L’ère Brosnan : une évolution des destinations

L’ère Brosnan : une évolution des destinations

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Premier article de la chronique L’ère Brosnan, une transition.

Entre le moment où Pierce Brosnan est devenu James Bond, et celui où il a pris sa retraite, les éléments des films de James Bond ont pas mal évolué. Parmi eux, les destinations visitées par l’agent secret présentent des changements intéressants par rapport aux précédents Bond, à partir du moment où le rideau de fer s’ouvre.

Des lieux déchus ouverts à tous

Les films de la période Brosnan vont nous faire visiter des lieux autrefois scrupuleusement fermés à l’univers de James Bond. Ces endroits visités vont être principalement les pays communistes : Bond peut sans problème débarquer à l’aéroport de Saint Pétersbourg, et y rencontrer l’agent de la CIA Jack Wade, sans avoir besoin de se cacher dans des souterrains comme 007 était obligé de le faire à Istanbul. Idem à Cuba où Bond peut déambuler sans problème en chemisette (ce qui change par rapport à Octopussy où il était obligé de se déguiser). On peut également citer la Corée du Nord où Bond peut se permettre de pénétrer (difficilement imaginable du temps des autres acteurs), ou l’ancien centre nucléaire soviétique du Kazakstan (la région ne grouille plus de militaires comme à l’époque de Tuer n’est pas Jouer, la garde est même vite réduite à néant par une poignée de terroristes). Ce qui est impressionnant, c’est la facilité soudaine et décomplexée avec laquelle Bond arrive à voyager dans des endroits qui restent pourtant très « chaud » politiquement, d’un point de vue occidental.

Si Bond et ses alliés américains peuvent y accéder sans difficulté, c’est aussi le cas de ces ennemis qui vont occuper sans vergogne ces nations déchues. Janus n’a par exemple aucune difficulté à récupérer sur le sol français (ou monégasque) un hélicoptère, avant de voyager lui même dans des trains soviétiques pour son propre compte. Qu’il s’agisse du cœur de l’Angleterre ou du fin fond de la Sibérie et de la Corée du nord, des ennemis comme Renard, ou le Colonel Moon n’ont eux n’ont plus, plus de frontières.

Un décors historique pour des aventures contemporaines

Ces lieux ont la particularité d’être présentés comme des lieux fortement marqués par l’histoire. Goldeneye en est un exemple des plus frappants puisque Bond visitera le cimetière de statues de Lénine, détruira les archives russes et les statues soviétiques du centre de Saint-Pétersbourg, sans pour autant déclencher une crise politique majeure. Certains films comme Meurs un autre jour font volontiers allusion aux dirigeants cubains « entretenus » par les cliniques et au passé révolutionnaire de l’île. La zone de démarcation et le conflit nord-coréen, avec tout le poids historique qui les accompagne occupent également une place importante du décors du film. C’est également le cas d’Istanbul dans Le monde ne suffit pas, qui alors qu’il était un point chaud de la guerre froide, devient en 1999 l’arrière court de la Russie où les sous-marins soviétiques échappent à la décharge, et où les anciens QG russes sont remis en activité.

Cela change sans conteste de la période pré-Brosnan où les destinations étaient surtout choisies pour leur exotisme, avec parfois une couleur politique pour signifier dans quelle partie du monde on était. L’exemple le plus parlant est Rien que pour vos yeux qui est présente une intrigue typique de guerre froide, mais se passe essentiellement dans des destinations neutres et touristiques. Les films de l’ère Brosnan eux s’amusent à visiter sans complexe ces anciens lieux de puissance. Mais alors que ces lieux de la guerre froide étaient parti prenante de l’intrigue (comme par exemple avec Tuer n’est pas jouer), les vestiges de l’histoire servent ici de cadre à des intrigues résolument modernes : on a par exemple des hovercrafts flambant neufs (et flambant tout court) sur les champs de mines datant de 1950, un hélicoptère ultra-moderne dans un cimetière soviétique, ou une frégate britannique dans les eaux encore fraîches de la guerre du Viet-nam).

