Redécouvrons l’Homme au Pistolet d’or

Redécouvrons l’Homme au Pistolet d’or

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Le dernier roman de Ian Fleming n’est pas le préféré de ses lecteurs. Pourtant, comme il était expliqué dans notre précédent article, l’Homme au Pistolet d’or est un roman qui regorge de détails et de passages purement Fleming et qui montrent les aventures de Bond sous les meilleurs jours.

À l’occasion des 50 ans de la publication du roman, nous vous proposons une nouvelle traduction de certains extraits. Ces extraits sont évidemment encore la propriété de Ian Fleming Publications, et on ne peut que vous encourager à acheter cette aventure particulière de Bond sortie le 1er avril 1965, quelques mois après la mort de son auteur.

« Puis-je vous aider ? »

the-man-with-the-golden-gunLes premières lignes du roman nous amènent derrière les rouages du Service Secret, où Bond, ayant disparu depuis un an, apparaît tel un étranger.

Le Service Secret tient la plupart de ses secrets hors de portée même de ses officiers les plus anciens. Seuls M, et son Chef de Service, connaissent absolument tout ce qu’il y a à savoir. Ce dernier est responsable de maintenir Top Secret le rapport connu comme le « Livre de Guerre » : dans l’éventualité où tout deux viendraient à mourir, tous les détails, excepté ce qui est accessible aux sections individuelles et aux Stations, seraient préservés pour leur successeurs.

Une chose par exemple, que James Bond ne connaissait pas, c’était tout le mécanisme mis en place par leur QG pour gérer le public, qu’il s’agisse d’alliers, ou des autres :  les alcooliques, les lunatiques, les candidatures spontanées pour rejoindre le service, sans oublier les agents ennemis avec leurs plans de pénétration et d’assassinat.

En ce matin froid et clair de novembre, il allait voir cette machine aux rouages bien huilés entrer en action.

La fille au standard du Ministère de la Défense actionna le bouton « suspendre » et dit à sa voisine : « c’est encore un fou qui dit qu’il est James Bond. Il connaît même son nom de code. Il dit qu’il veut parler à M. personnellement ».

Attentat!

L’Homme au pistolet d’or voit un Bond retourné par l’ennemi soviétique après un lavage de cerveau, et un tête à tête des plus tendus dans le bureau de M. Pour un dernier roman, voila qui a de quoi retourner le lecteur !

62634_1(Bond) – Nous pensions qu’il était plus important que je revienne me battre pour la paix ici, Monsieur,. Vous et vos agents m’avez appris certaines aptitudes utiles pour les guerres menées dans l’ombre. On m’a expliqué comment ces aptitudes pouvaient être utilisées pour la cause de la paix.

La main de James Bond glissa non-nonchalamment dans la poche droite de son manteau. M., avec une désinvolture égale, éloigna son fauteuil du bureau. Sa main gauche parti au contact du bouton placé sous l’accoudoir du fauteuil.

– De quelle manière voyez vous cela ? demanda M. doucement, sachant que la mort venait de rentrer dans la pièce et se tenait à ses cotés, et que prendre place dans ce fauteuil était une invitation même lui était faite.

Jamais Bond était maintenant tendu. Une certaine pâleur éclaircissait ses lèvres. Les yeux bleu-gris étaient toujours fixés dans le vide, presque sans voir M. Les mots sortaient durement, comme si une coercition intérieure les forçaient hors de sa bouche.

– Pour commencer, les meneurs de guerre devraient être éliminés, Monsieur. Et ceci est la première étape de la liste.

La main s’élança hors de la poche, prolongée maintenant par le métal noir d’une arme, mais, alors que le poison était craché par le canon d’un pistolet à la crosse en forme d’ampoule, la grande plaque de verre blindée s’abattit de la fente pratiquée dans le plafond et, avec le dernier soupir de la machinerie hydraulique, se fracassa jusqu’au sol. Le jet de fluide marron éclaboussa sans dommage son centre et s’égoutta doucement, déformant le visage de M et le bras qu’il avait automatiquement brandit comme protection supplémentaire.

Le Chef de Service avait fait irruption dans la salle, suivi du Chef de la Sécurité. Ils se jetèrent sur James Bond. Alors qu’ils s’emparaient de ses bras, sa tête s’affaissa sur sa poitrine, et il aurait glissé de sa chaise jusqu’au sol s’ils ne l’avaient pas soutenu. Ils le redressèrent sur ses pieds, mais il s’était totalement évanouit.

Le chef de la Sécurité renifla l’air. « Cyanure » conclut-il brièvement.

