Spectre : les autres scripts

Spectre : les autres scripts

Le spectre du script 6

Cette semaine, CJB s’attaque à d’anciens scripts de Spectre ! On vous conseille très fortement de lire les épisodes précédents avant de consulter celui-ci :

Épisode 1 : Le script du 17 octobre (partie 1).
Épisode 2 : Le script du 17 octobre (partie 2).
Épisode 3 : Le script du 17 octobre (partie 3).
Épisode 4 : Le script du 1 décembre.
Épisode 5 : Les scripts du 8 octobre et du 9 novembre.

Les autres scripts

Il est maintenant temps de voir ce que refermaient les premiers scripts et autant le dire, on va voir de sacrés trucs ! « We need to go deeper » et nous allons approfondir le sujet, mais hélas à ce stade, nous n’avons ni scripts complets, ni résumés, pour savoir de quoi ils retournaient, seulement quelques éléments trouvés dans des conversations entre les producteurs/Sony/MGM. Il s’agit donc de discussions où les intéressés donnaient leurs avis sur différents scripts tout en proposant des « améliorations ».

Bien qu’il soit à presque sur que tous les éléments suivants aient fait à un moment parti du scénario du film, ou du moins qu’ils ont été envisagés, il ne faut pas oublier qu’il est très difficile de reconstituer les scénarios à partir de simples conversations évasives.

Voici donc quelques éléments des premiers scénarios de Spectre :

  • La séquence du pré-générique devait se dérouler à Amsterdam (Pays-Bas). Bond se faisait passer pour une sorte de « catcheur » et avait un combat dans une cage dans lequel il faisait semblant d’être mort. La salle de catch appartenait à un certain Valenti (qui est vraisemblablement un membre du Spectre puisqu’il apparaîtra plus tard dans le script et reconnaîtra Bond).
    Pour accomplir son objectif, tuer un assassin (on ne sait pas vraiment qui), Bond n’était pas seul. Tout d’abord, Q était sur le terrain (infiltré dans la baie médicale de Valenti), Moneypenny aussi (elle rejetait souvent les conseils que Bond lui donnait), et plus étonnamment, M était aussi sur le terrain.
    La CIA avait également des agents à elle dans les parages.
    On nous aurait apparemment parlé (ou montré) directement de Blofeld et il y aurait eu une grosse poursuite en bateaux. Moneypenny aurait été blessée (et il y aurait eu une scène avec elle à l’hôpital par la suite).
    Dans une autre version du script, le pré-générique se déroulait au Mexique, le jour des mort, et Bond aurait tiré sur une femme qui rampait au sol…
  • Script B24 (16)

  • Il y avait un personnage important nommé Charlotte King, une agent de la CIA avec qui Bond aurait fait équipe (Lucia n’existait pas à ce stade du processus d’écriture). Seulement, la CIA travaillait en réalité avec Blofeld et Charlotte était autorisée à collaborer avec ce dernier.
    Charlotte prenait des cours de danse car elle avait une scène où elle dansait avec 007 dans une séquence qu’un membre de Sony surnomme le « bal masqué de la mort ». Pour leur couverture, ils se faisaient à un moment passer pour mari et femme (un dialogue sur le fait d’avoir des enfants était également là).
    Ce personnage avait plein de scènes avec Bond : après la poursuite en voiture à Rome, Bond et Charlotte tuaient les gardes d’un certain Callo, de sang-froid (il devait y avoir un twist entre Callo, Bond et Charlotte). Elle tuait le dénommé Valenti et apparaissaient à la clinique ainsi que dans une villa scandinave dans laquelle Bond discutait avec Mr White de sa fille. Il devait aussi avoir une scène en ski où 007 blessait Charlotte au visage.
     
