Skyfall : un pré-générique mythique

Skyfall : un pré-générique mythique

L’immense scène d’action que représente ce pré-générique est à l’image de cette saga extraordinaire. Le sentiment de voir la chorégraphie d’un spectacle à la gloire de 007 mais, qui à également pour fonction de mettre en scène sa chute.

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Dans Skyfall, le gunbarell est symbolique. Une silhouette apparaît, juste deux notes du Bond thème et nous savons dans quel film nous sommes. Mais cette silhouette se trouble, avance vers le spectateur puis se définit enfin sous la lumière. Déjà le film installe son propos : l’image du mythe James Bond, ses failles et sa résurrection.

Contrairement à d’habitude le film ne commence pas avec un plan d’exposition. Ici nous découvrons au fur et à mesure où nous sommes. Tout reste mystérieux, silencieux, la découverte d’un cadavre puis d’un ordinateur sans disque dur permet de capter et intriguer. Survient un dialogue entre M et Bond, agrandissant le cadre de l’histoire. Ronson un agent double agonise dans un bain de sang mais dans l’oreillette M aboie : « Leave it ! » Témoignant déjà du danger qu’elle peut représenter pour l’agent secret. Bond sort de la pénombre pour s’exposer sous le soleil de Turquie.

Ce passage d’un cadre intérieur à un cadre extérieur est remarquablement bien amené, toujours dans l’idée de découvrir l’aventure qui prend des proportions de plus en plus importantes. Accompagné d’Eve ils poursuivent « the black Audi ». Suivre une voiture tout en plaisantant sur l’utilité des rétroviseurs, c’est la routine qui s’installe, la scène d’action classique dans un James Bond. Pourtant, ce pré-générique va connaître un crescendo dans sa dramaturgie.

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En témoignent les propos de Sam Mendes qui disait avoir voulu mettre en scène le pré-générique comme des poupées russes. À chaque moment où la poursuite pourrait arriver à son terme, une nouvelle situation survient. Ils renversent la voiture ennemie au marché, mais Patrice leurs tire dessus et s’enfuie à moto. Bond ne fait que suivre le même trajet que son opposant à moto, une façon d’exprimer qu’il est un suiveur, déjà on remet en doute son statut de héros. Jusqu’où tu peux aller ? Semble défier Patrice. Bond et Eve pensent le coincer sur le pont, Patrice saute sur un train.

C’est souvent in-extremis et avec des instants de bravoure que 007 reste dans le coup. Sur le train tout s’inverse, Bond sort du cadre de surveillance du MI6 et se prend une première balle en guise de premier test. Les wagons se séparent, l’agent double rejoint l’autre wagon de justesse et constate sa blessure sous une lumière blafarde.

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Le troisième acte commence à cet instant, la caméra s’éloigne de Bond et notre vision de la scène devient celle de Eve : spectatrice comme nous. Nous voyons deux hommes qui se battent sur le toit d’un train.  La vision n’est pas nette, les arbres sont entre nous et les protagonistes. Quelque chose semble nous échapper, les rails scellent le destin de 007, il n’y a pas d’autres chemins possible.  Un nouveau tunnel arrive, la caméra se recentre sur Daniel Craig, plutôt dominé, en mauvaise posture, il en paraît lui-même surpris. C’est à travers la lunette d’un sniper que l’on observe la suite de la scène, le fait de ne plus avoir de proximité avec le héros, d’être loin de lui nous annonce déjà un fait. Un homme chute du train suite au bruit assommant d’un tir. Ordonnée par M, ce tir est une bavure. La pluie tombe, l’eau emporte le corps.

Ce pré-générique est le meilleur de la saga, dans l’idée il peut se rapprocher à celui de Goldeneye. Toujours ce crescendo dans la démesure, mais aussi possédant tout deux un poids dans la suite de l’histoire :

Sans titre 5-La présence d’un agent abandonné à son sort (Alec / Ronson) qui pour le premier cas remettra en cause l’amitié de Bond et sa part d’humain face au devoir « Pour l’Angleterre ? ». Dans le second cas, la scène met en place la relation Patron/Agent (sans oublier le fameux mère/fils) développé tout au long du film.

-Ils finissent par une chute et une nouvelle dimension du héros. Dans Goldeneye une chute triomphante, invraisemblable mais scellant l’avenir du Bond de Pierce Brosnan. Pour Skyfall, la mort du personnage va le rendre plus vulnérable, sujet à des questionnements.

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Le pré-générique de Skyfall n’est pas seulement une longue scène d’action cherchant à divertir mais, propose une véritable intention de réalisation qui amorce à merveille le sujet du film.

Chronique proposée par Maxence Pauc

2 Comments

  1. Ytterbium

    Ça fait plaisir de lire une telle analyse !

    Même si je ne suis pas forcément d’accord sur tout au niveau de la symbolique, ce pré-générique est d’abord une superbe introduction du nouveau film niveau style, et une séquence d’action parfaitement calibrée et moderne.

    Le moment où Bond arrive à l’air libre dans les rues d’Istanbul après le huis-clos dans la pénombre est magique et enthousiasmant !

  2. ce qui est dommage concernant ce prégénrique, c’est que la promo a tellement tourné autour, que dans la salle, je n’ai pas eu une grand émotion, car je le connaissais déjà. Et pourtant, je n’avais regardé que les videos officielles.

    J’espère qu’ils ne feront pas pareil pour Spectre

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