La franchise vue par Roger Ebert

La franchise vue par Roger Ebert

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Les évolutions de la saga sous l’oeil d’un des plus célèbres critiques américain

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Suite à notre précédent article sur Roger Ebert, célèbre critique américain décédé récemment, revenons sur certaines de ces chroniques consacrées à l’agent secret. Nous vous proposons une sélection d’extraits de ces chroniques, depuis 1967, qui montrent l’évolution de l’accueil réservé aux aventures de 007 de films en films, au fur et à mesure que la franchise se modernise.

Les critiques d’Ebert reprennent souvent les mêmes considérations : « Sean Connery est le meilleur », « les films se doivent de suivre certains codes »… Mais à travers ces considérations et la présentation des meilleurs moments des films, on découvre un regard particulier sur la direction, les éléments et l’évolution de la franchise. Rétrospective !

yolt-300x286On ne vit que deux fois, 1967 Ebert revient sur l’utilisation délicate des gadgets
Vous souvenez vous de ces jolis gadgets que Q imaginait toujours pour son agent ? Leur beauté venait de fait qu’ils étaient bien élaborés et terriblement compliqués, comme des montres astronomiques suisses avec des fonctions inhabituelles bien étendues. Les meilleurs d’entre eux sont sans doute la valise de Bons Baisers de Russie à la voiture améliorée de Goldfinger.

Ce qu’il y a de génial avec ces gadgets, est qu’après que Q ait expliqué leur fonctionnement à 007, ils restaient à l’écran pendant un long moment sous l’apparence de valises et de voitures. Leurs astuces étaient alors disséminées tout au long du film et arrivaient tout de même comme des surprises quand ils étaient finalement utilisés. Suspense ! Timing! Humour! Comme lorsque l’espion chinois est éjecté du siège conducteur.

Les gadgets étaient symptomatiques des trois premiers films et de parfaites représentions du genre d’espionnage à la fois sexy et sadique. C’est comme si le réalisateur avait préparé chaque ligne du script avec un ingénieur à ses cotés pour s’assurer que toutes ces astucieuses fonctions des gadgets trouvent un emplacement dans les nombreuses couches de l’intrigue en tenant un astucieux équilibre.

Beaucoup d’argent a été dépensé dans ce 5e film épique de James Bond, dans l’espoir de répliquer cette formule, mais On ne vit que deux fois n’arrive pas à rendre la formule efficace cette fois-ci. Tout comme Opération Tonnerre, ce film bourré de gadgets de poids, mais extrêmement faible dans leur mise en scène au d’un script plutôt faible, en étant déclenchés tous au même moment.

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Vivre et laisser mourir, 1973 Ebert se lasse de la formule Bondienne après le départ de Sean Connery
Ce film, à son crédit, contient la scène la plus typiquement bondienne qui soit, et semble être copiée dans chaque film : la pénétration de la citadelle souterraine. Cette scène commence toujours avec Bond activement un levier caché ou découvrant une porte secrète. Puis, nous avons un plan sur une vaste caverne souterraine, remplie de gardes en uniformes qui se dépêchent de rejoindre une mystérieuse destination plus ou moins scientifique.

Bond s’échappe discrètement d’une cachette à l’autre, il est découvert, échappe encore à ses attaquants en regardant 6 hommes de mains courir lui passer sous le nez à sa poursuite, il passe une autre porte et trouve soudainement le méchant prêt à son arrivée. Le dialogue est toujours le même. Quelque chose comme « Bienvenue Mr Bond, nous vous attendions… », etc. Mais avez vous cette même impression que moi ? Que après neuf films, ça commence à bien faire ?

Moonraker, 1979 Cette année là, Moonraker bat tous les records d’entrée. Qu’importe la qualité du scénario pourvu que les décors en mettent plein la vue ?
Ce Bond arrive en plein milieu du boum de la science fiction à la Star Wars, et est juste à l’heure pour ne pas rater le coche. La presse avait annoncé qu’elle n’avait jamais vu un studio aussi grand que celui bâti pour contenir la station spatiale Moonraker. Cette dernière est inspirée (comme toutes les stations) par celle de Kubrick de 2001, l’odyssée de l’espace et un chef d’œuvre en matière de décors. À un moment parmi d’autre, la gravité artificielle de la station est coupée et entre 50 et 100 personnages se retrouvent à flotter dans les airs. Il est déjà suffisamment compliqué de simuler un personnage qui flotte, mais Moonraker peut se permettre ce luxe d’étendre ce traitement de faveur.

