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Un mois après la Première française du nouveau James Bond, le constat est sans appel : SPECTRE a reçu un accueil plutôt mitigé des critiques français et des fans.

De l’autre coté de la manche, Spectre rencontre au contraire les acclamations de la majeure partie des critiques, ces derniers étant tout à fait conquis par le film. Comment expliquer cette différence ? Pourquoi les fans et critiques français font-ils la fine bouche.

Ma réponse à cela est que James Bond est devenu son propre genre de film, avec Skyfall comme nouveau Maitre étalon.

Avant Skyfall, la routine bondienne

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Il fut un temps où les James Bond s’invitaient régulièrement parmi les blockbusteurs de fin d’année : on accueillait le divertissement avec bienveillance, sans autant d’attente que devant un nouveau Spielberg par exemple, mais plutôt comme le Disney de Noël. Même Meurs un autre jour et Quantum of Solace, aujourd’hui rejetés par presque tout le monde, ont eu un accueil plutôt chaleureux de la part des critiques au moment de leur sortie, applaudissant le divertissement ou le dynamisme d’une franchise toujours en train de se renouveler.

En 2006, Casino Royale a provoqué la surprise, parce qu’on s’est rendu compte que Bond pouvait viser beaucoup plus haut que là où on l’attendait. Mais la vraie surprise est venue avec Skyfall qui a réussi à renouveler l’exploit du double succès (critique et de box-office), en rendant Bond sombre et flamboyant, moderne et exigent, auteur et grand public.

Tout d’un coup, c’est comme si les Bond habituels avec leurs hauts et leurs bas n’existent plus : Skyfall a établi un sommet, et les Bond qui suivent sont tous évalués par rapport à ce premier 007 de Mendes : Bond est-il aussi sérieux ? Bond est-il aussi impliqué dans cette aventure ? Le méchant est-il aussi redoutable ?

Passer après Skyfall

Et SPECTRE qui suit en fait les frais : peu importe que ce soit un film d’une grande qualité d’image et de réalisation : ce n’est pas aussi bien que l’image léchée de Deakins. Peu importe la qualité des acteurs, les personnages ne sont pas aussi approfondis que dans Skyfall. Peu importe la mission de Bond et le retour du SPECTRE, Bond est moins touché et impliqué que dans Skyfall.

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On en arrive à cette situation absurde que depuis près de 10 ans, après Casino Royale, on se demande quand Bond reviendra à une intrigue classique, avec une bonne mission classique, un ennemi machiavélique traditionnel qui veut conquérir le monde, des gadgets, de la légèreté et de l’insouciance, et voila que maintenant, l’on rechigne devant ce film qui correspond exactement à ce que nous réclamions.

SPECTRE n’a pas la profondeur de Skyfall et c’est bien ça son seul film, même si dans le même temps, Mendes a remis Bond sur ses rails habituels.

Qu’attend-t-on de SPECTRE ? Un Skyfall ou un James Bond ?

Le Fossoyeur de Film avait très finement fait remarquer que le décalage était sans doute du au fait que, alors que les trois derniers James Bond faisaient toujours sortir Bond de sa zone de confort, on se retrouve là avec un Bond dont l’atmosphère est beaucoup plus légère, et où 007 a beaucoup moins de soucis personnel. On se retrouve en décalage avec nos habitudes des dix dernières années, par rapport à un « cycle Daniel Craig » qui semblait vouloir explorer toujours plus profondément la complexité de ce fripon de Bond.

A cela il faut ajouter, je pense, le fait que Spectre partage la même enveloppe de Skyfall, c’est à dire une réalisation exigeante, une photographie léchée, des acteurs qui s’approprient totalement les rôles, et des personnages avec un peu d’épaisseur. Le problème, c’est que l’intrigue, elle, est plus classique, et l’intrigue du retour de Blofeld est une histoire, somme toute assez classique, de relation fraternelle et fratricide.

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De l’autre coté du ring, Skyfall, avec tous ses défauts de scénario, offrait non seulement un nouveau reboot pour le staff du MI6 et un Bond vieillissant, une vengeance assez inédite d’un méchant contre une M qui n’a jamais été aussi maternelle vis à vis de Bond, et enfin une exploration du passé de Bond. En ce sens, il est un des Bond les moins habituels qu’il nous a été donné de voir. Spectre pouvait-il vraiment réussir à être aussi inhabituel que Spectre ?