  • L’un des thèmes du film était la paranoïa. Les alliés se soupçonnaient entre eux et ne faisaient confiance à personne ; Blofeld essayait d’en tirer davantage. Mais la team MI6 avait bien raison d’être paranoïaque : il y avait un traître parmi eux !
    Au début, c’est Moneypenny qui est soupçonnée d’être la traîtresse, mais c’est faux, le traître n’est autre que… Bill Tanner ! Effectivement, Tanner est passé du côté obscur car il se sent mis à l’écart par le nouveau M et pense que sa retraite sera trop mince. (Rappelons que Bill Tanner est censé être le meilleur ami de Bond).
    Tanner était à la recherche de Bond à un moment (on ne sait pas trop pourquoi, apparrament pour s’expliquer), il accédait même au « smart blood » de Q pour le trouver. D’ailleurs Tanner aurait eu une scène dans un hôtel et dans un train où Bond voyageait. Il y avait aussi de la tension entre Tanner et Moneypenny.
    À la fin du film, 007 aurait laissé Tanner se suicider. Cependant, Tanner n’était pas le seul traître ; Charlotte se révélait être aussi une traîtresse (ses motivations n’étaient apparemment pas claires) et elle essayait de tuer Bond à la fin du film ! Bien entendu, c’est 007 qui la tuait (dans les mails on peut cependant lire que le fait qu’il la tue n’est pas très clair : « pourquoi Bond tue Charlotte).
    tanner
  • Le thème de la paranoïa était aussi présent chez Q et Moneypenny qui n’avaient pas confiance en Mallory à cause d’un message du M de Judi. Le petit copain de Moneypenny devait être aussi suspect. 007 devenait aussi un agent en roue libre car il pensait à juste titre qu’il y avait une taupe au MI6 et soupçonnait Mallory. Par ailleurs, Mallory avait une scène où il rencontrait Bond dans un cimetière car il n’avait pas confiance en son bureau (taupes et/ou micros sans doute).
    Un autre thème du film était « les vieux espions meurent seuls » et la colonisation. L’idée était que Bond devenait vieux et qu’il avait besoin de changer de vie avant qu’il ne soit trop tard.
     
  • felix2Felix Leiter était présent. Bien que Bond pensait à un moment que Felix voulait le tuer, il combattait finalement aux côtés de 007 pour tuer quelqu’un de sa propre agence (CIA). Felix aurait également eu une scène dans le train, une avec Moneypenny (qu’il appelait « foxy lady ») et une autre où Bolfeld l’aurait « quitté » en avion.
    Leiter disait aussi à Bond que Charlotte dirigeait une équipe Black Ops de la CIA.
     
  • On sait que, avant de tomber sur Léa Seydoux, la production cherchait une actrice scandinave pour jouer la fille de Mr White. Cela se traduit dans le script par le fait qu’elle ne s’appelle pas Madeleine, mais Kaja. Outre le changement de prénom, son personnage n’a pas l’air d’avoir beaucoup évolué autant que l’on puisse en juger (L’Americain, Bond partait avec elle à la fin) ; certains membres de Sony pensent que sa relation avec Bond ne fonctionnera pas à l’écran. Mais tout comme « le monde », une femme ne suffit pas : Bond et Kaja prétendaient aussi être mariées à Tanger.
     
  • Le script devait inclure un chat et une mine de diamants abandonnée grâce à laquelle Blofeld faisait du trafic d’armes. Il était prévu que Bond et Q s’échappent de cette mine pendant qu’elle s’effondrait (Q devait aussi été enlevé et tuait plusieurs gardes).

    Concept arts d’une mine pour le film par Tim Browning.

  • Concernant Blofeld, il serait un peu comme la « version africaine du général Medrano de Quantum of Solace », et était nommée de Joseph Ki-Embu. Il n’aurait pas eu peur de se salir les mains lui-même et son plan était difficilement compréhensible. Son nom était révélé après que quelqu’un ait (longuement) réussi à déchiffrer un code, « Blofeld », dans un vieux livre de code (lié à la Divine Comédie de Dante) récupéré au début du film…
    Si tout le monde dans les mails s’accorde à dire que le plan et les motivations de Blofeld sont vraiment trop vagues, celui-ci aurait planifié de faire sauter quelque chose qui impliquerait l’OTAN, Londres et qui provoquerais un « Blackout » (un sommet sur le renseignement ?). Celui-ci a compromis toutes les grandes agences de sécurité du monde (et le MI6 a de nouveau été piraté). Il disait à un moment que « cette carte du monde aura besoin d’être redessinée ».
    Dans le troisième acte, il se rendait à Londres pour passer un appel téléphonique. De manière stupide, il restait en ligne avec un personnage féminin et il se faisait apparemment localiser à cause de cela.
    Il y avait un aussi dialogue entre Bond et Blofeld où Charlotte avait de la répartie. Et bien que Q découvrait l’identité de Blofeld, c’est Felix qui la révélait à Bond avant que Q ne puisse le faire. Quelqu’un pointe aussi les réminiscences entre ce script celui de Skyfall : « Sa mine abandonnée est semblable à la ville abandonnée de Silva, il manque presque son attaque à Londres comme Silva. Il y a une bombe dans un bateau au lieu d’un métro et un sommet sur le renseignement au lieu d’une audience pour M ».
    Enfin, plus tôt dans le processus d’écriture, il fut apparemment envisagé que Blofeld puisse être une femme lesbienne et assez laide, possiblement jouée par Tilda Swinton.
    Script B24 (18)
  • Un personnage disait : « Le stopper… l’homme qui a tué les gens que nous aimions ». Enfaite, l’une des motivations de Bond dans ce(s) script(s) était de venger les morts des trois précédents films (Blofeld étant lié au Chiffre, Quantum et Silva).
     
