QOS: Du cinéma au DVD

QOS: Du cinéma au DVD

Quand Bond se regarde sur petit écranSi la taille de la salle et de l’écran du cinéma change beaucoup la perception d’un James Bond , le passage sur DVD apporte également une autre vision du film. Et cette transposition sur petit écran est non négligeable, puisque c’est par ce support que QOS va continuer à vivre, et grâce à lui que de nouvelles générations de fans découvriront ce dernier opus. Or, la perception sur DVD risque de s’avérer bien différente que celle qu’a eu le public face au grand écran.

Perte d’impact

En effet, certains aspects du film passent plus ou moins bien une fois rapporté sur petit écran.

Je prend l’exemple de la scène d’ouverture. Elle est vraiment fascinante à regarder sur grand écran, car elle amène le spectateur au cœur d’une poursuite qui déménage. D’où une immersion totale, même si l’on ne comprend pas tout à cette course poursuite. Lorsqu’on connaît la scène, la regarder sur grand écran est aussi très intéressant, puisqu’on peut détailler la façon dont elle est construite Mais sur petit écran, il faut vraiment se concentrer pour comprendre l’image. Là où un grand écran nous donne plein de possibilités  de déplacer notre regard d’un plan à l’autre, le petit écran nous laisse surtout voir une suite de petites images qu’il faut réussir à reconstruire pour comprendre un peu ce qui se passe sur l’écran.

L’exemple de la façon dont j’ai revu cette scène (que pourtant j’avais déjà vue 4 fois auparavant) se retrouve dans les scènes d’actions qui vont suivre : celle sur les toits de Sienne, et la poursuite dans le port de Haïti. La qualité des scènes d’action était véhiculée par la magie du grand écran qui « enveloppait » le spectateur. Sur petit écran, il est beaucoup plus difficile de rentrer dans le jeu du réalisateur et le tourbillon des scènes d’action. Du coup, on perd beaucoup de l’immersion, et cela fait ressortir les autres défauts du film.

Défauts mis en valeur

La rapidité et la brièveté du film sont beaucoup plus visibles. Tout s’enchaîne rapidement, et on arrive à la moitié du film sans avoir l’impression qu’il se soit passé beaucoup de chose. Chaque personnage joue son rôle dans l’histoire, tout se déroule sans vraiment de suspense, la scène de l’opéra pourtant grandiose parait vite beaucoup plus quelconque et perd son effet de montage parallèle et de décor où sont cachés les gens de Quantum. Heureusement que la bande son est là pour rentrer un peu plus dans le film

Bref, le film passe tout seul, sans qu’on arrive à se sentir beaucoup plus impliqué. Il faut attendre la Bolivie pour qu’on commence vraiment à rentrer dans l’histoire. À partir de la soirée de Dominic Greene, le film prend plus son temps, et cela permet aux scènes d’actions d’être plus décisives (scène de l’avion, évasion de l’hôtel, discussion avec Félix Leiter). La façon de filmer les scènes d’action est d’ailleurs moins terre à terre, et les plans larges rendent les cascades plus lisibles et appréciables. Le personnage de Bond commence enfin à prendre de l’envergure, et cela culmine efficacement avec la scène finale dans le désert.

Cependant, on arrive à la toute fin, sans avoir vraiment l’impression d’avoir vécu une mission d’envergure. La dimension sensible avec Bond à la recherche de son Quantum of solace est diluée dans une intrigue complexe et survolée sans vraiment rentrer dans une tension due à des enjeux. La  brièveté du temps de parole des personnage ne permet pas de vraiment comprendre l’originalité de leur personnalité.

Une postérité en question

Tout l’attrait du film venait en fait du facteur écran qui absorbait le spectateur dans le tourbillon d’action, nous mettait face à des personnages qui sans parler ou sans être présent longtemps éclataient l’écran en jouant « juste » au moment où ils apparaissaient. Legrand écran nous faisait oublier la brièveté du film en nous faisant vivre les scènes d’actions, et nous laissait nous reposer en déroulant le scénario.

La question qui se pose maintenant est : quel avenir pour Quantum of Solace ? Personnellement, le souvenir des 4 séances au cinéma me permet de garder en tête l’effet réellement souhaité, vécu et atteint lors de la projection. Mais le petit écran risque de laisser l’image à ceux qui ne l’ont pas vu dans de bonnes conditions d’un film mineur, un peu faible car peu épais, rapide et qui défile sans réel prestige bondien. Le minimum de réconfort est dilué dans les pixels de l’écran de télévision, et l’originalité du film risque de passer inaperçue au fil du temps.

Ce recul forcé imposé par le DVD me permet de comprendre les critiques négatives à l’encontre de ce James Bond. Lorsqu’on ne rentre pas entièrement dans le film, qu’on n’accepte pas de se laisser entraîner par le courant de cette mission rapide, on reste sur la berge et l’on ne profite pas vraiment de la claque que peut produire le film. Idem de la situation sentimentale et la mise en abîme sur le personnage de Bond qui passent inaperçues lorsqu’on attend avec nostalgie le rythme de croisière bondien habituel. C’est en fait ce qui m’était arrivé à la première projection , à la différence que j’étais bien rentré dans la qualité des scènes d’actions.