Qu’attend-on vraiment d’un James Bond ?

Ce qui me chagrine dans l’affaire, c’est que critiques et fans oublient ce que sont ces films, avant d’être des James Bond : un divertissement haut en couleur, exigeant dans la réalisation, tourné aux quatre coins du monde avec de vrais moyens et pas seulement du numérique.

Si les anglais ont adoré Spectre, ce n’est pas parce qu’il s’agit de la suite de Skyfall, mais d’un bon « nouvel épisode » de ce vieux James Bond : les ingrédients habituels sont toujours présents, la réalisation est de qualité, les personnages hauts en couleur, les cascades impressionnantes réalisées sans CGI , l’histoire est assez dense sans manquer d’humour… Bref, Bond est toujours aussi bon et égal à lui même, et il nous fait passer un bon moment. C’est un grand spectacle qui se hisse déjà bien au dessus de la plupart des blockbusteurs habituels.

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Que demander d’autres à James Bond ? Si Spectre avait encore révolutionné totalement l’image de Bond, aurait-on été plus satisfait ? Au final, qu’en pense le grand public auquel ce film s’adresse, en plus des fans et des critiques ?

Pour tous ces défauts, ne devrions nous pas plutôt savourer Spectre pour ce qu’il est : un Bond classique et bien réalisé. Que demander de plus ?

Et vous, qu’attendez vous d’un nouveau James Bond ?

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En + : des critiques ou des avis ?

Un autre phénomène étrange de la réception de ce Bond concerne la façon dont sont rédigées les critiques. La plupart d’entre elles ne s’attardent pas tant sur la construction du film, que sur la liste des ingrédients qu’ils s’attendent à y retrouver. Aussi, selon le journaliste, Spectre va avoir un feu vert ou un feu rouge. Jugez plutôt par rapport à ces formules tirées de différents articles :

– L’histoire : Certains la trouve passionnante pour un James Bond, d’autres la trouve totalement niaise ;
– Le retour de Blofeld : Waltz cabotin dans le rôle pour les uns ou complètement cliché pour les autres ;
– Les clins d’œils et références du film : Le retour d’éléments bien connus pour certains, un manque d’originalité lourd pour d’autres ;
– Daniel Craig : très à l’aise dans le smoking ici, ou impassible et pas impliqué là ;
– Léa Seydoux : atout charme du film ou pâle comparaison par rapport aux autres Bond Girls
– L’humour du film : enlevé et dans la lignée des anciens Bond, ou ampoulés et trop léger.
– la réalisation : grand Bond classique ou film sombre et sans relief ?
– La scène de torture divise encore plus, entre des critiques la trouvant totalement traumatisante, et ceux se plaignant de ridicule.

Au final, les deux seuls aspects sur lesquels s’accordent les critiques, c’est le magnifique pré-générique avec son plan séquence, et le temps à l’écran, trop court de Monica Bellucci. A ce niveau, on est moins dans de la critique journalistique que dans des avis de spectateur.

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Ytterbium
Webmaster de Commander007.net Ne reculant devant aucun monologue, aucune traduction et aucun codage de site internet, l'Ytterbium ne vit que pour le plaisir de parler de Jamesbonderies... entre autres !

5 Comments

  1. SPECTRE EST LA SUITE DE SKYFALL…YES!MONICA BELLUCI EST DECEVANTE DANS LA MESURE OU LE MONTAGE DU FILM NE MET PAS EN VALEUR SON CARACTERE CHAUD ET LATIN…SA PRESTATION EST PLATE…SEUL SA RENCONTRE AVEC 007 AURAIT DU ETRE PLUS TORRIDE POUR SAUVER SES SCENES SANS SAVEUR.ET L HISTOIRE NOUS PROMENE TROP EN COLOMBIE BRITANIQUE AU LIEU DE L AUTRICHE…POUR QUI NOUS PRENT ON? QUANT AUX SCENES DE TORTURE ELLES INTERDISENT L ACCES AU JEUNE PUBLIC
    UN JAMES BOND TOUT JUSTE MEDIOCRE A CAUSE DE SITUATIONS NE GROSSISSANT PAS LE NOMBRE DE FANS DE JAMESBONDERIES DU FAIT QU EN LECTURE DU FILM ON VOIT QU IL Y A EU DES COUPURES AU MONTAGE QUI AURAIENT PU TRANSFORMER CE FILM EN AVENTURE AU LIEU DE 2H30 DE REPORTAGE SUR LE TERRORISME.PAS ASSEZ DE GADJETS.PAS ASSEZ DE SENSUALITE.PAS ASSEZ DE ROUTE POUR LES POURSUITES DANS ROME.TROP DE BATEAU ET PAS ASSEZ DE NATATION.UN 007 A REFAIRE AU MONTAGE