  • Il y aurait eu une caméra qui aurait rapport avec les globes oculaires (dû au nom de la technologie ? À sa forme ? Parce qu’elle se trouvait vraiment dans les yeux de quelqu’un ? Mystère).
     
  • Les clients de la clinique étaient là pour changer d’identité en se transformant en quelqu’un autre.
     
  • Des déchets nucléaires et du plutonium étaient mentionnés ; ainsi que la menace d’une bombe qui se trouvait sur un bateau qui descendait un fleuve. « Pourquoi Blofeld ne fait pas sauter le bateau ? », se demande quelqu’un dans les mails.
     
  • Il y avait un meeting entre plusieurs agences de renseignements. Blofeld voulait apparemment l’attaquer.
     
  • Apparemment, Q et son Smart Blood se trouvaient dans un bunker situé sous un disquaire/café.
     
  • Bond se faisait rejeter par deux femmes à un moment.
     
  • Bond regardait la vidéo de Vesper : pour protéger son petit ami, elle aurait parlé de Bond à Blofeld.
     
  • Il était question que « Tous les pays font ce que la voix au téléphone leur dit » et que la « voix » tuait des gens.
     
  • Mr White parlait plusieurs fois de la longue mort que Bond devait avoir et c’est apparemment 007 qui tuait White.
     
  • Dans un (autre ?) script, Bond devait découvrir que le fils de Hannes Oberhauser se faisait appeler « Blofeld ».
     
  • Blofeld en voulait vraiment personnellement à Bond, son second but était de le tuer lui et toutes les personnes qu’il aimait et détruire tout ce que 007 avait accompli dans sa vie.
     
  • Dans un script, il était question que Bond sauve Madeleine de la noyade dans le final (cela aurait fait écho à celle de Vesper qu’il n’avait pas plus empêcher).
     
  • Dans un script, il y avait le dialogue suivant entre M et Moneypenny, « Quelque part il y a un lien entre Denbigh et Spectre. J’espère juste pouvoir le trouve à temps. Avant quoi ? Je n’ose pas l’imaginer ».
     
  • À un moment du stade d’écriture, c’est C qui devait se révéler être Blofeld (il est dit : « nous nous demandons si cela ne simplifierais pas les choses pour nous que C est Blofeld sous couverture. Avec cela dit, on se demande aussi si ce rôle ne pourrait pas être joué par Christoph Waltz »).
     
  • Un passage dans lequel un homme faisait du balayage après que des voitures soient passées à travers une fenêtre a été jugé comme « peut-être trop comique » (« Die Another Day silliness » peut-on lire à propos de ce passage). C’est aussi le cas d’oiseaux interrompant un combat durant le meeting à Rome.
     
  • Dans un scénario, une partie le l’action devait se dérouler en Suisse.
     
  • « Nous aimons la révélation que Madeleine a tué un homme à l’âge de 12 ans et nous nous demandons si nous ne pouvons pas en faire une part plus grande de son personnage. Peut-on considérer que Madeleine s’est transformée en une personne blasée et sombre après cet incident et qu’elle est essentiellement avec Blofeld depuis ? En outre, peut-on considérer que lorsqu’elle rencontre Bond, elle prétend être la colombe, et elle amène Bond à Blofeld sous prétexte de vouloir venger son père, mais dans un twist, elle révèle son histoire et qu’elle était en relation avec Blofeld pendant tout ce temps ? ».
     
