James Bond contre Dr Script

James Bond contre Dr Script

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Dr No Script

Nous sommes en 1961, Albert Broccoli, Harry Saltzman et United Artists souhaitent faire le premier film de James Bond. Ils pensent d’abord à Opération Tonnerre, mais pour des raisons financières, ce sera finalement Dr No qui sera choisi à la place. Le 21 juillet, ils embauchent Wolf Mankowitz pour écrire le script de Dr No ; Richard Maibaum est quant à lui embauché pour écrire Opération Tonnerre (dans le but d’en faire le second film de James Bond).

Wolf Mankowitz remet un script de 102 pages d’une première mouture de Dr No, qui dans l’ensemble, est fidèle au roman de Ian Fleming. Il comprend le Major Boothroyd, le supplice de Bond dans la ventilation, et même la confrontation finale contre un calamar géant (qui attaque ici une Honey ligotée). Les producteurs sont conscients qu’il serait difficile de filmer de manière convaincante ce script, notamment pour le passage du calamar ; pendant ce temps Maibaum complète son script d’Opération Tonnerre le 18 aout.

dr__no_poster_by_erich0823-d6ksv4gLes droits d’Opération Tonnerre étant débattu, et voyant que l’action en justice de Kevin McClory allait durer un certain temps, EON préfère concentrer tous ses efforts sur Dr No ; c’est ainsi que Maibaum rejoint Mankowitz pour l’écriture de l’aventure jamaïcaine de James Bond. Mais lorsque le duo présente son scénario à Albert Broccoli, il est clair qu’il y a un problème de taille : le Dr No serait devenu un singe ! Je répète : un singe, l’animal (bon en réalité, ce ne serait pas vraiment exact comme nous le verrons plus tard) ! Maibaum expliquera plus tard qu’il pensait avec Mankowitz que le Dr No de Fleming était « le personnage le plus ridicule au monde. Fu Manchu croisé avec le capitaine Crochet ». Les deux scénaristes ont pensé qu’un tel personnage ne passerait pas auprès de public et ont pris la décision d’avoir un méchant affublé d’un ouistiti sur l’épaule.

Autant dire que l’idée n’est pas passée auprès de Cubby Broccoli (et United Artist) qui fut outré avant de demander aux scénaristes de rester proche du roman. En fait dans la première (7 septembre 1961) et la seconde version (25 septembre) de leur script de Dr No, Maibaum et Mankowitz ont changé de grandes lignes de l’intrigue originale. Dans la scène d’ouverture, par exemple, Strangways du SIS est assassiné par un gang d’Afro-Chinois caraïbains. Bien que l’on retrouve cette scène dans le film, les premiers scripts incluaient une autre scène dans laquelle un agent secret américain, nommé Christopher, était assassiné à bord du SS Orinoco. Ce Christopher était tué alors qu’il essayait de contacter Strangways pour l’avertir que le navire (transportant des explosifs) se dirigeait vers Crab Key. Bond est alors envoyé en Jamaïque pour tenter de découvrir qui a assassiné Strangways. Alors qu’il commence ses investigations, il rencontre un anti-Castro cubain nommé Gomez qui est impatient de faire sa connaissance. À mesure que le script du film progresse, il devient clair que Gomez est en fait un agent cubain qui essaye d’obtenir des armes et des explosifs du Dr No. Comme le script le dit :

L’image est plus claire maintenant, dit Bond à Leiter. Le Dr No fournit évidemment des armes aux « pro-cubains » [pro ?] des Caraïbes à travers Gomez, et ses opérations de « guana » [je suppose qu’ils voulaient dire guano] sont seulement une couverture pour sa maison d’armement.

