Comment écrire sur les méchants avec style

Comment écrire sur les méchants avec style

Réflexions sur « Comment détruire le monde avec Style »

Il est assez rare d’avoir des livres écrits sur les français qui explorent le monde de James Bond, et c’est d’autant plus rare hors des périodes où une nouvelle aventure de 007 arrive dans les salles. J’ai dévoré le livre de Kevin en une soirée, et voici donc mes impressions.

Il faut reconnaître d’abord à Kevin Collette son style très agréable à lire. Les encyclopédies sur James Bond sont nombreuses, et souvent embêtantes à lire lorsque l’on connaît déjà un minimum l’histoire de la franchise.

Sous la plume de l’auteur, on se replonge avec plaisir dans les intrigues des différents James Bond, rythmé par les anecdotes de tournages. Et elles sont nombreuses. Peut-être connaissons nous tous les méchants et leur plan pour dominer le monde, mais plusieurs petites histoires qui tissent la grande histoire de la saga 007 restent à découvrir.

Cet ouvrage sur les méchants possède cependant un petit goût de trop peu. Si les portraits font surgir sans difficulté l’image des méchants emblématiques, on n’a l’impression de n’en effleurer que la surface. Le livre de Kevin Collette nous fait voyager à travers la franchise, tout comme le ferait un clip très réussit, mixant sur un James Bond thème rythmé, les plans des ennemis avec le casting de leurs acteurs, les ressemblances des livres de Fleming avec les secrets de production. En fin de compte, c’est un livre qui met en appétit car elle arrondit encore plus le point d’interrogation initial : qu’est-ce qui fait un bon méchant ?

De page en page, on voit de grands méchants qui tombent à plat, et de petits méchants qui ont pourtant marqué notre imaginaire. Et Collette n’est pas le dernier à laisser filtrer son appréciation, ou ses réserves sur les méchants devenus cultes en quelques scènes, ou les mégalomanes « classiques » qui n’arrivent pas à s’imposer face à la caméra.

Si l’auteur nous offre les règles d’or qui caractérisent les choix des ennemus (« Tu ne tueras pas Bond à la première rencontre pour lui permettre de revenir te battre », « tu raconteras les détails de ton plan à 007 le croyant condamné d’avance »), on frôle des pans entier de l’univers des James Bond : charisme contre muscles, type de méchant pour les types d’époques, évolution des plans avec l’air du temps et de l’époque, changement de style dans les repères et les façades publiques des ennemis, et les idées dans les choix de mise à mort des sous-fifres… Autant de grandes questions qui définissent les forces du mal, et dont les changements au fil du temps restent à peine abordées.

En fait, Kevin Collette a fait le choix du plaisir du visionnage, et s’il laisse les longs discours aux fans des forums, il nous ouvre son coffre à anecdotes, les gadgets de sa collection privée, et son accès aux sources bondiennes de premières mains. Au final, le plus passionnant dans ce livre, ce n’est pas l’enthousiasme d’un fan qui a grandit aux cotés de l’agent secret et de ses ennemis (que l’on devine au fil des pages), mais ce sont bien les interviews inédites que l’on nous offre en annexe, et nous permet d’aller à la rencontre de Win Yun Lee, Requin, ou encore les pères de la franchise en la personne de Guy Hamilton ou Terence Young.

On regrettera cependant d’avoir passé sous silence des films entiers (Rien que pour vos yeux, Jamais plus jamais), certains méchants uniques en leur genre (Elektra King, Koskov, Ourumov) et leurs seconds couteaux hauts en couleur dont l’absence est cruelle (Onatopp, Irma Bunt, traitres de tout bord, où êtes vous ?). Vu les connaissances certaines de l’auteur, c’est dommage que l’éditeur ait réduit le nombre de page qui, s’il avait été plus important, aurait pu permettre de décrypter davantage les méchants des romans post-Fleming (Carte Blanche, Solo), et nous amener au fond des pixels pour décortiquer les relations ambivalentes des créateurs de Jeux Vidéos avec des méchants tout à fait originaux comme Nikolai Diavolo ou Rak.

Ce livre attise donc davantage ma bondmania plus qu’elle ne me rassasie, en me donnant envie de me plonger une nouvelle fois dans mes livres, films et jeux. Dernière remarque : les VF des James Bond sont partis intégrantes des films : pourquoi malmener les répliques françaises en traduisant de nouveaux et différemment les citations originales ?

Ytterbium le fan puriste

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Si vous souhaitez l’acquérir, et que vous ne trouvez pas l’ouvrage chez votre libraire, vous pouvez le commander à partir des sites suivant : Le site de l’éditeur Camion Noir, le site de la FNAC et Amazon. Le livre est au prix de 30€ (18€50 pour les revendeurs Fnac/Amazon), ou à 15€ si vous préférez la lecture numérique (disponible à la FNAC et sur Amazon)

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Des Jamesbonderies... entre autres
Avant de devenir webmaster du site, Yvain / Ytterbium faisait vivre son blog "Des Jamesbonderies... entre autres". Un monde de chronique et de dossiers plus ou moins pertinents aujourd'hui disponibles sur CJB !

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