  • « Peut-on attaché Lucia à la réunion du SPECTRE plus directement ? Si nous considérons que SPECTRE est maintenant un groupe plus petit composé de moins d’une douzaine de personnes, est-ce que cela ferrait du sens que Bond utilise Lucia comme moyen d’entrer dans la réunion ? Ou peut-être qu’elle porte un micro alors qu’il regarde dans l’ombre ? Pour cela on peut substituer l’homme qui se traîne sur le sol avec le verre brisé par quelque chose de plus intelligent ».
     
  • Dans le numéro novembre 2015 d’Empire, nous apprenons que la poursuite en avion de la séquence autrichienne fut raccourcie pour des raisons des temps. À l’origine elle devait se terminer par une poursuite en motos-neige dans le village qui devait mener à un affrontement entre Bond et Hinx sur un barrage ! À Dailymail, Neil Callow confie que « les niveaux de l’eau étaient incertains et il aurait fallu construire une énorme rampe pour les véhicules ».

Script B24 (17)

Comme le souligne 007 Magazine, l’acteur Chiwetel Ejiofor a été évoqué pour le rôle de Blofeld version seigneur de guerre africain. La rumeur n’était donc pas fausse… Le nom de Ejiofor est aussi apparu pour le rôle de Denbigh, mais l’acteur a apparemment refusé le rôle. David Oyelowo fut aussi considéré pour le rôle de C, avant que celui-ci ne soit finalement attribué à Andrew Scott. À un moment, Bond 24 fut intitulé : The Death Collector, en référence au titre du 7 éme chapitre du roman On ne vit que deux fois.

Concernant le processus d’écriture, il semble qu’il n’a pas été de tout repos. En mars 2014, Amy Pascal de Sony Pictures se plaint du scénario, disant que John Logan n’arrive pas le « construire en passant d’une idée à un autre ». Le mois suivant, sa collègue Elizabeth Cantillon reproche que Blofeld soit une « lesbienne laide » et Bond une « mauviette ». Elle ajoute également que le « manque d’enthousiasme de Michael (probablement G. Wilson) pour prendre un tournant positif sur quoi que ce soit » n’aide pas vraiment.

Lors de l’été 2014, il était clair que Sony pensait que le script était un joyeux « bordel » et en juin, il est dit que Purvis et Wade sont venus à la rescousse pour voir ce qui pouvait être sauver de l’intrigue de Logan après que celui-ci ait été « bombed out » ; puis que Sam Mendes « a essayé de partir/arrêter » (« Sam tried to quit ») et a bougé la date de sortie.

Un nouveau problème est survenu en juillet lorsque le scénario impliquait vraisemblablement un traître qui n’était autre que M lui-même ! Ralph Fiennes a sommairement rejeté l’idée en déclarant qu’il ne voulait « pas jouer le méchant ».

En août, le scénario semblait progresser vers une direction plus positive alors que l’équipe créative luttait pour intégrer l’arrière-histoire sur l’enfance de Bond, l’introduction du Spectre et éventuellement Blofeld ; tout en conciliant toutes ces idées avec les trois précédents films de Craig. Alors que le scénario était en bonne voit, Sony était alors préoccupé par le changement de date de sortie de Spectre, passant initialement d’octobre à novembre pour accommoder Sam Mendes. Sony était contre ce changement, voyant une grosse perte de bénéfices (de près de 50%), notamment à cause des sorties de Star Wars 7 et Hunger Games 3.

Dans le numéro hors série d’octobre 2015 du magazine Premiere, Neal Purvis et Robert Wade s’expriment sur le processus d’écriture de Spectre :

Après avoir promis que Skyfall serait votre dernier Bond, vous revoilà aux commandes du scénario de Spectre.
[…] Au départ, nous avions laissé la place à quelqu’un d’autre [Logan], mais nous revoilà. Cette fois, on avait bien moins de pression qu’auparavant. Il est beaucoup plus simple d’adapter un scénario déjà existant que d’inventer une histoire sur une page blanche. […]

Nous avons changé beaucoup de choses au script de John Logan, tout en conservant les fondamentaux. Par exemple, la relation entre James Bond et Madeleine, même si elle ne s’appelait pas encore Madeleine, était déjà là. L’essentiel de notre travail a été de faire en sorte que l’intrigue tourne intégralement autour du personnage de Bond. Dans Skyfall, Bond réagissait en permanence aux événements qui lui arrivaient, il n’avait aucun contrôle sur l’intrigue. Dans Spectre, nous avons décidé de le rendre plus actif, de le pousser sur le devant de la scène, de manière à ce qu’il soit le moteur de toute l’histoire. L’idée était qu’il soit cette fois l’instigateur des événements, plutôt que ce rôle revienne au méchant, comme dans Skyfall. On a donc développé cette idée d’un message surgi de son passé afin que ce soit lui qui tire les ficelles.