Bond est joué de nouveau par Roger Moore. Moore s’est bien établi dans le rôle avec le temps, mais il n’est hélas pas Connery. Il lui manque la capacité de combiner le sexy et le comique, et il n’a pas le sourire sophistiqué de Connery qui ponctue astucieusement les moments humoristiques.

Une critique à laquelle je suppose que nous devrions répondre « et alors ? ». les stars de ce film sont Ken Adam, le directeur artistique, et Derek Medding, en charge des effets spéciaux. En plus de la gigantesque station spatiale, ils nous offrent nombres de petites touches comme la 007Gondole à Venise qui se transforme en hors bord et possède tout à coup des roues. « Moonraker » est un film avec des gadgets, pour les gadgets et pour les gadgets. Notre époque a peut-être perdu sa foi dans la technologie, mais ce n’est définitivement pas le cas de James Bond.

fyeoRien que pour vos yeux, 1981 Le retour terre à terre de l’espion ne convainc pas complètement le critique américain
Rien que pour vos yeux est un thriller à la James Bond correct, correctement réalisé et un produit respectable dans la ligne des productions à la James Bond. Mais ça ne va pas plus loin. Il n’a pas l’humour taquin des Bond avec Sean Connery et bien sûr n’a pas la splendeur visuelle des Bond de Roger Moore comme l’Espion qui m’aimait ou les effets spéciaux de Moonraker. Et dans cette ère d’effets visuels spectaculaires et inspirés de la part de Georges Lucas et Steven Spielberg, ils ne jouent tout simplement dans la même catégorie. Cela va peut-être être un choc pour le producteur Albert (Cubby) Broccoli qui a fait de la série des James Bond le travail de sa vie.

Jamais plus jamais, 1983 ..mais le retour de Connery le met aux anges !
Ahh ! Oui James ! Ça fait du bien de vous avoir de retour parmi nous ! Il est bon de revoir votre façon de sourire avec un froncement de sourcil, la façon de prendre le commandement dans une situation urgente et désespérée et qu’il est bon de voir la façon dont vous regardez les femmes. Les autres agents secrets peuvent déshabiller les femmes du regard. Vous êtes plus galant : vous les déshabillez et les rhabillez habilement de nouveau. Vous êtes une brute avec les instincts d’un gentleman.

Dangereusement votre, 1985
Petit intermède rétro en se replongeant dans l’émission animée à l’époque par Roger Ebert et Gene Siskel « At the movie », où le 14e film de James Bond est descendu en règle, malgré l’attachement d’Ebert au méchant. Car selon lui, meilleur est le méchant, meilleur est le film, et Dangereusement Votre en possède deux très intéressants.
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ltkPermis de tuer, 1989 Après avoir accueilli froidement un Bond sans humour dans tuer n’est pas jouer, l’équilibre sérieux de Timothy Dalton est accepté en tant qu’acteur
Sur la base de sa performance en tant que Bond; Dalton peut avoir le rôle aussi longtemps qu’il le souhaite. Il présente un Bond efficace, auquel il manque la grâce et l’humour de Connery ou l’autodérision suave de Roger Moore) mais auquel il rajoute une certaine tension et dureté qui le rendent plus moderne. La différence majeur entre Dalton et les Bond précédant est qu’il semble préféré l’action au sexe. Mais c’est aussi le cas des spectateurs ces jours-ci. Permis de tuer est un des meilleurs Bond parmi les derniers parus.

geGoldeneye, 1995 Les films de James Bond deviennent plus que du divertissement
Il s’agit du premier James Bond qui est conscient de lui même, qui a perdu son innocence et sa simplicité dans sa vision du monde, et qui a en partie compris l’absurdité et la tristesse de son héros. Peut-être est-ce notre conception populaire de la masculinité qui a tant changée que James Bond ne peut tout simplement plus existé « à l’ancienne ». Dans Goldeneye, nous avons un nouveau Bond, moderne et hybride qui fait son entrée dans la formule.