Le but de tout ceci devient plus clair lorsque Bond découvre que l’équipage attaché aux SS Orinoco (qui porte le pavillon cubain) a l’intention de détruire une partie du canal de Panama (territoire des États-Unis à cette époque) et par conséquent créer l’impression que Cuba est responsable de cet acte de « terrorisme ». Quand Bond confronte enfin le Dr No avec l’intrigue « cubaine », il est informé que la conspiration est en réalité plus sinistre :

Quand le canal de Panama sera soufflé par un navire battant pavillon cubain, cela entrainera sans aucun doute des représailles du gouvernement américain contre Cuba. La contre-action de la Russie qui suivra devrait produire un état très désirable de chaos, dans lequel une organisation [criminelle] résolue et très efficace comme le Black Monkey deviendrait le facteur dominant des Caraïbes.

Dans un twist final, l’un des compagnons anglo-jamaïcain de Strangeways, Hugh Buckfield, se révèle être le Dr No parce que, comme le note Bond, les deux hommes ont un singe cebus identique comme animal de compagnie (c’est du moins ce que dit le résumé de Cinema and Popular Geo-politics), cependant dans The James Bond Archives il est dit c’est le singe et non Buckfield qui serait le Docteur No !

Sur une page de script exposée à Designing 007 Paris, on peut lire :

IMG_8272Bond se retourna vers quelqu’un qui entrait derrière la chaise. Buckfield.
– Bonsoir, Mr. Bond.
– Bonsoir, Mr. Buckfield. (En indiquant le singe) et ceci, je suppose, est le Dr No.
– Comme vous êtes intelligent, Mr. Bond. De manière sentimentale, je l’ai nommé d’après mon vieil ami et bienfaiteur dont vous avez eu la décence de visiter sa tombe ce soir. J’ai hérité de son organisation après sa mort il y a quelques années. Je pense que je peux dire que j’ai quelque peu amélioré les méthodes plutôt primitives du Docteur XXXXX. The Black Monkey Tong […]

Quoi qu’il en soit, Buckfield et le singe périssent dans une boule de feu gigantesque lorsque Bond détruit le SS Orinoco chargé d’explosifs.

Le script envisageait aussi que l’opération visant à localiser et détruire les activités du Dr No puisse être une mission anglo-américaine conjointe parce Leiter aurait également l’intention de venger la mort de Christopher. Ce script incluait aussi Honey Ryder (une Chinoise), la salle des radios, Bond et Sylvia (au casino et à l’appartement) et M donnant la mission à Bond.

Le canal de Panama en 1960.
Une des écluses du canal de Panama dans les années ’60.

Dans la seconde version du script l’idée du singe est abandonnée, et le Dr No assassine Buckfield plutôt que de prendre son identité. Alors que l’agent cubain Gomez reste au cœur du plan secret, l’accent est mis sur la « Red China » plutôt que sur le Dr No et son organisation criminelle chinoise, Black Monkey. Le Dr No n’est plus représenté comme un simple génie du mal chino-allemand avec de vagues liens avec la pègre chinoise. Dans une expansion du second script, il est décrit comme un « agent Red Chinese » qui cherche à convaincre Bond de se joindre à son organisation parce que :

La destruction des écluses Gatun du canal de Panama va sans aucun doute entrainer des représailles des États-Unis contre Cuba. Cela provoquera une action de la Russie contre les États-Unis. Une telle situation est considérée comme souhaitable pour la Red China. Dans le conflit qui suivra, il y aura de nombreux domaines où les conditions chaotiques prévaudront. L’un d’eux sera dans les Caraïbes. Les activités du Dr No exploiteront bénéfiquement ces conditions pour la Red China et pour lui-même. Il aura plus que jamais besoin d’une organisation efficace… De son opinion, Bond serait un remplaçant idéal [pour Buckfield].