On s’efforce toujours de revenir à Fleming et de s’inspirer d’éléments de ses récits comme de sa vie. Ils sont tellement riches… Le déclic nous est venu en lisant le scénario original de John Logan, dans lequel Bond se rendait en Autriche, pas très loin de Kitzbühel. Ça a fait tilt immédiatement, en nous faisant penser à la nouvelle Octopussy (Meilleurs vœux de la Jamaïque), elle-même inspirée de la vraie vie de Ian Fleming. Gamin, sa mère l’avait envoyé à Kitzbühel pour qu’il y bénéficie d’une sorte de thérapie psychologique et émotionnelle. Il était jeune, il avait des problèmes, et c’est là qu’il a commencé à écrire… On a croisé ça avec l’enfance de Bond et connecté le tout avec Skyfall. Après avoir levé un bout de voile sur l’enfance du personnage, on s’est dit qu’on pourrait en découvrir encore plus dans Spectre. L’autre roman qui nous a inspiré, c’est Au service secret de Sa Majesté… Dans Skyfall, on a failli intégrer le jardin de la mort d’On ne vit que deux fois, mais on a du abandonner cette option.

Les deux scénariste ont plus tard déclarés qu’avant qu’ils n’aient commencé à réviser le scénario du film, la construction de la réplique du pont Westminster à Pinewood avait déjà commencé et que de ce fait le lieu devait resté dans le scénario. De même une fin écrite par le duo prévoyait que Bond traverse le pont en se retournant vers le MI6 avec M, Moneypenny et Tanner ; proposition qui n’a finalement pas été retenue pour être remplacée par une fin plus joyeuse avec Madeleine.

Sam Mendes s’est quant à lui exprimé dans Télérama :

Pour Spectre, j’ai donné aux scénaristes trois idées qui me paraissaient essentielles : Bond devait poursuivre l’exploration de son enfance longtemps tue, le film devait refaire le lien avec les premières missions, et 007 devait être face à un choix de vie très fort. Vers la fin du film, le personnage a une ­réplique qui m’est chère : « Désormais, j’ai mieux à faire. » Je dois avouer que c’est moi qui l’ai écrite, et je la prends totalement à mon compte.

Colonel SunAu point de vue des inspirations littéraires, la scène de torture du film s’inspire du roman de James Bond intitulé Colonel Sun, qui n’a pas écrit par Ian Fleming mais par Kingsley Amis (sous le pseudonyme de Robert Markham). Il s’agit du premier roman bondien de continuation a avoir été publié (en 1968) et celui-ci contient un chapitre avec une scène torture bien dégueulasse, un pur régal ! Dans ce passage du roman, le colonel Sun Liang-tan fait ligoté 007 dans un fauteuil qui se trouve dans une cave et enfonce (de ses mains et pas avec une machine inutile) des lardoires dans le crâne de Bond, ses oreilles et son nez, le tout avec des dialogues sadiques à glacer le sang… Parmi ces dialogues du romans, on peut voir que certains ont inspiré ceux du film :

Un homme vit dans sa tête. C’est là que se trouve son âme. Et c’est vrai objectivement et subjectivement. Il m’est arrivé d’être présent, une fois, quand un prisonnier américain, en Corée, a été privé de ses yeux. Et il s’est produit la chose la plus surprenante. Il n’était plus là. Il était parti, tout en restant encore en vie. Il n’y avait personne dans son crâne. Très curieux, je vous l’assure. Alors, James, je vais pénétrer le siège de votre vie, l’intérieur de votre vie, l’intérieur de votre tête. Nous allons commencer par l’oreille. Je vais prendre cette lardoire et la faire pénétrer dans votre cerveau. Au début vous ne sentirez rien. En fait, vous n’éprouverez aucune sensation. La membrane du tympan, que je vais stimuler, n’a pas de nerfs récepteurs, uniquement des centres de douleur. Alors la première chose que vous saurez sera… allons, je vous laisse mettre un nom sur ce que vous éprouverez. Si vous le pouvez.

