Les novélisations de James Bond par Raymond Benson

Les novélisations de James Bond par Raymond Benson

Novelisation 12

Sept Bond comme vous ne les avez jamais vus.
Demain ne meurt jamais et Le Monde ne suffit pas

Il arrive un moment où tout fan de James Bond se lasse inévitablement de regarder les mêmes films qu’il connait déjà par cœur. CJB vous propose d’en redécouvrir sept d’entre eux via leurs novélisations respectives, une bonne occasion pour apprendre quelques détails intéressants qui n’apparaissent pas dans les aventures cinématographiques de 007 !

Épisode 1 : L’espion qui m’aimait et Moonraker
Épisode 2 : Permis de tuer et GoldenEye

Demain ne meurt jamais

Novelisation 5Raymond Benson succède à John Gardner et écrit sa première novélisation. Celle-ci fut publiée en 1997 au Royaume-Uni avant de paraître la même année en France, aux éditions Claude Lefrancq, sous le titre de Demain ne meurt jamais (pour être exact, Lefrancq est un éditeur belge). L’histoire reprend bien évidemment le scénario du film écrit par Bruce Feirstein.

La novélisation est fidèle au film et inclue la plupart des scènes coupées (vous ne verrez cependant pas Gupta utiliser ses cartes à jouer) avec toutefois quelques petites modifications et ajouts. Le personnage de Charles Robinson n’apparaît pas dans la novélisation, il est remplacé par Bill Tanner. Il est précisé que la scène du « pré-générique » se situe dans la passe de Khyber, Bond fume et obtient son Walther P99 par Q en même temps que la BMW. Bien que la scène de la Rolls Royce soit présente dans la novélisation, Tanner et M évoquent leurs soupçons sur CMGN (Carver Media Group Network) et le fait que le Devonshire aurait plus être dérouté par Gupta dans la « salle de décision ». M joue d’ailleurs son poste sur l’enquête de son agent. Les Chinois lancent un ultimatum aux Britanniques pour qu’ils retirent de leur flotte et Felix Leiter est très brièvement mentionné. Il y a également une courte scène où Carver et Stamper rendent visite à Paris qui se trouve dans la chambre d’hôtel de Bond.

Avant de rejoindre le Sea Doplhin II, le bateau furtif de Carver, Bond et Wai Lin font l’amour sur la jonque. Bond ne prend pas Gupta en otage, Carver ouvre le feu sur la Royal Navy une fois son bateau repéré et Bond et Stamper se battent sur le toit du navire. La scène où Stamper lâche Wai Lin enchainée dans l’eau n’existe pas dans la novélisation. Carver tire le missile alors que Stamper est suspendu à l’arrière de celui-ci (désorienté, le missile tombera dans l’eau et Stamper meurt donc avant Carver). Il n’est dit à aucun moment de la novélisation que le but de Carver est d’avoir l’exclusivité des ondes chinoises, ses motivations ne sont pas clairement expliquées, le personnage reproche cependant à l’Angleterre d’avoir rétrocédé Hong Kong et pense que le fait d’avoir été abandonné par son père, a dû déclencher en lui sa soif de pouvoir.

Un chapitre est consacré à l’enquête de Wai Lin : on apprend qu’elle fait partie des Forces de sécurité extérieure de la République populaire de Chine (People’s External Security Force) et qu’elle enquête sur le vol d’un radar à basse fréquence par le général Chang. Après avoir infiltré un entrepôt et s’être approchée d’un homme en faisant passer pour une prostituée, Lin découvre que Chang, avant de disparaitre, a expédié une prétendue cargaison de thé au QG du CMGN à Hambourg.

Un chapitre est également consacré à Elliot Carver : il est le fils illégitime d’un anglais (Lord Roverman) propriétaire d’une douzaine de journaux, et d’une prostituée allemande qu’il n’a pas connu (morte à sa naissance). Carver fut élevé par une pauvre famille « chinoise » à Hong Kong, son père l’ayant abandonné à sa naissance.
Lorsqu’il est plus âgé, il apprend la vérité sur ses parents. Elliot sombre alors dans une longue dépression qui dure jusque vers ses 21 ans, lorsqu’il qu’il est engagé comme présentateur météo dans une chaine télé de Hong Kong. Il est promu présentateur vedette en moins d’un an, mais commence à se lasser de sa carrière après cinq années ; il veut alors profiter de l’empire de son père biologique.
Carver rend visite à l’un de ses amis, Kriegler, un voyou/escroc/assassin, pour qu’il l’aide à retrouver son père. En 1974, Carver part à Londres et se rend aux bureaux de Lord Roverman. La rencontre entre les deux hommes se passe mal, le père d’Elliot ne lui dit même pas bonjour et veut qu’il disparaisse à jamais de sa vie.