La fin des camps et des repères

Les destinations vont également changer dans les pays « vainqueurs » de la guerre froide. Le temps où l’intrigue avait lieu essentiellement à l’étranger est fini. Bond va désormais avoir à faire à des missions qui prendront directement leur source au cœur des capitales capitalistes (ce qui est rare comparé aux autres James Bond où Londres servait purement au briefing de 007) : les terroristes attaquent le MI6 depuis la Tamise, les coréens se font anoblir en plein Londres, et les ennemis qui poussent les grandes puissances à la guerre ont maintenant leurs bâtiments au cœur des capitales économiques (Hamburg ou Saigon pour Carver).

L’espace est maintenant mondialisé au sens où tous les personnages, que ce soient des bons ou des méchants, peuvent vivre et agir au grand jour, au lieu de se cacher derrière des associations caritatives (comme le Spectre dans Opération Tonnerre).

La façon dont on va présenter ces nouveaux lieux va également être importante. Alors que les anciennes destinations étaient présentées à travers leurs clichés respectifs, les ancrant dans le passé, les nouveaux lieux visités par Bond vont être valorisés pour leur modernité et leur ouverture sur le monde et sur l’avenir. C’est l’exemple du Dôme du millénium dans Twine, de Hamburg présentée comme un ville 100% technologique, ou même Hong Kong à travers son Yacht Club luxueux (l’ère Craig en tire les conséquences en y ajoutant une population d’autant plus cosmopolite). Le bureau de M est l’exemple le plus parlant : il devient, de Londres à l’Écosse,, un lieu d’observation du monde résolument moderne avec ses satellites et ordinateurs plutôt qu’un immeuble rempli de bureaux.

D’autre part, le fait que ces villes soient ouvertes à tous et modernisées vont faire que les ennemis de Bond ne vont plus être associés à un pays leur servant de repère. Leur pouvoir a pénétré le monde entier et on ne retrouve plus de bases ou de complexes ennemis fermement arrimés à une nation (comme le Spectre au Japon dans On en vit que deux fois, en Amérique dans les Diamants sont éternels, en Suisse pour OHMSS ou aux Bahamas pour Largo). En quatre films, les exemples sont nombreux : Les terroristes de Renard voyagent sur tout le globe (de Bilbao à Istanbul), Carver avec un navire furtif, Gustav Graves dans son Antonov… Les QG des ennemis sont mobiles, et facilement remplaçables, indépendamment des nations traversées.

007, globe trotter décomplexé

Et Bond dans tout ça ? Il reste une valeur sûre. Fermement attaché à son pays d’origine, il ne semble pas mis mal à l’aise par cette mondialisation, aller en URSS sous la guerre froide ne semble pas le marquer plus que de poursuivre ses ennemis sur la Tamise. Il reste indifférent aux cimetières de statues ou de champs pétrolifères que lui fait découvrir Elektra (scène supprimée du Monde ne suffit pas). C’est plutôt les spectateurs qui sont amenés à être surpris : non seulement Bond voyage dans ces lieux ensoleillés dans lesquels nous allons rarement, mais il visite de nouvelles destinations d’une façon totalement bluffante : s’introduire en surfant en Corée du nord, faire du saut à l’élastique en URSS ou faire du hors bord en plein cœur de Londres : voila qui est à la fois extraordinaire et excitant.

Au cours des années 1990 et malgré les changements, Bond reste un globe trotter tranquille dont l’espace a juste été ouvert et les destinations démultipliées. Cela ne change pas beaucoup sa manière de faire. Il traite les enjeux géopolitiques avec une forme de dédain puisque seule lui importe la mission, le confort de l’hôtel, le panache dont il se sort des situations… et le nombre de bâtiments qu’il va faire s’écrouler.

Dans ce monde globalisé changeant, Bond reste le même, à l’aise et actif. C’est tout l’exemple de cet échange entre 007 et Mr Chang des services secrets chinois :

– Hong Kong est à nous maintenant !

– Ne vous inquiétez pas, je ne suis pas venu vous le reprendre.

Prochain épisode : L’ère Brosnan, de nouveaux personnages
article publié au départ sur Des Jamesbonderies… entre autres

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