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Illustration de Playbboy en avril 1965

N° 3bis, allée de l’Amour

the-man-with-the-golden-gun-book-coverC’est à cette adresse jamaïcaine que Bond rencontre pour la première fois Francisco ‘Pistol’ Scaramanga, dans le bordel de la jeune Tiffy peuplé d’oiseau en cage. Une rencontre « anodine » provoquée par Bond qui a tôt fait d’exciter la détente de l’Homme au pistolet d’or. Un premier contact à des années lumières des habituelles rencontres mondaines de James Bond avec ses ennemis.

Les détonations du Colt .45 furent assourdissantes. Les deux oiseaux se désintégrèrent devant le crépuscule violet, et les restes de plumes et de chaire rose s’éparpillèrent en fragmentation dans la lumière jaune du café vers les limbes de l’allée déserte.

Il y eut un moment de silence encore plus assourdissant. James Bond ne bougea pas. Il resta assit là où il était, attendant que la tension du méfait retombe. Ce ne fut pas le cas. Avec un cris inarticulé, masquant la moitié d’une injure, Tiffy prit la bouteille de Red Stripe de James Bond sur le comptoir et la jeta maladroitement. On entendit le bruit du verre cassé dans la salle voisine. Puis, après avoir fait son lamentable geste, Tiffy tomba à genoux derrière le bar et se mit à sangloter de façon hystérique.

James Bond bu le reste de sa bière et se leva lentement. Il marcha vers Scaramanga et allait lui passer devant quand l’homme étendit un bras alangui et le saisit par le biceps. Il teint l’orifice de son revolver sous son nez, le reniflant délicatement. L’expression de ses yeux marrons assassins était lointaine. Il dit « Msieur, il y a quelque chose d’assez extra dans l’odeur de la mort. Ça vous tente d’essayer ? » Il tendit son pistolet scintillant comme s’il offrait une rose à Bond.

Bond se tenait immobile. Il dit « Prenez garde à vos manière. Enlevez votre main ». Scaramanga haussa ses sourcils. Le regard chargé de plomb sembla considérer Bond pour la première fois. Il relâcha sont étreinte.

James Bond fit le tour du comptoir. Quand il fit face à l’homme, il remarqua que ses yeux le regardaient maintenant avec une légère et dédaigneuse curiosité. Bond s’arrêta. Les sanglots de la fille faisaient penser au cri d’un petit chien. Quelque part au loin dans la rue, un ‘Sound System‘ – un haut parleur  fixé sur un magnétophone, commença à brayer une calypso.

Bond regarda l’homme dans les yeux. Il dit : « Merci, je l’ai tenté. Je recommande le Vintage de Berlin. 1945 ». Il sourit amicalement. « Mais j’imagine que vous étiez trop jeune pour être à cette dégustation ».

Illustration de Playbboy en avril 1965
Illustration de Playbboy en avril 1965

Pour finir

À la fin du livre, Bond apprend qu’on lui offre l’honneur d’être anobli. Une proposition qu’il délaisse et préfère se consacrer à sa « récupération » aux cotés de Miss Bonnenuit. Dans ces derniers paragraphes, Fleming nous offre du pur Fleming dans les relations de Bond et ses dames, et comment il se voit en tant qu’espion et qu’anglais.

(Miss Bonnenuit) « – Et bien, euh, j’ai cette petite villa en haut du barrage de Mona, James ». Sa voix s’accéléra. « Il y a un jolie chambre d’ami avec une vue sur le port de Kingston. Et il fait frais là haut. Et si ça ne vous gène pas de partager la salle de bain. » Elle rougit. « J’ai bien peur qu’il n’y ait pas de chaperon, mais vous savez, en Jamaïque, les gens ne font pas attention à ce genre de choses. ».

« – Quel genre de chose ? » demanda Bond pour la taquiner;

« Ne soyez pas idiot, James. Vous savez, les couples non mariés qui partagent la même maison et tout ça. » […]

James Bond, en pleine possession de ses sens, avec ses yeux grands ouverts, ses pieds nus sur le sol en lino, inséra sa tête avec insouciance dans les mâchoires habillées de vison du piège qui lui était maintenant tendu. Il dit, et il le pensait : « Bonnenuit, vous êtes un ange ».

Au même moment, il savait, au fond de lui, que l’amour de Marie Bonnenuit, ou de n’importe quelle autre femme ne lui suffirait pas. Ce serait comme prendre « une chambre avec vue ». Pour James Bond, la même vue finirait toujours par perdre son charme.

Le site de Ian Fleming Publications
Le site de Ian Fleming Publications

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