Demain ne meurt jamais, 1997

Demain ne meurt jamais fait son boulot, parfois de façon excitante, et souvent avec style. Son méchant est sensiblement plus contemporain et plausible que d’habitude et apporte un cynisme plus subtile que d’habitude dans le film. J’apprécie beaucoup l’alchimie entre Bond et Wai Lin, peut-être d’autant plus convaincante que l’intrigue ne l’accentue pas trop. Le film se présente comme assez sérieux et autoritaire, mettant en scène des bateaux et avions de guerre aussi menaçant que réalistes. Il y a également une direction artistique magnifique, au moment où une jonque chinoise navigue dans une mer remplie de rochers, et une chorégraphie des scènes d’action impressionnante lors de la course poursuite en moto.
Sur la base de cet opus, la plus longue franchise dans l’histoire des séries au cinéma est bien partie pour le XXIe siècle.

Le monde ne suffit pas, 1999

Le monde ne suffit pas est un thriller au style BD vraiment splendide, excitant et gracieux, et jamais à court d’imagination. Et comme il s’agit également du 19e film de James Bond, il arrive avec toute l’histoire des films précédents que l’on chronique à la manière des grands vins et de ses précédents millésimes. Cela fait parti du plaisir, et celui ci est un bon cru.

Meurs un autre jour, 2002
J’ai réalisé en souriant, 15 minutes après le début de ce nouveau James Bond que j’avais inconsciemment accepté Pierce Brosnan dans le rôle de Bond, sans penser ni à Sean Connery, ni à Moore ou à personne d’autre. Il est devenu propriétaire du rôle et non pas locataire.  Beau garçon même si un peu fatigué, les restes d’un accent irlandais se frottant de temps en temps à l’anglais de la Reine, il joue un personnage absurde mais il ne semble pas ridicule à l’incarner. Meurs un autre jour est tout de même grotesque du début à la fin bien sûr, mais d’une façon relativement assumée.

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Casino Royale, 2006 Casino Royale créé la surprise…
Casino Royale apporte une réponse à toutes mes plaintes sur la série de film vieille de 45 ans, et même à certaines critiques auxquelles je n’avais pas pensé. Ce n’est pas que j’adore certains des films précédents, comme certain, ou déteste les autres, etc, mais c’est qu’au fur et à mesure, j’étais de moins en moins convaincu de la nécessité d’aller en voir un nouveau.
Oui, Daniel Craig fait un Bond excellent: plus astucieux, plus taciturne, moins obsédé par le sexe, capable d’être blessé physiquement et moralement, et n’en ayant rien à faire si son martini est au shaker ou à la cuillère. Cela ne fait pas de lui le « meilleur » Bond. Cela fait suffisamment longtemps que j’ai renoncé à jouer à ce jeu de classement absurde: Sean Connery a été le premier à planter le drapeau, et c’est tout. Mais Daniel Craig est vraiment très bon en 007, dans un film qui créé un nouvel environnement pour le personnage.

Je n’avais jamais pensé que je verrais une aventure de James Bond où je m’intéresserais, vraiment m’intéresser, aux personnages.  Mais je me passionne pour Bond et pour Vesper Lynd, même si je reste persuadé qu’un martini, est au shaker, et non à la cuillère. Ce film est neuf comme un film pilote. Il pourrait être votre premier James Bond.

Quantum of Solace, 2008 …et Quantum en déçoit plus d’un
Ok, je vais le dire : jamais plus ! Ne laissez jamais plus cela arriver de nouveau à James Bond. Quantum of Solace est le 22e film de la série, et elle survivra à cet opus. Mais pour le 23e James Bond, il est nécessaire de revenir à la salle de rédaction, et reconstruire Bond de fond en comble. Essayez de comprendre : James Bond n’est pas un action man. Il est bien trop bon pour ça. Il est une attitude. La violence pour lui est un ennui. Il existe pour les préliminaires et la cigarette. Il rencontre rarement un vrai méchant diabolique, mais davantage de grandiloquents ennemis avec une armée d’hommes de main en uniforme. Dominic Green et son adjuvant sont loin du compte.

Skyfall, 2012 Dernière critique de Roger Ebert, pour qui Skyfall fait l’unanimité.
Et nous voici avec une célébration chaleureuse, joyeuse et intelligente de notre icône culturelle tant aimée. Tout comme Christopher Nolan a redonné naissance aux films de Batman dans « The Dark Knight », voici un James Bond rajeuni, dépoussiéré, et de nouveau sur ses pieds et capable de faire face à 50 nouvelles années !

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article écrit conjointement pour Des Jamesbonderies… entre autres et Commander James Bond.netne

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