Quantum of Solace risque donc de mal vieillir, ou au moins de rester au stade de « Bond moyen » ou dans le meilleur des cas d’OBNI : Objet Bondien Non-identifiable. Toute la volonté de creuser le personnage de Bond risque de disparaître, ne laissant à la postérité que l’image d’un film de 2008 un peu quelconque. J’espère me tromper.

About the author

Des Jamesbonderies... entre autres
Avant de devenir webmaster du site, Yvain / Ytterbium faisait vivre son blog "Des Jamesbonderies... entre autres". Un monde de chronique et de dossiers plus ou moins pertinents aujourd'hui disponibles sur CJB !

0 Comments

  1. Un bien étrange diagnostic bien qu’intéressant à lire !
    Certes, l’immersion n’a pas la même ampleur que sur grand écran mais j’ai retrouvé la même intensité et ce fut encore une belle claque.
    Tosca reste pour moi du grand art et l’image qui définit le mieux le film (avec le prégénérique) dans mon esprit.
    Quant à l’osmose du héros avec tous les aspects du film, je me suis régalé. Le film c’est çà ! Il faut voir le méchant, le complot comme le “McGuffin”.

    Je me suis fait CR il y a quelques jours et…c’est toujours aussi bourré de qualités, c’est un très beau Bond mais si je veux retrouver la même et exacte intensité que son “sequel”… Pas la peine de chercher car c’est différent.

  2. Et puis de mon coté, je suis aussi resté sur les 4 séances en salle qui m’avaient laissé une grosse impression. Je n’arrive pas à retrouver cette impression sur petit écran, ou alors beaucoup moins.

    J’espère que ça va changer en le re-regardant

  3. Sur le forum, j’avais écrit, lors de la sortie du DVD, quelque chose d’opposé. Pardon de me citer :

    “Je confirme que le DVD rend plus lisibles les scènes que tout le monde connaît. C’est curieux, comme un petit écran rend tout plus proche, plus plane. Cela donne une lecture entièrement autre : au cinéma, le rythme du montage m’avait séduite, justement. Je ne retrouve pas ce rythme à présent — pourtant, c’est bien le même film — mais je suis cependant satisfaite. C’est une chose autre. Etonnant.

    Les scènes intimes, voire intimistes, le sont encore plus : la mort de Mathis, évidemment, la scène de confidences entre Camille et Bond, naturellement, mais aussi M chez elle, toutes ces séquences.

    En tout cas, avec six mois de recul, toutes les qualités du film sont confirmées, comme est confirmée l’erreur des critiques professionnels, du moins de ceux qui n’ont rien compris. Comme est confirmé le fait que Craig est vraiment ce qui pouvait arriver de mieux à la saga, au stade où nous en sommes. Comme est confirmée l’excellente direction que prend la série de films. Comme est confirmé le souffle nouveau de la série.”

    Cela dit, Ytterbium, le cinéma, c’est le grand écran et rien d’autre. Une oeuvre conçue pour l’écran emporte avec elle les caractéristiques correspondantes. La vidéo, c’est en plus. On a tellement intégré le DVD qu’on raisonne maintenant comme si le film (celui-là ou un autre) avait été écrit en fonction du DVD, ce qui est inexact.

    Tu vas me dire que le DVD restera la trace du film pour les générations à venir, mais non : d’abord, les générations à venir considèreront le DVD (et nous avec) comme une survivance de l’âge des cavernes, le Blue-Ray aussi, d’ailleurs. La technologie va tellement vite… Néanmoins, le cinéma restera le cinéma — je veux dire : une projection d’images géantes sur un écran de grandes dimensions — et Quantum of solace pourra toujours être vu dans sa formule d’origine.

  4. Tout d’abord, je n’ai rien contre la reprise de commentaires faits sur les forums. La plupart de mes articles sont d’ailleurs des mises en forme de commentaires fait sur Jamesbond-fr.com, auquel je rajoute souvent l’avis des autres.

    Ton commentaire montre qu’il y a autant de spectateurs que de visions du film. Cependant, nos avis convergent sur les mêmes conclusions et confirmations (sur l’interprétation de Craig, les qualités, la direction…). Je suis d’accord aussi sur l’évolution des progrès technique. Avec le temps, d’autres supports remplaceront le DVD, et cela se fera de plus en plus sur des écrans plus gros, et en meilleur résolution.

    La façon de voir et revoir le film évolue aussi avec le temps. Avant, c’était le grand écran une fois, et ensuite, il fallait attendre que le film repasse à la télévision (que de bons souvenirs quand je découvrais moi même les Bond au fur et à mesure des rediffusions !!!), maintenant, c’est de plus en plus de la consommation massive à la carte, ce qui est facilité par le téléchargement (j’ai d’ailleurs un article en préparation à ce sujet)

  5. J’ai même entendu dire que, de plus en plus, les films (pas forcément les Bond) étaient conçus, écrits, réalisés en fonction de leur exploitation future en DVD. Par exemple, le scénario est fait en fonction d’un futur découpage en chapitres, qui pourrait être pratique. C’est catastrophique parce que ça va donner des produits totalement formatés, l’inspiration des auteurs étant subordonnée au chapitrage (création artificielle de “chutes” en fin de chapitres, de “coupes” possibles…)

Leave a Reply to Ytterbium Cancel Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Sur le même thème :

Quelques anecdotes sur les films…

C’est devenu une tradition, chaque année CJB vous