    1. Ytterbium

      Ce qui est dommage avec ce commentaire, c’est qu’il est tellement mal écrit, avec tellement de fautes et toutes ces majuscules, que déjà, on n’y comprend rien, mais que ça décrédibilise directement les arguments qu’on parvient à décrypter.

  2. En réalité, si certains commencent enfin à faire la fine bouche vis à vis de ce nouveau James Bond, c’est que la concurrence (Kingsman et Mission Impossible) a haussé le ton et a montré qu’on pouvait faire un film d’espionnage à la fois moderne, dépaysant, comique tout en étant spectaculaire et ce, sans oublier d’être exigeant au niveau du scénario, ne prenant jamais le spectateur pour un crétin décérébré. Car, c’est là où le bât blesse dans ces nouveaux James Bond. Les scènes semblent collées les unes aux autres sans queues ni tête, la psychologie soit-disant profonde des personnages est juste ennuyeuse quand elle ne fait pas pitié, les scènes d’action sont rachitiques, le plaisir quasi absent et les logiques d’action des personnages sont prises de haut par ces nouveaux faiseurs qui semblent nous dire ‘c’est pas grave on est dans un James Bond ». Spyfall était rempli de trous et d’incohérences scénaristiques, Spectre ne fait pas mieux. Je ne prendrai que 2 exemples : la scène d’hélicoptère de la séquence d’introduction où Bond attaque le pilote alors même qu’il ne s’est pas débarrassé de Sciarra mettant ainsi, des centaines de vies en danger. Est-ce l’acte d’un super agent ou d’un type complètement irresponsable ? Aussi quand le thème de Monty Norman vient couronner le « sauvetage » in extremis de ces pauvres badauds, on n’a guère envie d’applaudir le « héros » vu que c’est lui qui les a mis en danger. On pourrait aussi parler de la séquence navrante avec un avion sorti d’on ne sait où (sûrement d’une poche intérieure de son blouson) avec lequel Bond joue aux voitures tamponneuses pour sauver sa belle (pas de pb, ça ne risque pas d’exploser et c’est pas bourrin du tout…). La seule scène pas mal est le combat dans le train (un train désert c’est chouette – tout le budget figurant est passé dans la séquence d’intro ou quoi ?) mais déjà vu en mieux avant et sans vulgarité finale. Le soucis de cette scène de tentative d’élimination de Bond est qu’elle est suivie par une autre où l’on vient le chercher en Rolls Royce. Hum… est-ce à croire que le méchant est cyclothymique… ?(sic)

  3. Je ne crois pas que Kingsman ou Mission Impossible prennent vraiment moins le spectateur pour un décérébré. Dans le dernier MI pour ma part j’ai décroché après le coup du défibrilateur et n’ai pas trop aimé le reste du film. Mais c’était pire dans Skyfall où j’ai décroché dès que l’on revoit Bond après le générique quand on découvre qu’il a survécu à sa chute vertigineuse sans séquelle. Mais dans Spectre si certains séquences sont limites en terme de crédibilité, je n’ai pas eu ce sentiment de décrochage et il me semble que l’on reste justement à la bonne limite. En tous cas, j’ai beaucoup aimé le film et c’est même un de mes préférés. Je pense que le « problème » du film est un peu similaire à celui qu’avait eu « Permis de tuer » c’est-à-dire de ne pas être le type de Bond qu’on attend. Pas assez classique pour « Permis de tuer « , trop classique pour « Spectre » après 3 films plus éloignés des Bond habituels. Ceci dit, et bien que certains n’hésitent pas à le prétendre, « Spectre » peut difficilement être considéré comme un échec au box-office.

  4. Pingback: Le pouvoir (fantasmé ?) des communautés de fans d’œuvres cinématographiques issues de la culture populaire à l’heure du web 2.0 | Cédric Maiore

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