Mais chez CJB, nous n’avons pas la chance d’avoir ces tout premiers scripts. En revanche nous en avons un qui est daté du « 8.1.1962 ». Il est précisé sur la première page qu’il s’agit du « Fifth draft screenplay » ; il a été écrit par Richard Maibaum, Wolf Mankowitz (qui demandera à ce que son nom soit retiré du générique car il pensait que le film serait un désastre) et J.M. Hardwood, et est basé sur le roman de Fleming. Intitulé « DR. NO », il est destiné à « EON film productions limited ». Il s’agit d’un script de 134 pages qui contient quelques fautes d’orthographe et qui est vraiment similaire à ce qui sera filmé.

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DR. NO

Le script s’ouvre directement sur les « Three Blind Beggars » (Les trois mendiants aveugles, qui ne sont donc pas orthographié Three Blind Mice) et qui dont notamment décrits comme des « nègres chinois » qui marchent dans Kingston (Jamaïque). Un passant leur donne de l’argent les trois hommes lui disent : « Que Dieu vous bénissent, Monsieur ».

Les trois hommes continuent à se déplacer vers l’avant, et lorsqu’ils atteignent le premier plan, le générique du film se lance en surimpression. Alors que le générique continue, les trois mendiants aveugles disparaissent de la scène.

Au moment où le générique est sur le point de se finir, nous revoyons nos trois lurons marcher dans divers endroits de Kingston, à chaque fois le ciel devient plus sombre alors que le temps passe et le générique se termine.

Finalement les Three Blind Beggars arrivent au Queen’s Club comme dans le film où Strangways (grand et maigre avec un « black patch » sur son œil droit), Pleydell-Smith, Dent (dont on nous dit qu’il est « métallurgiste de profession ») et Potter jouent au bridge. Comme dans le film Strangways s’en va, mais il y a un dialogue supplémentaire lorsqu’il part :

Potter : D’ailleurs, quel est sa misérable compagnie ?
Dent : C’est le représentant/agent des Caraïbes pour Universal Exports… [À un serveur] Comme d’habitude.
Potter : Universal Exports ? Jamais entendu parler.

La suite se déroule comme le film (la mort de Strangways et de sa secrétaire Mary Prescott, salle des communications, casino Le Cercle, la révélation petit à petit de Bond alors qu’il joue aux cartes contre « Sylvia Trenchard »).

Bond se rend à l’immeuble du M.I.6. près de Regent’s Park où il arrive au bureau de Moneypenny (sans lancer son chapeau), puis après une conversation similaire au film, il se trouve dans le bureau de M (décrit comme « un homme dans la moitié de sa cinquantaine, bien installé, avec quelque chose de marin en lui »).

Les dialogues sont à nouveau très similaire au film, le Major Boothroyd (décrit comme « petit et maigre avec des cheveux sandy (blond-roux) ») vient présenter le Walther PPK à Bond, M confisque le Beretta (« Ils se regardent chacun dans les yeux, tous deux se comprennent vraiment parfaitement »), Moneypenny, Sylvia (habillée d’un haut de Pyjama appartenant à Bond) qui golf chez Bond… « La caméra fait un un panoramique vers le bas pour filmer ses orteils [à Bond] remuer à l’intérieur de ses chaussettes de soie du soir et [Sylvia] est sur la pointe de ses pieds nus. Le club de golf tombe sur le tapis ; sa cravate rejoint le club, et COUPEZ ».

Dans la scène qui suit, Bond prend le vol BOAC pour la Jamaïque (plutôt que celui de la PanAm) et rencontre un chauffeur qui lui dit « I’m Mistuh [Monsieur] Jones suh… chauffeur du Palais du gouverneur ». Bond lui dit qu’il va vérifier la réservation auprès du Palais en l’appelant même « Mistuh Jones » en retour. 007 obtient Pleydell-Smith au téléphone, il y a une ligne de dialogue supplémentaire où Pleydell dit à sa secrétaire : « Merci, Miss Taro. Je vous appelle quand j’aurais besoin de vous ».