En colère, Elliot prend contact avec une personne que Kriegler lui avait conseillé, Schnizler, un homme qui traine souvent avec un certain Stamper… Schnizler et Stamper suivent le Lord et apprennent qu’il a une maîtresse. Ils la payent pour installer une caméra chez elle et filment Roverman lors de pratiques sexuelles déviantes.
Schnizler contacte ensuite Lord Roverman et le fait chanter : s’il ne veut pas que les photos/vidéos circulent, il doit écrire dans son testament qu’Elliot Carver héritera de son empire médiatique à sa mort. Le Lord accepte.

Elliot est content et demande à Schnizler de passer à l’étape suivante : la mort du Lord. Pour se faire, Stamper tue la maitresse et dit à Roverman qu’il y a ses empreintes et qu’il est fini ; en lui tendant son arme, Stamper lui propose de partir en paix sans que les photos soient dévoilées. Lord Roverman prend l’arme et se suicide. À sa mort, Carver hérite de l’empire de presse de son père, la famille de ce dernier essaye de contester le testament, mais la justice donne raison à Elliot…
Elliot Carver souffre également d’un syndrome algo-dysfonctionnel de l’appareil manducateur, il prend plusieurs fois de l’ibuprofène durant la novélisation.

La scène de l’inauguration du nouveau QG européen de Carver à Hambourg fait partie de celles qui diffèrent le plus du film : Wai Lin est présentée à Carver comme la concurrente de Bond au poste de banquier, Paris gifle Bond devant son mari, les dialogues entre Paris et Bond sont déplacés à la scène de l’hôtel. Wai Lin rejoint 007 dans la salle où il se fait passer à tabac, Paris met fin à sa relation avec Elliot, Bond sabote la soirée de Carver en activant le dispositif anti-incendie…

La scène au QG de Saïgon contient également pas mal de différences avec le film : Carver demande à Stamper de s’enfoncer un coupe-papier dans la jambe, celui-ci s’exécute et prend beaucoup de plaisir (ceci issu d’un ancien script du film où Stamper ressentait du plaisir à la place de la douleur et inversement proportionnel). Carver révèle aussi qu’il a l’intention de lancer une guerre tous les deux ans. Les instruments de torture ne sont pas présentés à Wai Lin et Bond, Lin se sert de Gupta comme bouclier humain, le bâtiment est en construction et Bond et Lin sautent par-dessus une rue avec un mât de soutien vertical en bambou, …

La relation entre Paris est Bond est également brièvement expliquée : ils se sont rencontrés à un cocktail, Paris McKenna était dans les défilés de mode et leur relation a duré deux mois ; cela faisait sept ans qu’ils ne s’étaient pas revus. Le personnage de Stamper est également plus dérangé dans la novélisation, comme nous l’avons précédemment mentionné, il prend beaucoup plaisir en souffrant et en faisant souffrir.

Le monde ne suffit pas

Novelisation 6Raymond Benson frappe à nouveau en 1999 avec Le monde ne suffit pas. Une fois de plus cette novélisation reprend fidèlement le scénario du film écrit par Neal Purvis, Robert Wade et Bruce Feirstein, tout en incluant la plupart des scènes coupées, des petites différences et ajouts. Le livre est paru la même année en France, aux éditions Gérard de Villiers.

