De ‘M’ pour MI6 à ‘M’ pour Mother

De ‘M’ pour MI6 à ‘M’ pour Mother

M

Poursuivons aujourd’hui notre hommage à Judi Dench dont nous fêtions hier l’anniversaire. Nous avons vu dans la première partie de cette chronique comment l’actrice britannique a modernisé le rôle du chef du MI6. Nous allons voir ci-dessous comment a évolué son personnage au cours des 7 films dans lesquels elle a joué.

Mais avant de nous lancer dans ce moment d’histoire bondienne, dites nous dans quel film Dame Judi Dench était la meilleur !

 

J’ai décris dans une première partie, la façon dont M, incarnée par Judi Dench, a modernisé le rôle de la patronne du MI6, et a permis l’évolution des acteurs incarnant Bond dans la saga.

Mais ce personnage de M est aussi le seul de toute la franchise à évoluer sous le jeu d’un même acteur. Malgré un tempérament toujours irrésistiblement autoritaire à l’écran, M devient un personnage marqué par le temps. À la pointe du progrès en 1995, elle devient une relique du fin XXe siècle au fur et à mesure des épisodes. M devient alors bien plus qu’une simple fonction à la tête des services secrets.

M pour Maîtrise

Tout commence par M, patronne du Mi6 : alors que l’autorité de ses prédécesseurs était reconnue de tous, M doit toujours faire ses preuves. Dans Goldeneye et Demain ne meurt jamais, Tanner, Bond, le Général Roberts… Tous questionnent ses compétences. Implicitement, ces brutes machistes lui reprochent tous sa féminité. L’autorité de M se manifeste alors par la façon dont elle détourne ces critiques. Loin de renoncer à sa féminité, elle utilise sa figure de mère (« si c’est pour entendre des sarcasmes, j’ai mes enfants à la maison » – Goldeneye) ou simplement de femme pour mettre ces hommes face à leur anachronisme (– I don’t know if you have the balls for this job ! – Maybe, but at least I don’t have to think with them – TND).

Le premier coup de vieux de M interviendra au tournant du millénaire, dans Le monde ne suffit pas et Meurs un autre jour. Avec la naissance du terrorisme international, la puissance de M est mise en question. Le Mi6 est la cible d’attentat (TWINE), ses agents décimés (DAD), et ses proches des victimes (Sir Robert King). M s’éloigne de son poste de responsable du Mi6 pour devenir un personnage allié de Bond. Elle devient plus vulnérable (Elektra manipule directement ses sentiments pour l’attirer dans son piège), n’est pas capable de gérer toutes les situations (reproches directs de la CIA dans Meurs un autre jour).

Elle reste néanmoins la supérieur de Bond dont l’ascendant sur lui n’est jamais mis en question. C’est toutefois davantage un rapport de confiance et de collaboration instinctive qui s’instaure entre les deux espions. En sont témoins 3 scènes magnifiques : la discussion entre Bond et M dans le château de TWINE, le debriefing à Hong Kong, et le retour sous-terrain de 007 dans Meurs un Autre Jour. Dans chacune d’elle, Bond a un profond respect pour sa supérieure, mais l’invite à se confier plus explicitement (l’histoire de la rançon d’Elektra dans TWINE, « je ne peux pas me permettre une vision aussi manichéenne des choses » dans DAD)

Avec l’arrivée de Daniel Craig dans la peau de James Bond, ces relations disparaissent. Si M continue à être la supérieure de Bond, deux évolutions majeures se font jour :  vis à vis du MI6 et vis à vis de Bond lui même.

‘M’ pour MI6 ?

En trois films, M devient la cible d’attaques qu’elle peut de moins en moins écarter. Casino Royale nous la présente comme buttant sur la chambre des députés. Quantum of Solace mettra ensuite M directement en difficulté face au Ministre des affaires étrangères, qui pour une fois lui fait la leçon.

Pour la première fois, les techniques de M paraissent anachroniques. Elle a beau être directement sur le terrain à Sienne, suivre Bond dans ses moindres déplacements à travers le monde, elle est constamment distancée par les actions de son agent qui ne tient aucun compte de ses ordres, et par l’action de ses ennemis qui sont infiltrés jusque dans son bureau. M commence à perdre pied, mais se relève en rétablissant sa confiance avec 007, à la fin de Quantum Of Solace. The right people keep their job.