Bond et Jones partent de l’aéroport, suivi par une voiture contenant Felix Leiter (décrit comme un « grand maigre au visage taillé à la hache ») et Quarrel (décrit comme un « insulaire caïman »). Le chauffeur fait remarquer à Bond qu’ils sont suivi, Bond lui demande de les semer. Jones accélère, « manque de justesse un bus local portant l’inscription BROWNSKIN GAL, effrayant trois ânes chargés [pour le marché] et deux grosses femmes, portant des bandanas, qui dirigeaient les animaux ».

Comme dans le film, ils prennent un chemin secondaire, Bond se retrouve seul avec le chauffeur et il commence à l’interroger en continuant de s’adresser à lui comme « Mistuh Jones ». L’homme se suicide et Bond se rend au Palais du gouverneur. 007 discute des récents évènements avec Pleydell-Smith et Duff, il est à nouveau dit que le professeur Dent est métallurgiste (au lieu de minéralogiste).

Lorsqu’il est de retour à son hôtel, Bond se fait servir les ingrédients d’un Gin tonic (dans le film ce sera une vodka martini) et avant de sortir de sa chambre, il se verse et boit du gin (dans le film, Bond ne préfère vraisemblablement pas boire de peur qu’il y ait du poison dans son verre).

Plus tard, Bond suit Quarrel jusqu’au restaurant de Pus-Feller (décrit comme un « immense NÈGRE dans une chemise blanche immaculée et pantalon, avec un cummberbund multicolore et un nœud papillon qui va avec »). Ici Felix Leiter est vraiment introduit à l’histoire (bien que ce personnage n’apparaisse pas dans le roman), les scénaristes ont décidé que contrairement à l’univers littéraire, Leiter et Bond (ainsi que Quarrel) ne se connaissent pas encore :

Derrière lui, un inconnu pour lui, LEITER est apparu à la porte. Il prend doucement le poignet de BOND et enfonce un Walther dans ses reins tout aussi gentiment.

LEITER
(tendre)
Tout doux l’ami, tout doux. Ne nous excitons pas, hein ?

BOND se raidit. Sa position est maintenant intenable et il n’est pas un imbécile. LEITER se déplace en face de lui et prend son pistolet. Il regarde les deux armes identiques avec ses sourcils légèrement levés.

L’échange qui suit est très similaire au film, il est intéressant de noter que les indications scéniques disent : « [Quarrel] qui a un air de meurtrier, s’avance et fouille BOND avec expertise. (Avec expertise signifie qu’il commence au niveau de la chaussette avant de se diriger légèrement vers le haut. Un lieu de prédilection pour garder une deuxième arme à feu ou un couteau attaché à l’intérieur de la cuisse. QUARREL sait évidemment cela) ».

La scène suivante se déroule restaurant/night-club de Pus-Feller. Le script nous dit que « dans l’arrière-plan, QUATRE FILLES ATRACTIVES, qui sont vêtues de juste ce qu’elles sont obligées de porter par la loi, effectuent un Twist particulièrement jamaïcain » (ce sera en quelque sorte remplacé par Byron Lee and the Dragonaires dans le film).

Bond se rend plus tard à un laboratoire où il souhaite voir le professeur Dent ; Dent décide alors de se rendre sur l’ile de Docteur No. Voici comment les lieux sont décrits :

Le récif et l’usine de bauxite commencent à être visibles. La vedette se rapproche de la terre et du quai animé où plusieurs petits cargos sont amarrés pour être chargés de bauxite. Plusieurs grues se trouvent également sur le quai, proche de tas de bauxite rouge. L’air est plein de poussière. Derrière le quai, les murs abrupts du flanc de montagne se dressent presque immédiatement. Un couple de négros chinois aide le professeur Dent à débarquer. Des gardes armés se dressent aux extrémités du quai et aux portes qui mènent à un complexe contre la roche. Dedans se trouve un couple de chaises, des équipements de secours, quelques petits compartiments cadenassés. Les nègres chinois et le professeur entrent dans le complexe et traversent une petite porte en métal qui se trouve dans le flanc de la montagne. Un nègre chinois sonne une cloche […].