Le premier chapitre comporte une scène de briefing dans le bureau de M qui précède la mission en Espagne. Pour être franc, cette novélisation est un très bon moyen pour bien comprendre le scénario du film qui peut parfois s’avérer être un peu complexe… M explique à Bond que Sir Robert King a acheté un rapport secret au marché noir (en pensant que celui-ci lui révélerait l’identité des terroristes qui avaient attaqué son nouveau pipeline). Il s’est cependant rendu compte que ce rapport n’était pas ce qu’on lui avait laissé croire (il s’agit en réalité d’un document du ministère de l’énergie atomique russe dans lequel il est question de la menace du « bogue » de l’an 2000 sur l’arsenal nucléaire des anciennes républiques d’URSS). De bonne foi, le vendeur a accepté de rembourser Robert King et M envoie donc 007 récupérer l’argent. Si Bond est assez mécontent d’être pris pour un « garçon de courses », il y voit cependant l’occasion de venger la mort de 0012. En effet, c’est 0012 qui avait d’abord volé ce rapport à un agent russe ; 0012 a ensuite été retrouvé mort en Russie et le rapport a disparu en même temps que son assassin.

Arrivé en Espagne, James Bond trouve dommage de ne pas avoir le temps de visiter le musée Guggenheim (mais il s’y rend tout de même après être sorti du bureau de Lachaise). Un peu étrange que Bond semble s’intéresser à l’art moderne, non ? Par ailleurs, Giulietta da Vinci (nom donné à la fille aux cigares) s’enfuit de l’immeuble de la banque presque de la même manière que 007, grâce à un câble arrimé à une balustrade.

L’ajout majeur qu’apporte la novélisation est une biographie de Renard qui n’apparait, étrangement, que vers la fin du roman :
Victor Zokas a passé son enfance à Moscou entouré d’une mère qui se prostituait (et qui n’était jamais là) et de ses trois sœurs ainées qui pouvaient se montrer cruelles avec lui. Il les détestait toutes, ainsi à 14 ans il a décidé de quitter le foyer familial pour vivre dans la rue. Par la suite, il a croisé ses trois sœurs dans un refuge qui servait des repas aux démunis et a refusé de les aider en souvenir de leurs cruautés.
À 18 ans, Renard est récupéré par l’armée soviétique. Bien qu’il excellait avec des armes, ses tendances agressives, dérangeantes et dangereuses (il a même tué des recrues pendant un entrainement avant de faire passer cela pour un accident) ont posé un problème pour l’armée. Après que les officiers aient compris qu’ils avaient là un véritable tueur à leur disposition, Renard fut muté à l’espionnage où il travailla comme tueur et expert en explosif ; il aimait tuer.

À la suite de la chute de l’URSS, il quitte la Russie et devient mercenaire. Zokas gagne son surnom lors d’une opération en Iran où on reconnait ses talents pour la ruse. Très vite, il devient un terroriste recherché par le FBI.
Les expériences sexuelles de Renard ont très souvent été catastrophiques car il « n’y arrivait pas » à le faire bien. Sa première fois fut avec une prostituée, sa seconde avec une femme qu’il a violé dans une rue et sa troisième avec une mercenaire qu’il a tué après s’être disputé avec elle au sujet de l’acte raté. Malgré cela, les femmes l’attiraient plus que jamais.

Renard vit d’abord la photo d’Elektra dans un magazine et tomba immédiatement amoureux d’elle. De plus, vu que son père était riche, il décida de l’enlever et de demander une rançon. Il l’observa alors et la kidnappa devant son domicile avant de l’enfermer dans une pièce.
Si elle ne lui adresse pas la parole durant les premiers jours, les choses changent lorsqu’elle apprend que son père, sur les conseils de M, a décidé de ne pas payer la rançon malgré tout l’argent qu’il a. Elektra se rapproche ainsi de son ravisseur.

Un jour, elle lui demande un sceau de glace et du champagne, et quand Renard vient lui apporter, elle se trouve couchée dans la cellule, absolument nue. Elle le séduit et pour la première fois, il est capable de « réussir » une relation sexuelle. Il est alors devenu son esclave et elle sa maîtresse.

Plus tard, elle lui propose de tuer son père et ils organisent sa fausse évasion. Elektra est décidée à se venger de son père et de M.
Renard sait qu’il va mourir, car s’il ne ressent aucune douleur, il sent tout de même que la balle se déplace dans son crâne. Il ne lui reste qu’environ deux jours à vivre durant les évènements du récit/film, et il le sait. Tous ses actes sont faits par amour envers Elektra, et il se réconforte en sachant qu’elle gardera un grand souvenir de lui une fois Istanbul détruite.