Malheureusement, les films de James Bond étant censé être un divertissement familial, on ne peut vraiment montrer ce genre de violence à l’écran si l’on veut que pas que son film soit déconseillé au moins de tel âge et c’est sans doute pour cela que la scène de torture de Spectre manque finalement d’un peu de piquant selon l’auteur de cet article (même si, avouez-le, le mot n’est pas très bien choisi)… Ou peut-etre que le manque de saveur est dû au fait que l’on sait depuis le début que Bond va s’en sortir grâce à sa montre ? Ou parce-qu’il n’a visiblement aucune séquelle dans la scène suivante ?

 

Alors, que finalement retenir de tous ces scénarios que nous avons vus au travers de ces différents articles ? Tout d’abord le personnage de Blofeld, qui est passé par plusieurs stades : une femme, un homme noir, C, un caucasien… et même que parfois il n’y avait pas de « Blofeld » du tout ! Juste un méchant « simplement » nommé Franz Oberhauser, Heinrich Stockmann, Ernst ou encore Ernest Serban. Le chef du Spectre était également plus moins malade selon les divers scénarios. En parlant du Spectre, comme Sam Mendes l’a mentionné dans le magazine Empire, il ne s’agit pas d’un acronyme signifiant SPecial Executive for Counter-intelligence, Terrorism, Revenge and Extortion. En revanche, ce nom vient visiblement de « LES SPECTRES DE PIERRE », le nom du peloton de la Légion Étrangère dans lequel servait Mr White (en tant que fantassin) et Oberhauser.

En parlant de ce cher Mr White, celui-ci était le chef des opérations du Spectre et bras-droit du leader. Le personnage de sa fille, Madeleine ou Kaja selon les scripts, n’a pas l’air de ne pas avoir beaucoup changé durant le processus d’écriture, apparemment elle a « toujours » été là. Concernant les autres alliés de Bond, les anciens scripts devaient faire figurer Charlotte King, une Bond girl qui avait un rôle et un temps de présence apparemment assez important. Cependant celle-ci s’avérait être une sorte de traitresse, et les scénaristes ont eu aussi le mauvais gout (?) de faire figurer un traitre au sein de la team MI6, tantôt Tanner (qui mourrait à la fin), tantôt M. Q devait aussi se faire enlevé et tuait un homme.

Les deux derniers scripts leakés étaient, malgré ce que la production pouvait en dire (tout comme les médias), très proche du produit final. Les plus grosses différences intervenaient au niveau du troisième acte où avait lieu un diner avec Oberhauser, qui dans l’un des scripts s’ouvrait sur une séquence de torture dans un four solaire, et qui dans l’autre script s’enchainait avec une partie de poker. La fin de C différait également du film, dans l’un des scripts M dévoilait son vrai visage en l’humiliant durant la soirée d’inauguration du programme Nine-Eye, et dans l’autre script c’est Bond qui le tuait de la même manière que Dryden dans Casino Royale. Donc messieurs, si vous voyez encore quelqu’un qui contribue à répandre (comme le peste) cette fausse rumeur disant le piratage de Sony à fait que le script du film a changé, écrivez-lui dans les commentaires qu’il dit de la merde et mettez-lui un lien vers nos articles, merci.

Et que peut-on dire des méchants à part qu’ils mentionnaient plus souvent Vesper ? Eh bien nous pouvons dire qu’il y avait une certaine Irma aux côtés d’Oberhauser… Il était d’ailleurs mieux expliqué pourquoi Oberhauser en voulait à Bond, et ce personnage n’a pas toujours été épargné par 007 qui le tuait dans certains scripts d’une balle dans la tête ou par strangulation…

Enfin, ce que l’auteur de cet article retient, un avis subjectif donc, c’est que malheureusement beaucoup de dialogues et scènes étaient tout de même meilleurs dans ces anciens scripts que ceux que l’on retrouve dans le film… La possibilité de pouvoir jeter un œil sur ces documents nous aura aussi permis d’apprendre un tas de choses intéressantes sur les personnages et leurs sombres passés…

Fin du dossier

Retrouvez plus de scripts et autres éléments méconnus sur nos pages Les scripts oubliés et Orbis Non Sufficit !

About the author

Clément Feutry
Fan passionné de l'univers littéraire, cinématographique et vidéoludique de notre agent secret préféré, Clément a traduit intégralement en français le roman The Killing Zone et vous amène vers d'autres aventures méconnues de James Bond...

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Sur le même thème :

Au service secret de Sa Majesté : le shooting script

George Lazenby n’a fait qu’un seul Bond, mais