une fois ?

Les films ont fait de Bond un anti-héros, mais peu nombreux sont ceux qui lui feront le reproche d’avoir foirer sa mission, perdu l’argent ou fait liquider sa bosse. Parce que Bond évolue dans un monde plein de James Bond Girls et de méchants hauts en couleur. Si Bond n’est pas sûr de lui, les génériques, les ennemis, les alliés et les décors exotiques sont toujours de mises pour nous rappeler où nous sommes. La caméra a tendance à s’agiter, mais Bond ne se confond jamais avec Bourne. Les personnages meurent, mais le petit monde du MI6 continue de se renforcer avec un nouveau M, un nouveau Q, une nouvelle Moneypenny.

Daniel Craig est un Bond qui modernise son monde, tout en recyclant la formule. C’est plus ou moins réussi, et convaincant (en particulier pour SPECTRE), mais on sent que Bond est tout à fait à l’aise dans son univers. D’ailleurs, la magie bondienne a fonctionné, car l’outsider Craig est vite devenu une icône sex symbole, avec moult Omega et publicités bondiennes pour en faire l’homme au smoking qui fait rêver les potentielles Bond Girls.

007 dans la cour des grands

Les Bond de Craig sont aussi des Bond plus prétentieux. La caméra passe en noir et blanc, Sam Mendes joue aux plans séquences, les décors et éclairages de Roger Deakins redorent la réalisation des James Bond. Les réalisateurs jouent à déplacer les gunbarrels et jouer sur les symboliques, encore plus que ne les faisaient les précédents Bond.

Royaume Uni...
James Bond = Angleterre si ce n’était pas suffisamment finement impliqué

Si 007 a renoncé à la surenchère d’effets spéciaux destructeurs et de menaces mondiales (la place est occupée par Marvel), Bond a des prétentions de classe. Les films comptent bien être reconnus pour leur élégance, la sophistication de leur image, et leur mise en scène de Londres et du Royaume Uni. Avec ses séquences comme celle des jeux olympiques, le Bond de Daniel Craig est devenu l’icône British la plus importante du cinéma, et compte d’ailleurs plus que son habituelle image d’espion. Craig a assumé sans problème ce rôle.

Un acteur impliqué

George Lazenby ne prétendait pas savoir jouer, Sean Connery se laissait guider par ses producteurs, Roger Moore faisait preuve du même détachement dans ses rôles que sur les tournages, tandis que Pierce Brosnan endossait sans broncher le smoking et ses codes… Daniel Craig a au contraire montré un investissement inhabituel pour un acteur détenteur du Walther PPK.

Espion et producteur mes bon(d)s amis

Il faut dire qu’il avait une crédibilité à établir. Raillé lors de son annonce, Daniel Craig s’est impliqué physiquement dans la préparation des scènes d’action de Casino Royale et Quantum, il a essayé d’être le plus convaincant et surprenant possible dans son interprétation de Bond, sans céder à la facilité. Mieux encore, il s’est impliqué au fur et à mesure dans la production.

Ça a commencé lors de la grève des scénaristes, lorsque l’acteur et le réalisateur Marc Forster se sont retrouvés à improviser un film sans scénario détaillé. Ça a continué avec Skyfall quand Craig a recommandé Sam Mendes, avant de passer lui même producteur et poser son grain de sel dans l’écriture du personnage. Cette implication devant et derrière la caméra s’accompagne d’un comportement à « l’actor studio« , qui donne sans doute plus de sérieux dans l’interprétation de l’agent que Bond n’en a besoin pour les scènes.

Pas étonnant que Craig ait déclaré préférer s’ouvrir les veines à la fin du tournage de SPECTRE plutôt que d’enchaîner sur un autre film. Craig s’est aussi prêté de bonne grâce au cirque de la promotion et des interviews, a prêté sa voix au Bond des jeux vidéos dont Bloodstone, mais on sent à chaque fois que c’est un acteur qui prend plus de plaisir sur un plateau qu’à surfer sur sa célébrité.

Craig 2017 ?

Doit on cracher dans la soupe quand on incarne un rôle le plus prisé du cinéma ? Craig a une relation ambiguë avec Bond. Le rôle a été significatif pour sa carrière, et il se l’est approprié, mais il n’a pas résumé sa vie autour du petit monde d’EON productions.

Après Casino Royale, il s’est essayé à des films indépendants (Flashbacks of a fool), des blockbusters avec plus ou moins de succès (Cowboys contre Envahisseurs, Invasion) et des films de genre (Dream house). Essais non-transformés : les films n’étaient pas à la hauteur de leurs ambitions, et Craig est monté dans les mauvais wagons du train d’Hollywood.

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Je ne serais pas étiqueté James Bond, David, tu m’entends !

Heureusement pour lui, il s’est fait une place sur la scène de Broadway qui lui permet de démontrer ses capacités d’acteurs sur les planches (récemment dans Othello), et il a eu la chance de retenir l’attention de David Fincher pour le formidable Millenium – Les hommes qui n’aimaient pas les fans, un succès qui confirme sa capacité à prendre d’autres rôles.

Personne ne sait où ira Bond 25 (avec ou sans Craig, avec quel nouveau distributeur, quelle direction artistique ?). Mais Craig profite de ce temps de latence pour diversifier ses horizons. Il s’essaie au drame historique avec Kings, aux séries avec Purity, au film de cambriolage avec Logan Lucky, en s’offrant un caméo dans Star Wars. On attend avec impatience de voir ces nouveaux visages de Daniel Craig en 2017, avant, on l’espère, un dernier tour de piste pour nous surprendre, une fois de plus en James Bond ?

Et vous ? Quand est-ce que Daniel Craig vous a le plus marqué ?

Pour aller plus loin : Daniel Craig sur le site du Club James Bond France

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