Ultimement, Dent entre dans la pièce de l’araignée, mais celle-ci est loin d’être celle que construira Ken Adam : l’endroit est décrit comme « No’s apartment ». Les murs sont en marbre poli et le Docteur se trouve dans la pièce. Tout ce que l’on voit de No durant cette scène, c’est son ombre et un coin de son bureau. No dit à Dent « Good afternoon… Professor », en faisant sonner le « Professor » comme une insulte selon les indications scéniques. No touche un bouton, la porte derrière Dent se ferme automatiquement et un fort faisceau de lumière arrive sur ce dernier.

Dr No script 1

Le dialogue qui suit est très similaire à celui du film, puis No tend une cage à Dent (le spectateur n’est pas censé clairement qu’il y a une « tarentule » dedans, mais « quelque chose de noir et velu ») en disant :

Dr. No : Comme vos tentatives d’assassinat ont été si inefficaces… essayons une « cause naturelle » cette fois…

Entre le moment où Bond écrase la tarentule avec sa chaussure et où il revoit Pleydell-Smith, le script prévoyait une scène entre Moneypenny et M dans le bureau de ce dernier :

Moneypenny : Un signal de 007, monsieur.
M : Pourquoi diable veut-il cela [probablement le compteur Geiger] ?
Moneypenny : Aucune idée, monsieur.
M : Hm… Bien. Envoyez-le-lui sur le vol de ce soir.
Moneypenny : Oui, monsieur. C’est déjà en route.

Lorsque Pleydell-Smith donne à Bond le Geiger, 007 lance : « Well… well a birthday present by Aunt Eileen… ». Inutile de me demander, je ne comprends pas la référence derrière cette phrase.

La suite du script se déroule comme le film jusqu’au moment où Bond se trouve seul chez Miss Taro. Après qu’elle ait été embarquée dans le faux taxi, Bond « fredonne A Lovely Way to Spend an Evening » en retournant dans la maison. 007 s’installe et le professeur Dent arrive.

Dent tire sur le lit, mais surprise : à ce moment le public n’est vraiment pas censé savoir que Bond ne se trouvait pas dedans, « La pièce vient à la vie alors que la lumière s’allume. Bond est assis dans une chaise […] sa main gauche sur l’interrupteur de la lampe ».

Les deux hommes discutent, mais là, il y a quelque chose de surprenant dans le script. Celui-ci ne donne pas une, mais trois versions de la mort du professeur (probablement pour pouvoir faire face à la censure) !

La première est celle que l’on retrouvera (un peu différemment) dans le film :

BOND
Pour qui travailliez-vous, professeur ?

DENT
Je peux aussi bien vous le dire… vous ne vivrez pas assez longtemps pour utiliser cette information… Je travaille pour…

Dent fait un mouvement vif vers son arme, la prend et la dirige vers Bond. Alors que son doigt s’apprête à appuyer sur la détente :

DENT
(triomphalement)
…Dr. No !

Il appuie sur la détente, mais il n’a plus de balles.

BOND :
Seulement six balles dans un Smith & Wesson, professeur… Et je les ai comptés…

Bond lève délibérément son arme et appuie sur la détente. Dent tournoie en arrière comme si quelqu’un l’avait frappé et s’écrase sur la fragile table chinoise. Il roule sur son dos… ses jambes sont sous son menton et il a une convolution d’agonie… [… ] puis demeure immobile. Bond se lève et se dirige vers lui. Il n’a pas besoin de l’examiner attentivement, il sait exactement où il l’a touché. Il souffle la fumée qui sort de son arme et va au lit où nous voyons que les formes étaient faites par des traversins et des oreillers. Ils ont été déchirés par les tirs, […] des plumes sont éparpillées. Bond prend le téléphone et compose un numéro. Ses yeux sont durs. COUPEZ.