‘M’ pour Mother

Le personnage de M s’illustre surtout dans les 3 derniers films par la relation maternelle qui se met en place avec Bond. Elle était déjà devenue un personnage plus impliqué dans les aventures de l’agent, elle devient maintenant un être humain. On nous la montre à plusieurs reprise dans son appartement et dans son intimité (au lit, ou dans sa salle de bain). Elle devient une femme ostensiblement mariée, puis veuve.

Parallèlement, Bond se comporte vis à vis d’M, non comme un agent insouciant, mais comme un gamin perturbant. Les réunions avec M sont moins des briefings que des leçons de conduite. Bond ne rend d’ailleurs pas compte de ses missions, mais s’adresse personnellement à M, « cherchant la personne qui veut [la] tuer », lui conseillant de ne pas s’attarder sur le passé, et lui intimant l’ordre d’aller se recoucher. Cette relation Mère-fils se consolide au fil des épisode, chaque final des film réunissant Bond et sa Mère devant une leçon de vie après avoir été séparés par les péripéties. Il est loin le temps où la patronne du Mi6 concluait le film en découvrant l’impertinent agent au lit avec l’espionne d’en face.

‘M’ pour un départ Magistral

Skyfall prend compte de ces évolutions, et les amènent au sommet dans cette 23e aventure. D’une part, l’actualité de M par rapport à la direction du MI6 est critiquée du début à la fin du film. D’autre part, une relation d’adulte s’instaure entre elle et Bond, se concluant magnifiquement au manoir Skyfall.

Elle a beau déclarer qu’elle ne se sent pas « trop vieille pour le job », et qu’elle ne partira que le boulot terminé, M est attaquée de toute part. Par Mallory pour sa conduite des opérations, et par le Gouvernement lui même sur la pertinence même de son travail. Le personnage de M accuse ici le temps qui passe : alors qu’elle était à la pointe de la modernité dans Goldeneye, la voilà qui incarne les services secrets « à l’ancienne », agent contre agent, agissant dans l’ombre. Ses références ne sont plus la technologie high tech qu’elle manipule pour sa mission, mais les poètes d’antan et les bibelots historiques. Devant les cyber-attaques dont est victime le MI6, c’est finalement de règlement de compte de type western, dans des vieilles voitures et d’antiques maisons que M et Bond vont être capable de vaincre leur ennemi.

Bond et M font d’ailleurs front commun dans ce dernier épisode. S’il y a quelques provocations de la part de 007, c’est la franchise qui domine. Bond confie à M son besoin d’avoir pris le large par rapport au MI6, M explique à 007 les liens qui l’unissent à Silva. Au final, la relation Bond et M n’est plus une question de collaboration professionnelle, ou une mère guidant son fils. Ils forment un duo anachronique, remis en question (cf les tests ratés que passe Bond dans Skyfall) mais qui se soutiennent astucieusement et implicitement l’un l’autre devant l’ennemi qui met en doute leur modernité.

On peut même aller plus loin en disant que M devient une femme à protéger. Alors qu’ils s’unissent contre Silva et partent en Écosse, M devient peu à peu complètement subordonnée à Bond. La relation s’inverse. Même le vieux Kincade guide M dans l’histoire. Au final, cette femme devient une James Bond Girl à part entière : elle a plus de temps à l’écran que Eve et Severine réunies, et c’est elle que Bond sauve à la fin des griffes du méchant. La réplique finale de M à Bond « What took you so long? » est d’ailleurs typique de toutes ces figures féminines qui attendent paniquées que Bond vienne à leur secours.

Mais Skyfall porte aussi la relation Mère-Fils vers la seule fin possible dans tout film : le décès de la figure maternelle. Cette relation est d’ailleurs pimentée par Silva qui voit ouvertement M comme sa mère, et fait parti, avec Bond, de la même famille d’espions à l’ancienne. Le dénouement qui réunit M et 007 une dernière fois suffit à illustrer ce qu’est devenue la relation liant ces deux personnages. La réplique finale entérine 6 ans de rapports familiaux, dépassant le lien professionnel « At least I took care of one thing right ».

Rendons donc hommage à Judi Dench, qui a fait de M un personnage appartenant 100% à l’univers bondien, mais qui a apporté une crédibilité et une sensibilité à un personnage qui marquera durablement la saga.

Though much is taken, much abides; and though
We are not now that strength which in old days
Moved earth and heaven; that which we are, we are;
One equal temper of heroic hearts,
Made weak by time and fate, but strong in will
To strive, to seek, to find, and not to yield.

Article paru initialement sue Des Jamesbonderies… entre autres

 

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