De son côté Elektra a des sentiments contradictoires pour lui, parfois elle ne le considère que comme un « pion insignifiant dans cette immense partie », parfois elle veut être dans ses bras. Renard n’est vraiment pas aidé dans la novélisation car il est sévèrement plus défiguré que dans le film ; il est atteint de la paralysie de Bell depuis que 009 lui a tiré la balle dans la tête.

Deux autres scènes mineures ont été rajoutées dans lesquelles Renard observe discrètement Bond et Elektra de loin :
Dans la première, il se trouve dans un arbre, en treillis de camouflage, et contacte ses hommes par talkie-walkie lorsqu’il se rend compte que Bond et Elektra partent pour les montagnes enneigées en hélicoptère.
Dans la seconde scène, Renard se trouve sur un toit en face du casino de Zukovsky. Bien qu’il est alors accompagné d’un homme qui possède un fusil de sniper, il décide les laisser partir. En réalité, son amour pour Elektra est tellement fort qu’il souhaite lui offrir une nuit de plaisir, même si cela doit être en compagnie de Bond.

Au point de vue des différences par rapport au film, Bond utilise un Walther PPK (et non un P99), il rencontre Elektra avant qu’elle n’aille parler aux villageois, et Zukovsky a apparemment toujours la vérole. Durant la poursuite en bateau (qui a été raccourcie), Bond n’utilise pas des torpilles mais des bombes incendiaires. Elektra ne mise pas tout tout de suite au casino ; elle joue d’abord avec Bond au Blackjack. Q disparait aussi dans un écran de fumée et non en s’enfonçant dans le sol.

Bull (Taureau dans la version française) n’est pas un personnage de type comique dans la novélisation. Son vrai nom est Maurice Womasa et c’est un tueur originaire de Somalie qui est notamment recherché pour génocides.
Elektra ne meurt pas tout de suite après que Bond lui ait tiré dessus, il se passe une trentaine de secondes avant que la vie ne quitte son corps. Lorsque Bond arrive dans la salle du réacteur, Renard est inconscient (il se relève peu temps après). Il semblerait qu’il ait perdu connaissance à cause de la balle qu’il a dans la tête.

Parmi les précisions qu’apporte la novélisation, on peut noter que les personnes présentes durant le débriefing au château écossais sont en réalité des agents 00 disponibles. Le colonel Akakievich, qui est dans la base qui se fait démanteler au Kazakhstan, est clairement un complice de Renard : il dit notamment qu’il ne veut pas que la bombe soit bougée avant qu’il ne soit payé.
La BMW Z8 de Bond possède également un écran de contrôle sur lequel 007 peut voir si d’autres véhicules sont présents dans un rayon de 20 kilomètres (du sacré bullshit si vous voulez mon avis). Le prénom de Davidov est Sasha et la novélisation nous fait clairement ressentir qu’il y a une très grosse tension sexuelle entre Bond et Elektra.

Après avoir regagné la terre ferme à la fin du récit, Bond et Christmas prennent l’Aston Martin DB5. Q avait prévu le coup en la faisant livrer en même temps que la Z8.

Tout comme dans le film, la novélisation fait non seulement figurer Bill Tanner (chef du personnel) mais aussi Charles Robinson (premier chargé d’études), ce qui n’était pas le cas de celle de Demain ne meurt jamais ou des premiers scripts du film.

Pour finir, la novélisation se conclut sur une étrange phrase : « Leurs corps s’enlacèrent à nouveau […], inconscients que quelque part dans la ville, une mère au moins était en train d’endormir ses enfants en chantant une plaintive berceuse ». Pendant la novélisation, Elektra fredonne à plusieurs reprises une berceuse que sa défunte mère lui chantait quand elle était petite. C’est d’ailleurs ceci qu’elle fredonne lorsqu’elle titube après que Bond lui ait tiré dessus…

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À suivre… Restez connectés pour la suite de la chronique !
Épisode 4 : Meurs un autre jour et les novélisations de Chris Moore

About the author

Clément Feutry
Fan passionné de l'univers littéraire, cinématographique et vidéoludique de notre agent secret préféré, Clément a traduit intégralement en français le roman The Killing Zone et vous amène vers d'autres aventures méconnues de James Bond...

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