Dans le film, Dent ne dit « Dr. No ! », Bond continu à lui tirer dessus après le premier coup et ne se dirige pas vers le téléphone. La « first alternative version » donnée par le script est la suivante :

DENT
(triomphalement)
…Dr. No !

Mais l’inattention de Bond était seulement assumée. Il tire aussi, mais plus vite et aussi plus précisément. La balle de Dent finit dans le mur derrière lui, et la balle de Bond frappe Dent dans le centre de sa poitrine. Dent tournoie en arrière comme si quelqu’un l’avait frappé et s’écrase sur la fragile table chinoise. Il roule sur son dos… ses jambes sont sous son menton et il a une convolution d’agonie… […].

Dr No script 2

Enfin la « second alternative version » se présente ainsi :

DENT
…Je peux aussi bien vous le dire… vous ne vivrez pas assez longtemps pour utiliser cette information… Je travaille pour…

Dent fait un rapide mouvement vers son arme, mais l’inattention de Bond était seulement assumée. Avant que Dent n’ai plus atteindre l’arme, Bond a tiré. Dent tournoie en arrière comme si quelqu’un l’avait frappé (continuer comme avant)…

Bond, Leiter et Quarrel se retrouvent ensuite dans un bateau direction Crab Key. Les choses sont similaires au film mais il y a quelques dialogues qui sont légèrement différents :

LEITER
Laisse-moi y aller avec lui…

BOND
On en a déjà discuté tout le long du trajet. Il se trouve que Strangways était un ami… De toute façon c’est mon boulot.

Nous arrivons maintenant à l’une des scènes les plus culte du film, voir de toute la saga : la première rencontre entre Bond et Honey. Voici comment le script décrit ce moment :

Le soleil frappe Bond alors qu’il dort. Dans la distance, comme dans ses rêves, il peut entendre une femme qui chante. Doucement ses yeux s’ouvrent et pendant quelques minutes nous le voyons essayer de mettre les choses au clair. Puis, comme s’il est conscient des sons autour de lui, il se redresse. Puis, doucement il se faufile en avant et regarde attentivement à travers les herbes. Son expression est de la pure incrédulité.

Ce qu’il voit : Honey debout au bord de l’eau, dos à lui. Elle est nue à l’exception d’un petit bout de bikini fait maison [a wisp os home-made bikini] et une large ceinture de cuir avec un couteau sous-marin dans une gaine. (Un couteau sous-marin diffère d’un conventionnel couteau de chasse [et les scénaristes expliquent en quoi]). Ses cheveux blond-frêne descendent jusqu’à ses épaules, un peu mouillées et débraillées. Sa peau est d’une profonde couleur miel [honey en anglais]. Un masque de plongée a été poussé sur son front. À ses pieds se trouve un tas de petits coquillages roses. […] La fille pose un coquillage et en prend un autre qu’elle commence à examiner soigneusement. […] Bond, appréciant ce qu’il voit, prend la relève pour le refrain du calypso. Honey se retourne, ses yeux grands ouverts. Sa main se dirige vers son couteau.

HONEY
(murmure terrifié)
Qui c’était ?

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La suite du dialogue est pareil que dans le film (sauf que le cours des coquillages en prend un coup, ils valent 5$ à Miami au lieu des 60$ du film) et il y a un passage supplémentaire :

HONEY
(avec du dédain)
De toute façon, vous ne trouverez jamais le lit. Votre torse est assez gros… mais pas de la bonne forme.

BOND
(les lèvres tremblantes, les yeux courants sur la poitrine de Honey)
Non… vous avez l’avantage sur moi dans ce domaine.

HONEY
(impatiemment)
Je voulais dire pour plonger…

La vedette avec mitrailleur arrive (« Bond roule, protégeant le corps de Honey avec le sien »), puis dans la scène suivante ils s’enfoncent dans la jungle.

BOND
Foutus moustiques.

HONEY
Arrosez-vous d’eau… ils n’aiment pas cela.

[…] Leurs yeux se rencontrent. Il reconnait l’innocence de Honey… un nouveau visage pour Bond.

HONEY
Qu’est ce que je vous ai dit ? Je connais un tas de choses que vous ignorez.

Ce moment, qui pourrait être facilement le plus délicieux depuis toute leur rencontre, est interrompu par l’aboiement des chiens.

Plus tard, Bond et Honey se lavent puis discute dans une cave (en non à l’air libre comme dans le film). Lorsqu’elle évoque l’araignée veuve noire, Bond à une ligne de dialogue supplémentaire où il s’exclame : « Dieu Tout-Puissant ! ».

Puis il y a le « dragon », la mort de Quarrel, la décontamination, et ils sont accueillis par « sœur » Rose et « sœur » Lily. Elles amènent Bond et Honey dans leurs chambres, puis il y a le passage du Dr No et sa « main mécanique » et c’est l’heure de la première rencontre de 007 avec No dans la grande pièce avec l’aquarium. Le script précise que « à l’exception de ses yeux bridés, le Dr No aurait plus passer pour un homme d’affaires européen ». La vodka martini est ici introduite au script (par le Dr No) pour la première fois, No fait servir un Coca-Cola à Honey. Ils se dirigent vers la table du diner (il n’y a pas le tableau de Goya).

Ils dinent ensemble (No dit à propos de Honey : « She can amuse the guard », une réplique similaire a été changée pour la censure), la scène et les dialogues sont très fidèles au film. Bond se retrouve ensuite dans une cellule, puis voyage dans les tuyaux, et enfile une sorte de combinaison Hazmat. Enfin il y a les éléments de la salle du réacteur et la mort du Dr No (dans le script il tombe dans le bassin « chaudron » après que ses mains métalliques se soient retrouvées en contact avec un circuit électrique durant le combat contre Bond).

Dr No script 3

007 part maintenant à la recherche de Honey, mais celle-ci n’est pas ligotée en étant sur le point de se noyer ou de faire dévorer par des crabes, non dans le script elle se trouve dans sa chambre. Bond s’y rend :

Honey se tient dans debout dans une position pathétique… une bouteille de whisky levée en l’air en guise d’arme. Elle les [Bond et sœur Lily] regarde avec surprise… s’effondre à moitié. Bond s’avance pour la rattraper. Étant Bond, il attrape aussi la bouteille avant qu’elle ne touche le sol. Tenant Honey d’une main, il enlève le bouchon de la bouteille avec ses dents, prend une bonne gorgée, jette la bouteille sur le côté, prend Honey dans ses bras et se rend vers la porte […].

007 se dirige vers la sortie et voit les deux chauffeurs du Dragon qui s’apprêtent à fuir dans un bateau. Il pose Honey par terre et affronte les deux hommes avant de voler leur bateau. L’embarcation s’éloigne (le script ne demande pas d’explosion de Crab Key, juste de la fumée) et ils se retrouvent maintenant en plein océan. Il n’y a plus d’essence mais Felix Leiter arrive à la rescousse :

LEITER
J’ai ramené les Marines…

BOND
(avec un sourire narquois, alors qu’il aide Honey à se remettre sur ses pieds)
Vous avez choisi un sacré moment pour venir à la rescousse.

 

THE END

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(Et si jamais vous en avez que l’on a pas encore traité, contactez-nous !)

Sources : Le script du 8.1.1962, Cinema and Popular Geo-politics de Marcus Power et Andrew Crampton, The James Bond Archives de Paul Duncan et HMSS Weblog.

About the author

Clément Feutry
Fan passionné de l'univers littéraire, cinématographique et vidéoludique de notre agent secret préféré, Clément a traduit intégralement en français le roman The Killing Zone et vous amène vers d'autres aventures méconnues de James Bond...

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